RDC: alors que Trump les avait suspendues, Joe Biden réimpose les sanctions contre le milliardaire israélien Dan Gertler
Trump les avait suspendues juste avant son départ de la Maison-Blanche.
- Publié le 10-03-2021 à 13h18
Les États-Unis ont rétabli lundi les sanctions du Département du Trésor contre le milliardaire israélien Dan Gertler, un proche de Joseph Kabila. Elles avaient été suspendues par l'administration de Donald Trump juste avant son départ de la Maison-Blanche, le 20 janvier dernier.
En contradiction
L'administration Biden a estimé que la suspension des sanctions était "en contradiction avec les intérêts américains de politique étrangère en matière de lutte anticorruption dans le monde entier, dont les efforts […] visant à combattre la corruption et promouvoir la stabilité en RDC", indique un communiqué du porte-parole du département d'État, Ned Price.
Depuis décembre 2017, Dan Gertler - devenu milliardaire grâce aux faveurs des Kabila père et fils - faisait l'objet de sanctions du département du Trésor américain, au nom de la loi Magnitsky (2016) qui autorise de telles mesures contre des hommes d'affaires ou de hauts fonctionnaires étrangers impliqués dans "de grossières violations des droits de l'homme". Grâce à la protection de Joseph Kabila, Gertler était devenu l'intermédiaire obligé pour faire des affaires minières avec l'État congolais : il rachetait des concessions largement au-dessous de leur valeur, au détriment du Congo, et les revendait avec de gros bénéfices. Il a été estimé que 1,36 milliard de dollars ont ainsi échappé à l'État congolais.
Les sanctions américaines avaient rendu très difficiles les transactions internationales de Dan Gertler. Tout en travaillant à les contourner, selon un rapport de Global Witness et de la Plateforme pour la protection des lanceurs d'alerte en Afrique, le milliardaire finançait un cabinet d'avocats aux États-Unis, Arnold et Porter, pour faire du lobbying en vue de la levée des sanctions.
Sanctions vidées de leur sens
Le 15 janvier dernier, une licence a été émise en sa faveur, qui vidait pratiquement les sanctions de leur substance. Elle donnait en effet un an au milliardaire israélien pour faire des affaires avec des "businessmen" et des banques des États-Unis, en échange de l'engagement par Gertler de personnel destiné à confirmer qu'il respecte maintenant les bonnes pratiques américaines. Cette licence débloquait également les fonds placés par Gertler dans des banques américaines, aux États-Unis comme à l'étranger.
The Sentry, un groupe de pression des États-Unis qui enquête sur ceux qui profitent de l'argent sale issu de crimes de guerre en Afrique, avait demandé à la nouvelle administration Biden d'annuler la licence accordée par l'administration Trump, licence "privée de raison discernable en matière de renseignement ou de sécurité nationale" alors qu'elle "menace l'intégrité, la réalisation et l'impact des programmes de sanctions économiques dans leur ensemble".