Présidentielle américaine : Elizabeth Warren confirmée dans son statut de favorite démocrate
Le quatrième débat télévisé de la campagne présidentielle des Démocrates, organisé mardi soir dans l'Ohio par CNN et le New York Times, a confirmé que la sénatrice du Massachusetts, Elizabeth Warren, pouvait désormais prétendre au statut de favorite dans la course à l'investiture du parti, autant, sinon plus, que l'ancien vice-président Joe Biden.

- Publié le 16-10-2019 à 11h47
- Mis à jour le 16-10-2019 à 22h40

La sénatrice du Massachusetts a significativement concentré sur elle les attaques de tous les participants au débat télévisé de mardi. Analyse Philippe Paquet
Elizabeth Warren était clairement la femme à abattre mardi soir. Le quatrième débat télévisé de la campagne présidentielle des Démocrates, organisé dans l'Ohio par CNN et le New York Times, a bel et bien confirmé que la sénatrice du Massachusetts pouvait désormais prétendre au statut de favorite dans la course à l'investiture du parti, autant, sinon plus, que l'ancien vice-président Joe Biden. Moins en raison de sa prestation qui, en l'une ou l'autre occasion, a montré les limites de la candidate, qu'en considérant précisément le fait qu'elle a pour la première fois concentré sur elle les attaques de ses onze concurrents présents sur le plateau.
La montée en puissance de Mme Warren a été rendue plus évidente par la contre-performance de son principal rival, clairement affecté par les révélations qui ont conduit au déclenchement d'une procédure de destitution contre Donald Trump, mais sont susceptibles de lui nuire également. Joe Biden s'est efforcé d'esquiver les questions sur le rôle de son fils Hunter au service d'un groupe gazier ukrainien, allant jusqu'à affirmer qu'il n'en avait jamais discuté avec lui - alors que l'intéressé a déclaré le contraire dans un entretien accordé récemment à la chaîne ABC.
Les faux pas de Joe Biden…
Ce ne devait pas être l'unique faux pas du vice-président, qui s'est embrouillé aussi bien dans ses statistiques (sur les coûts de l'assurance-maladie) que dans ses notions de géopolitique (en confondant l'Irak et l'Afghanistan). L'un ou l'autre lapsus ont de nouveau suggéré que Joe Biden, à 76 ans, n'avait peut-être plus toute la fraîcheur d'esprit requise pour un jour occuper le Bureau ovale. Et, s'il entendait se prévaloir d'une expérience sans commune mesure avec celle de ses opposants, le candidat a surtout fait preuve de condescendance, voire d'arrogance, en prétendant être "le seul, sur le podium, à avoir accompli quelque chose de réellement important". Pour ne rien arranger, lorsqu'il a prié Elizabeth Warren de reconnaître le soutien qu'il lui avait apporté dans la création du Bureau de protection financière des consommateurs, lors de la grande crise de 2008, la sénatrice a préféré rendre hommage à Barack Obama.
Les silences d'Elizabeth Warren…
Elizabeth Warren n'en a pas pour autant effectué un parcours sans faute. En dépit des assauts répétés de ses adversaires, et en particulier de la sénatrice du Minnesota Amy Klobuchar, qui entendait visiblement faire ainsi forte impression (et rester dans la compétition, alors qu'elle est en perdition dans les sondages), la candidate s'est toujours refusée à dire si elle envisageait de financer l'une de ses mesures phares - une couverture médicale universelle - par une hausse des impôts, au préjudice de la classe moyenne que courtise le Parti démocrate. Mme Warren n'a guère été plus explicite - et convaincante - sur la situation au Moyen-Orient, se bornant à déclarer, pour désavouer la politique syrienne de la Maison-Blanche, que, si l'Amérique devait effectivement se désengager, elle devait le faire d'une façon appropriée.
Et la pêche de Bernie Sanders…
Les électeurs risquent donc de rester sur leur faim jusqu'au prochain débat, prévu le 20 novembre, en Géorgie, à l'initiative de MSNBC et du Washington Post. Ils reporteront aussi à cette nouvelle échéance leur éventuel espoir de voir émerger des prétendants plus jeunes. Le maire de South Bend, dans l'Indiana, Pete Buttigieg, 37 ans, vers qui se tournent beaucoup de regards, ou l'ancien député d'El Paso Beto O'Rourke, 47 ans, qui incarne l'ambition des Démocrates d'un jour conquérir le Texas, n'ont nullement démérité, mais sans toutefois parvenir à jouer dans la cour des grands.
Tant et si bien que le débatteur qui a finalement le plus impressionné, mardi soir, n'est autre que Bernie Sanders. On l'attendait diminué par l'infarctus qui l'avait récemment forcé à suspendre sa campagne, et on l'a découvert plus combatif, mais aussi plus enjoué, que jamais. Ce qui a poussé le sénateur du New Jersey, Cory Booker, à rappeler que son collègue du Vermont était favorable à la dépénalisation du cannabis. "Je n'en ai pas pris ce soir", lui a répondu Sanders.