De Leuze à Natitingou pour découvrir la vie locale

Quand une vingtaine de jeunes vont vivre chez leurs correspondants africains, les clichés s'écroulent rapidement.

Valentin Dauchot, envoyé spécial au Bénin
De Leuze à Natitingou pour découvrir la vie locale
©Valentin Dauchot

Quand une vingtaine de jeunes vont vivre chez leurs correspondants africains, les clichés s'écroulent rapidement.D'abord, il y a la fascination. Pour la totalité des jeunes du Centre éducatif Saint-Pierre de Leuze, c'est la première expérience en Afrique subsaharienne et la magie du continent s'empare du groupe assez facilement. Qu'ils s'agissent des petits détails amusants comme ce gigantesque cochon attaché tant bien que mal sur une petite moto, ou d'observations plus culturelles comme la présence de mosquées à côté des églises ou l'agitation commerciale à chaque carrefour traversé. Puis vient la méfiance, généralement liée à l'alimentation. Une bouteille d'eau dotée de "microparticules suspectes", un petit-déjeuner que l'on remplace volontiers par du Nutella ou la couleur étrange des aliments vendus le long de la route.

Des carbonnades flamandes à Natitingou

Le périlleux trajet vers le nord dure près de 8 heures et offre une magnifique occasion d'observer la diversité naturelle du Bénin. Au fur et à mesure que l'on s'approche de la ville de Natitingou, les montagnes remplacent les plaines, la terre prend le pas sur la verdure, et le coton s'entasse le long de la route.

Mais l'intérêt est ailleurs, le soir même, les jeunes de Leuze rencontreront leurs correspondants. Après trois mois d'échanges plus ou moins fructueux par internet, ils vont enfin pouvoir discuter de visu.

Passée l'obscurité d'une cour d'école, voilà donc que retentissent des chants de bienvenue et de chaleureuses marques d'accueil. "Bonne arrivée ! Bonne arrivée !", crient en cœur nos hôtes de la soirée réunis devant leur salle de classe. Les jeunes de Natitingou sont manifestement ravis et viennent directement saluer leurs invités un peu plus réservés. La chaleur de l'accueil efface la fatigue du trajet, et un grand plat de spécialités locales vient rassasier les estomacs. Le véritable échange, lui, a lieu le lendemain. Après une journée de visite en commun, Belges et Béninois préparent chacun des spécialités locales pour concrétiser dans le palais le partage de leurs cultures respectives. Les jeunes de "Nati" vont avoir le privilège de goûter des carbonnades flamandes cuisinées au feu de bois, dont les préparatifs sont violemment perturbés par une averse aux proportions bibliques. Curieusement, ce sont surtout les Belges, habitués aux fortes pluies, qui courent dans tous les sens pour échapper aux grêlons. Les Béninois poursuivent leurs activités sous la drache, habitués à cuisiner à l'extérieur et à gérer les aléas climatiques. "Nous avions déjà eu des correspondants espagnols", explique Priska, 16 ans. "Pour nous la Belgique, c'est le pays où il neige. Mais on veut en savoir plus, connaître leur mode de vie. Le plus important, ici au Bénin, c'est d'évoluer pour pouvoir aider nos petits frères et nos petites sœurs à grandir. Alors tous les matins, je me lève à 5 heures, je révise mes cours et je fais mes exercices avec ma maman. À 7 heures, je balaie la chambre et je fais la vaisselle, avant d'aller à l'école. À 19 heures, je vais directement rejoindre ma maman à l'hôpital où elle travaille pour rentrer ensemble à la maison et commencer à cuisiner, et à 21 heures, je suis au lit".

De l'autre côté de la table, Emeline compare avec son propre emploi du temps. "Pour nous c'est lever à 7 heures, école à 8 heures jusque 16h30, et puis souper vers 19h30. C'est ma maman qui fait la cuisine et je vais au lit vers 22 heures après avoir passé un peu de temps sur l'ordinateur".

Pas du tout comme dans Kirikou

Les langues commencent à se délier, les idées à s'échanger et même les professeurs s'étonnent de certaines réalités. "Aujourd'hui, j'ai vu un prof de maths donner 3 heures de cours sans pause dans un calme plat", s'étonne M. Auquier, professeur d'histoire et de sciences humaines. "C'est impressionnant ! D'autant plus qu'ils ont parfois 70 élèves dans une seule classe" De quoi déconstruire certaines idées préconçues et faire découvrir de nouvelles choses, comme à Flavie, qui s'attendait davantage à se retrouver "dans la brousse et des villages perdus, un peu comme dans Kirikou". "J'avais un peu l'image d'un petit africain qui pleure, mais c'est tout à fait différent. Les gens vivent au jour le jour, ils travaillent beaucoup mais ils ont l'air beaucoup plus tranquilles que chez nous !". Acclimatés, les jeunes pourront ensuite découvrir le terrain. Travailler aux champs, dormir dans un village, et visiter quelques-uns des chantiers supervisés par Îles de paix qui a organisé leur séjour en Afrique. Un grand barrage cofinancé par l'ONG illustre les enjeux liés à l'eau et le manque d'infrastructures de la région. Un champ de cultures adaptées à la saison sèche, l'importance d'améliorer l'alimentation et les revenus des agriculteurs Béninois tout au long de l'année. Sans parler de la bonne gouvernance, de la participation de tous les citoyens, et du rôle des femmes. Autant d'enjeux cruciaux pour l'avenir de nombreux pays d'Afrique, dont on ne peut réellement prendre conscience qu'en venant y vivre quelques jours.

Valentin Dauchot


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