Nouveau putsch au Burkina Faso : la Russie pointée du doigt
Deux factions militaires se font face dans un pays sous pression.

- Publié le 02-10-2022 à 21h33
- Mis à jour le 02-10-2022 à 21h35

La junte militaire emmenée par le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba a-t-elle définitivement rendu les armes ?
Arrivée au pouvoir en janvier dernier après avoir déposé le président Roch Marc Christian Kaboré, la junte a été démise ce vendredi soir par une poignée de militaires qui, comme huit mois plus tôt, s'est invitée sur les plateaux de la télévision nationale.
Le nouvel homme fort serait le capitaine Ibrahim Traoré. Jusqu'ici, l'homme qui a pris la tête du Mouvement patriotique pour la restauration et la sauvegarde était chef d'artillerie du 10e Régiment de commandement d'appui et de soutien basé à Kaya, dans la région du Centre-Nord.
Inscrit à l'université de Ouagadougou en 2006, Ibrahim Traoré sort major de sa promotion avec sa licence en géologie fondamentale et appliquée. Trois ans plus tard, il décide alors d'intégrer les forces armées burkinabées. C'est en 2010 qu'il est recruté pour le compte de la 12e promotion de l'Académie militaire Georges Namoano de Pô qui abrite le centre d'entraînement commando.
Déjà dans le précédent putsch
Âgé de 34 ans, Ibrahima Traoré doit sa dernière promotion, en mars de cette année, au chef de la junte le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba qu'il a déposé vendredi.
Le 24 janvier dernier, Ibrahima Traoré faisait partie des jeunes officiers qui ont renversé le président Roch Marc Christian Kaboré.
Ibrahim Traoré a suivi des formations d'élite, notamment avec les unités commando de Pô ou encore au Maroc. Homme de terrain, "IT" comme le surnomment ses soldats, est présenté comme un officier respecté pour son engagement au combat et sa proximité avec les hommes.
Pourquoi cette colère militaire
En déposant le président Kaboré, le chef de la junte avait mis en avant le laxisme de l'État et son incapacité à endiguer les attaques djihadistes. Huit mois plus tard, le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba - toujours introuvable dimanche en fin de journée et qui continue à appeler les putschistes à la reddition - a perdu son image de militaire compétent. À son tour, il a été incapable de stopper les attaques djihadistes qui ont continué de frapper essentiellement le nord et l'est du pays. Sa tentative d'initier un dialogue avec certains groupes armés n'a pas porté ses fruits. Même constat pour sa tentative d'intensifier les actions offensives contre les mouvements rebelles. La troupe ne cachait plus son mécontentement ces dernières semaines, elle évoquait le manque de matériel et d'équipement.
L'attaque d'un convoi de ravitaillement de la population, escorté par des militaires du 14e régiment interarmes, le 27 septembre dernier, a fini de ternir l'image du chef de la junte. Au moins dix militaires ont trouvé la mort et une trentaine de personnes (dont des civils) ont été tuées dans "une embuscade tendue par des terroristes", selon la version donnée alors par une source sécuritaire.
La main de Moscou
Depuis les premiers coups de feu dans Ouagadougou, la capitale, vendredi en début de journée, les manifestations anti-françaises se sont multipliées. L'ambassade, dans la capitale, et les instituts français à Ouagadougou à Bobo Dioulasso ont été vandalisés par des centaines de manifestants qui, la plupart appelaient à une coopération militaire renforcée avec la Russie. La présence de drapeaux russes dans ces manifestations soulevait aussi des questions sur l'influence de Moscou dans ce nouveau putsch. Plusieurs témoins expliquaient, en milieu de semaine dernière, que les responsables militaires russes avaient multiplié les offres de services au chef de la junte qui les avait toutes repoussées… au grand mécontentement de Moscou mais aussi du voisin malien.