RDC: les rebelles poursuivent leur avancée dans l'Est, Kinshasa se terre dans le déni et la menace
Le rapport des experts de l'Onu ne peut que constater cette avancée des rebelles.

- Publié le 09-01-2025 à 19h52
- Mis à jour le 09-01-2025 à 19h55

Le ministre congolais de la Justice, Constant Mutamba, ancien avocat, originaire de la province du Lomami, issue du découpage du Kasaï-Oriental, s'est installé sur le devant de la scène médiatique depuis qu'il est entré au gouvernement en juin 2024. Coutumier des sorties matamoresques, l'homme vient de se lancer dans une nouvelle surenchère en annonçant sur X : "Tout acteur politique, de la société civile, journaliste, religieux, qui relayera les activités de l'armée rwandaise et ses supplétifs du M23, subira désormais la rigueur de la loi (PEINE DE MORT) . Notre intégrité territoriale ne se marchande pas."
Le ministre de la Justice y va aussi d'un couplet sur la victoire sur le terrain de l'armée congolaise qui aurait repris le contrôle de Masisi-Centre, nouvelle localité du Nord-Kivu tombée, le week-end dernier, dans l'escarcelle des rebelles de l'Alliance Fleuve Congo (AFC)/M23, le mouvement politico-militaire qui a accéléré depuis le début de l'année le rythme de ses conquêtes territoriales.
Selon nos sources, les militaires congolais soutenus par les wazalendos et les FDLR auraient en effet repris une partie de Masisi-Centre mercredi, après une journée d'âpres combats. Mais ce jeudi, les troupes de l'AFC/M23 ont récupéré toute la localité. À Kinshasa, évoquer ce fait d'armes peut désormais aboutir à une condamnation à la peine de mort…
Pour un avocat, défenseur des droits de l'homme dans la capitale congolaise, "il est évident que cette nouvelle sortie du ministre de la justice tente de bâillonner celles et ceux qui ne se contentent pas des messages victorieux du régime de Félix Tshisekedi. Si vous additionnez les annonces triomphalistes du pouvoir, les soldats congolais devraient avoir récupéré au minimum la totalité du territoire congolais. Or, c'est loin d'être le cas".
Une expansion continue
Pourtant cette progression des rebelles est mise en avant dans le rapport intermédiaire (162 pages) des experts de l'Onu, transmis le 29 novembre 2024 au Comité du Conseil de sécurité. On peut y lire que sur le terrain les troupes AFC : M23 ont "poursuivi activement leurs objectifs expansionnistes, le but étant de consolider l'appui de tous les groupes armés de l'Ituri et du Sud-Kivu. De plus en plus de groupes armés se sont rangés à leur côté, ouvertement ou secrètement, ce qui a progressivement influencé et entremêlé la dynamique du conflit dans les provinces orientales. Au Nord-Kivu, un cessez-le-feu conclu entre la République démocratique du Congo et le Rwanda n'a pas empêché la coalition AFC-M23, disposant de l'appui constant de la Force de défense rwandaise (RDF), de s'étendre considérablement, notamment dans le territoire de Walikale, riche en minéraux."
Sur ce front du Nord-Kivu, les experts qui ont, une fois de plus, réalisé un travail minutieux, constataient, au moment de finaliser leur rapport, que "la coalition AFC-M23 a pris Rubaya, qui possède la plus grande mine de coltan de la région des Grands Lacs. Elle a mis en place une administration parallèle, qui contrôle les activités minières, le commerce, le transport et l'imposition des minéraux produits", avant d'ajouter : "au moins 150 tonnes de coltan ont été frauduleusement exportées vers le Rwanda et mélangées à la production rwandaise, donnant lieu à la plus grande contamination jamais enregistrée à ce jour des chaînes d'approvisionnement en minéraux dans la région des Grands Lacs".
Ces derniers mois, les rebelles ont en effet mis la main sur plusieurs sites riches en minerais qui leur permettent à la fois de renflouer les caisses de leur mouvement et de priver leurs adversaires d'autant de rentrées. ils ont aussi fait main basse sur des bases et des stocks de l'armée congolaise comme à Katale, dans le vendredi 3 janvier 2025. Cette cité, située à 80 kilomètres à l'ouest de Goma, était aussi considérée, jusqu'à ce jour, comme un symbole de résistance. En effet, la plupart des rébellions qui ont traversé la province du Nord-Kivu n'avaient jamais réussi à prendre le contrôle de cette agglomération.
L'ombre de Daech
Si l'AFC/M23 est le mouvement rebelle le plus important et celui qui progresse le plus dans la partie orientale de la RDC, il n'est pas le seul. En effet, le rapport des experts de l'Onu se penche aussi sur le rôle des Allied Defence Force (ADF), venus d'Ouganda, qui continuent de faire de nombreuses victimes dans les rangs civils. Les experts constatent ici que les opérations, menées par les troupes congolaises en collaboration avec les militaires ougandais, même si elles ne se sont pas toujours déroulées sans tension, ont cette fois rencontré un certain succès. "Les dernières opérations ont considérablement affaibli les ADF", peut-on lire. "Elles ont détruit leurs bastions, décimé leurs troupes et leur hiérarchie et permis l'évasion de centaines d'otages […] Amenées à se déplacer constamment, les ADF ont vu leurs capacités opérationnelles se réduire considérablement et leurs chaînes d'approvisionnement bouleversées. Elles souffrent de la famine et de la maladie". Ces progrès ne signifient pas une baisse des menaces sur la population civile, "au contraire, elle l'a poussée plus à l'ouest, dans des zones où la présence des forces de sécurité de l'État était minimale […]. Le repositionnement stratégique des ADF, indispensable pour leur survie, a entraîné une expansion considérable de leur empreinte territoriale en Ituri et au Nord-Kivu". Les experts constatent encore que "Daech s'est intéressé davantage aux activités des ADF en RDC. À partir de juin 2024, le nombre d'attaques des ADF revendiquées par Daech a connu une augmentation notable par rapport aux mois précédents (111 entre le 2 juin et la fin du mois d'octobre). Le délai de revendication de la responsabilité d'une attaque a considérablement diminué, passant de plusieurs jours à parfois 24 heures. Cette tendance suggère une amélioration de la collaboration entre Daech et les ADF".
Le bilan général de ce rapport démontre, une fois encore, l'incapacité des autorités congolaises de ramener la paix sur l'étendue du territoire.