"Tant de gens ont disparu", "Nous n'avons eu aucune préparation, aucun avertissement" : des incendies sans précédent ravagent Hawaï, faisant 36 morts
Attisés par les vents de l'ouragan Doran, de violents incendies touchent l'État d'Hawaï, laissant ses habitants démunis face à des images apocalyptiques.
- Publié le 10-08-2023 à 19h00
- Mis à jour le 10-08-2023 à 19h11

"Nous nous attendions à des pluies, à des inondations. Nous n'avons jamais anticipé dans cet État qu'un ouragan qui n'a pas eu d'impact sur nos îles provoquerait ce genre de feux de forêt." Les mots de Sylvia Luke, Lieutenante-gouverneure de l'État d'Hawaï (États-Unis), témoignent de la stupéfaction des autorités et de la population locale face aux puissants incendies qui ravagent l'archipel américain depuis mardi. En quelques heures à peine, ces feux de forêt sans précédent ont dévasté l'île de Maui, tuant au moins 36 personnes, forçant des milliers d'habitants à évacuer et endommageant des centaines de bâtiments.
Catastrophe humaine et culturelle
"Nous n'avons eu que quelques minutes pour évacuer", raconte Dustin Kaleiopu, un habitant évacué de l'île de Maui dont la maison a brûlé. "Tous ceux que je connais et que j'aime, tous ceux avec qui je suis lié, avec qui je communique, mes collègues, mes amis, ma famille – nous sommes tous sans abri", se lamente l'homme, qui s'est confié à CNN, expliquant qu'il est toujours sans nouvelle de nombreux proches. "J'ai de la famille élargie, ma grand-mère, mon oncle, mes amis, des membres de ma famille que nous recherchons. Tant de gens ont disparu", a-t-il ajouté, estimant que le bilan de 36 morts était largement sous-estimé.
Comme lui, des milliers d'habitants de l'île ont dû abandonner leurs maisons aux flammes. Des refuges et abris ont été mis à la disposition de la population mais sont déjà débordés, tandis que les autorités redoutent une importante crise. "Il n'y a pas assez d'abris sur le long terme", a déclaré le gouverneur à CNN. L'accès à l'ouest de l'île est entravé par la fermeture de route et des milliers de personnes sont privées d'électricité et de connexion téléphonique.
La ville de Lahaina de 12 000 habitants, ancienne capitale de l'archipel, a été totalement réduite en cendres. "Nous n'avons eu aucune préparation, aucun avertissement, rien", a déploré Theo Morrison, directrice générale de la Lahaina Restoration Foundation, auprès du New York Times. Cette fondation gère plus d'une douzaine de sites historiques dans la ville, parmi lesquels le vieux palais de justice dont le toit a entièrement disparu, ainsi que le musée du patrimoine qui s'y trouvait. "Le dernier étage contenait des objets hawaïens anciens, des objets de la monarchie, des plantations et des périodes de chasse à la baleine, des objets de toutes les époques de Lahaina", explique-t-elle. Il s'agit du pire événement destructeur de toute l'histoire de cette ville.
Plus de 11 000 touristes ont été évacués de l'île de Maui, tandis que les autorités touristiques d'Hawaï ont invité les voyageurs qui devaient s'y rendre à ne pas venir. "Dans les jours et les semaines à venir, nos ressources collectives et notre attention doivent se concentrer sur le rétablissement des résidents et des communautés qui ont été forcés d'évacuer leurs maisons et leurs entreprises", ont-ils insisté dans un communiqué. Les voyages vers les autres îles de l'archipel, dont une grande partie de l'économie repose sur le tourisme, ne sont pas affectés à l'heure actuelle.
Des incendies sans précédent
Les causes de l'incendie ne sont pas encore connues, mais une alerte rouge avait été émise par le service météorologique national en raison des conditions sèches persistantes. Celles-ci avaient rendu les combustibles, soit les arbres et le reste de la végétation, très secs. "Cette situation, associée à un faible taux d'humidité et à des vents violents, a créé les conditions propices aux feux de forêt", a commenté Kenneth Hara, commandant général de la Garde nationale de l'armée d'Hawaï, lors de la conférence de presse de mercredi. La présence de certaines plantes exogènes a également augmenté le risque d'incendie.
"Nous ne nous sommes pas encore tous adaptés, mais c'était prévisible", a pour sa part déclaré Elizabeth Pickett, codirectrice de l'organisation de gestion des incendies d'Hawaï, au Washington Post. Selon elle, cette catastrophe n'aurait pas dû être une surprise compte tenu de toutes les conditions réunies.
Les incendies ont aussi été attisés par les vents violents renforcés par l'ouragan Dora, situé à plusieurs centaines de kilomètres de l'île. Les incendies se sont déclarés "en quelque sorte à cause de l'ouragan Dora, mais ce n'est pas une conséquence directe", assure Jeff Powell, météorologue à Honolulu, qui explique que des différences de pression atmosphérique ont engendré des alizés exceptionnellement forts. L'ouragan Dora est passé mercredi dans l'Océan Pacifique, à plus de 1000 kilomètres au sud d'Honolulu et a créé des vents allant jusqu'à 130 km/h mardi, selon le Centre national des ouragans.
"Le fait que nous ayons des incendies de forêt dans de nombreuses régions en raison de l'impact indirect d'un ouragan est sans précédent. C'est quelque chose que les habitants d'Hawaï et l'État n'ont jamais connu", a commenté la Lieutenante-gouverneure Sylvia Luke, assurant que les incendies étaient désormais pour la plupart sur le point d'être maîtrisés, alors que les vents faiblissaient. Le président américain Joe Biden a décrété jeudi l'état de catastrophe naturelle pour Hawaï, ce qui va permettre de débloquer d'importantes aides fédérales pour l'archipel.
Le changement climatique est un facteur à l'origine de l'augmentation de la fréquence et de l'intensité des incendies, mais rend aussi plus probable les ouragans plus violents. "Ce type de catastrophes liées au changement climatique dépassent vraiment le cadre des choses auxquelles nous sommes habitués à faire face", affirme Kelsey Copes-Gerbitz, chercheuse postdoctorale à la faculté de foresterie de l'Université de Colombie-Britannique (Canada), auprès de l'agence Associated Press. "Ce que ces incendies catastrophiques révèlent, c'est que personne n'est à l'abri."