Un nouveau front politique se dessine au Congo. "Une obligation face à la dictature qui s'installe"
Un large panel d'opposants unis contre le changement de la Constitution.

- Publié le 02-12-2024 à 19h54

La garde rapprochée du président congolais Félix Tshisekedi n'essaie plus de taire l'ambition de son leader. Il entend bien changer la Constitution en République démocratique du Congo.
Le chef de l'État refuse pour l'instant de se prononcer sur ses ambitions personnelles en marge de ce changement de Constitution. Mais, pour l'opposition congolaise, "elles sont tout à fait claires", comme l'explique Hervé Diakiese, le porte-parole du parti Ensemble de Moïse Katumbi. "Félix Tshisekedi veut s'éterniser au pouvoir", affirme-t-on au PPRD de Joseph Kabila, en ajoutant : "On ne veut pas d'un retour en arrière de 30 ou 40 ans. On ne veut plus d'un Mobutu, fût-il light". Franck Diongo, un autre opposant, ancien "compagnon de lutte d'Étienne Tshisekedi", devenu une des bêtes noires du fils, abonde dans le même sens. Seth Kikuni, un autre opposant, candidat aux présidentielles de 2018 et 2023, vient d'être condamné à un an de prison ferme à Kinshasa pour "incitation à la désobéissance civique" et "propagation de faux bruits". Il avait été arrêté le 2 septembre suite à des propos tenus en août devant des militants à Lubumbashi. Pour son avocat, Me Laurent Onyemba, "il s'agit d'un procès inique. Félix Tshisekedi veut faire taire l'opposition et toutes voix dissidentes".
Tous sont convaincus que "Félix Tshisekedi veut prolonger son bail illégalement à la tête de l'État", comme le martèle Hervé Diakiese. Le week-end dernier, la plupart des lieutenants de ses partis étaient réunis à Lubumbashi, chef-lieu de la province du Haut-Katanga pour lancer une campagne pour le "Non au changement de la Constitution". Ce front du refus ratisse large : de Franck Diongo au docteur Denis Mukwege en passant par l'ancien Premier ministre Matata Ponyo ou Martin Fayulu. Mais les deux personnalités qui ont concentré toute l'attention sont sans conteste Moïse Katumbi, l'ancien gouverneur du Katanga, et Joseph Kabila, l'ex-président de la République.
Frères ennemis katangais
Les deux leaders katangais, autrefois alliés, se sont brouillés en 2015 lorsque Joseph Kabila arrivant en fin de second mandat semblait vouloir prolonger son séjour à la tête de l'État. Moïse Katumbi avait alors été le moteur de la lutte contre un troisième mandat.
Le troisième larron de cet attelage détonnant apparu ce week-end à Lubumbashi n'est autre que Martin Fayulu, l'homme qui aurait dû, selon la plupart des observateurs, être déclaré vainqueur de la présidentielle de 2018, officiellement remportée par Félix Tshisekedi, sur base de résultats qui "ne correspondaient pas aux données collectées par les observateurs de l'Église catholique", selon les premières déclarations très diplomatiques des évêques catholiques en janvier 2019.
Fin 2024, ces hommes que tout a opposé se retrouvent donc dans un front politique qui veut cette fois s'opposer au changement de constitution téléguidé par Félix Tshisekedi. "C'est une démarche aussi simple que salvatrice. Il ne s'agit pas d'une plateforme de conquête du pouvoir, mais bien de faire face à une dictature qui veut remettre en cause les acquis de notre démocratie", explique Hervé Diakiese. Il ne s'agit donc pas d'un mariage mais d'une union de fait pour un combat commun qui ne présage d'aucune alliance politique.
