Au Congo, la réaction de l'opposition face aux envies de nouveau mandat de Félix Tshisekedi: "Une nouvelle dictature"
Lancement à Kinshasa de la plateforme C64 pour faire obstacle au changement de la Constitution.

- Publié le 19-05-2026 à 19h58
- Mis à jour le 20-05-2026 à 09h58

Les crises politiques se multiplient et se répètent en République démocratique du Congo avec un sentiment général : le déjà-vu !
Ce mardi 19 mai, des responsables politiques de l'opposition se sont réunis dans la capitale Kinshasa pour le lancement de la "Coalition article 64 pour la défense de l'ordre constitutionnel" (C64). Parmi ces leaders politiques : Martin Fayulu, Delly Sesanga ou Jean-Marc kabund. La majorité des leaders de l'opposition au régime de Félix Tshisekedi ont brillé par leur absence et se sont fait représenter. Et pour cause, ils sont nombreux désormais à vivre en exil (plusieurs ont d'ailleurs obtenu le statut de réfugiés en Belgique) suite à des menaces, des arrestations ou même des actes de torture.
Article 64
En mettant en avant l'article 64 de la Constitution, les initiateurs du mouvement veulent affirmer leur détermination et souligner la nécessité de mobiliser la population "pour faire échec à l'instauration d'une nouvelle dictature et d'un pouvoir personnel et à vie en République démocratique du Congo", expliquent-ils.
Le texte de l'article 64 dit en effet que "tout Congolais a le devoir de faire échec à tout individu ou groupe d'individus qui prend le pouvoir par la force ou qui l'exerce en violation des dispositions de la Constitution".
L'objectif avoué de ce mouvement, qui tente de fédérer les familles politiques de l'opposition et la société civile, est de s'opposer au changement de la Constitution et d'exiger le retrait du projet de loi référendaire examiné actuellement au parlement. Un texte qui devrait permettre au président Tshisekedi, qui est aujourd'hui à la moitié de son second mandat, de convoquer un référendum populaire sur la question de la révision de la constitution qui, dans son article 220, interdit de modifier "le nombre et la durée des mandats du président de la République".
"La création de C64 ne cherche pas à donner vie à une nouvelle plateforme politique", insistent plusieurs opposants qui préfèrent parler d'une "plateforme d'actions" pour éviter "la confiscation du pouvoir par un clan". "C'est un combat populaire avant d'être un combat politique".
Lors d'une récente conférence de presse, le président congolais, qui ne s'était pas exprimé publiquement jusqu'ici sur ses intentions après la fin de son second mandat, qui doit se terminer en décembre 2028, a clairement laissé entendre qu'il voulait changer la constitution et qu'il se verrait bien rester au pouvoir "si les Congolais le lui demandaient".
L'ombre de Genval
La naissance de ce mouvement, moins de deux semaines après la sortie de Félix Tshisekedi, démontre en tout cas une certaine capacité de réaction d'une opposition pourtant malmenée par un régime qui ne brille ni par son sens du dialogue, ni par sa bienveillance. "Jusqu'ici, le silence de cette opposition politique pouvait laisser penser qu'elle avait capitulé, que le régime en place avait un boulevard devant lui. Une situation qui n'est pas sans rappeler ce que l'on a vécu sous Joseph Kabila avant la tenue du conclave de Genval au mois de juin 2016. Cette union de l'opposition dans la périphérie bruxelloise a fait comprendre à la Kabilie qu'il ne serait pas aisé de s'accrocher au pouvoir", explique un observateur.
La naissance de ce mouvement devrait rapidement déboucher sur l'organisation de manifestations dans tout le pays selon des cadres de l'opposition ; "On sait que le régime va tout faire pour empêcher ces mobilisations. Les pouvoirs successifs ont toujours tenté de réprimer les mouvements populaires mais ils ont tous baissé pavillon en fin de compte."
"La finalité de ces actions, c'est la condamnation pénale de Félix Tshisekedi", explique, radical, l'avocat Hervé Diakiese Kyungu, porte-parole d'Ensemble, le parti de l'opposant Moïse Katumbi. "Le président Tshisekedi s'est parjuré publiquement lors de sa conférence de presse. Il doit donc être poursuivi pour haute trahison par rapport aux articles de la constitution qu'il avait promis de respecter quand il a prêté serment".
"Les premières marches sont attendues dans le courant du mois de juin", ajoute un cadre de l'opposition qui promet que "la pression ne faiblira pas tant que la constitution sera menacée."
