Vivek Ramaswamy, le Trump 2.0 qui veut "démanteler" l'État américain "à la tronçonneuse"
L'homme d'affaires dirigera avec Elon Musk le Département de l'efficacité gouvernementale. Candidat à l'investiture républicaine, il promettait de supprimer les trois quarts des fonctionnaires fédéraux.

- Publié le 27-12-2024 à 06h35

"Nous allons y aller à la tronçonneuse." Telle est la promesse de Vivek Ramaswamy, codirecteur avec Elon Musk du futur Département de l'efficacité gouvernementale (Department of Government Efficiency ou DoGE). Avec Elon Musk, il prévoit de réduire d'un tiers le budget fédéral, qui s'élève à 6 750 milliards de dollars. Vivek Ramaswamy a fait fortune dans les biotechs. Il était encore inconnu des Américains quand il s'est présenté à l'investiture républicaine en février 2023, avant de rallier Donald Trump, un an plus tard. À ce moment, il est l'un des vingt plus jeunes milliardaires des États-Unis, selon les estimations du magazine Forbes (une baisse du marché a fait repasser depuis ses avoirs en dessous du seuil du milliard de dollars).
L'art de faire des millions
Fils d'un ingénieur et d'une psychiatre immigrés tamouls, Vivek Ramaswamy est né à Cincinnati en 1985. Diplômé de Harvard, en biologie, et de Yale, en droit, il a commencé sa carrière auprès du fonds spéculatif QVT. Il s'y spécialise dans les investissements pharmaceutiques et gagne ses premiers millions de dollars. En 2014, à 29 ans, il fonde Roivant Sciences ("Roi" étant l'abréviation de return on investment – retour sur investissement). La société de biotechnologies développe des produits pharmaceutiques "innovants", selon les termes du jeune entrepreneur.
La réalité est plus nuancée, comme l'ont détaillé le New York Times et Forbes. En 2014, Vivek Ramaswamy lance une campagne de communication vantant l'Intepirdine comme un traitement contre la maladie d'Alzheimer. Le médicament a été racheté à une autre firme, après quatre essais cliniques infructueux. L'effet d'annonce accompagne l'introduction en Bourse de la filiale de Roivant qui doit le commercialiser. L'entrepreneur en tire 38 millions de dollars en plus-value avant qu'un nouvel essai clinique invalide l'Intepirdine.
L'homme chargé de "démanteler" l'administration fédérale a critiqué les "obstacles inutiles à l'innovation" de la Food and Drug Administration (FDA), qui donne le feu vert à la commercialisation des nouveaux médicaments. Selon le Washington Post, trois produits de Roivant sont en attente du contrôle de la FDA en 2025. En 2021, il quitte le poste de PDG de Roivant pour se lancer dans la politique. Il en reste le 6e actionnaire, avec des parts estimées par Forbes à environ 600 millions de dollars.
Armer chaque citoyen de Taiwan
Donald Trump le rencontre, en avril 2023, à Indianapolis, lors de la convention annuelle de la National Rifle Association, le puissant lobby pro-armes. Le novice en politique, alors âgé de 37 ans, impressionne le milliardaire septuagénaire par un discours enflammé. Argument : il ne faudra plus protéger Taiwan vis-à-vis de la Chine au-delà de 2028, car l'Amérique ne dépendra alors plus de l'île pour ses semi-conducteurs. Il suffirait d'armer chacun de ses habitants pour assurer leur défense : ovation debout. En juin suivant, quand Donald Trump est inculpé par le tribunal fédéral de Miami (pour la détention de documents classifiés), Vivek Ramaswamy est présent. Devant la Cour de Justice, il appelle chaque candidat républicain qui serait élu à la Maison-Blanche à s'engager à accorder la grâce présidentielle au milliardaire.
Candidat à l'investiture, Vivek Ramaswamy s'est positionné non comme une alternative à Trump, mais plutôt comme un prolongement de celui-ci. Il ne craint pas de perpétuer des théories du complot : le gouvernement a caché des choses sur les attentats du 11 Septembre 2001 et sur l'insurrection du Capitole du 6 janvier 2021. Sa campagne est présentée comme "America First 2.0". Son programme est radical : fin de la discrimination positive "dans toutes les sphères de la vie américaine", démantèlement du FBI, fermeture du ministère de l'Education et suppression de 75 % des employés de "l'État bureaucratique".
Il affirme que les États-Unis traversent une "crise d'identité nationale" parce que "la foi, le patriotisme et le travail" ont été remplacés par "de nouvelles religions séculières comme le COVIDisme (sic), le climatisme et l'idéologie du genre". Il récuse la distinction politique Républicains-Démocrates, mais préfère distinguer ses concitoyens entre pro ou anti-Américains, avec comme valeur cardinale le capitalisme : "Nous n'avons pas à nous flageller pour le capitalisme. Cessez de vous excuser pour le capitalisme. Nous devrions profiter du capitalisme", lance-t-il en campagne.
Associé de J.D. Vance
Tant que l'avenir politique de Trump a paru menacé par les procès intentés à son encontre, Ramaswamy a été un candidat potentiel pour les milliardaires Elon Musk, David O. Sacks et Peter Thiel, qui ont fait des dons à sa campagne. Peter Thiel et Joe Lonsdale, deux associés de la "mafia PayPal", ont financé Strive Asset Management, une société de capital-risque que Vivek Ramaswamy a cofondée en 2022 avec le prochain vice-président J. D. Vance. Ils se sont rencontrés durant leurs études à Yale. La firme a pour vocation de "faire pression sur les PDG pour qu'ils se tiennent à l'écart des causes environnementales, sociales et politiques", peut-on lire sur le site de la firme.
Ramaswamy, qui a hérité du surnom de "PDG anti-woke", est aussi l'auteur des deux ouvrages Woke, INC. : Inside Corporate America's Social Justice Scam (La mafia Woke : l'arnaque à la justice sociale de l'Amérique des affaires, non traduit) et Nation of Victims. Le premier dénonce l'inefficacité et l'hypocrisie des mouvements environnementaux, sociaux et de gouvernance dans les entreprises américaines. Le second cible la "victimisation à outrance" des minorités.
À cette aune, Vivek Ramaswamy est aussi un actionnaire activiste, à l'instar de Peter Thiel et J.D. Vance au sein de la plateforme de vidéos Rumble. Il a acquis un peu plus de 8 % des actions du média en ligne BuzzFeed. Au printemps 2024, il a tenté de pousser BuzzFeed à adopter une "plus grande diversité de pensée", en engageant, par exemple, l'ancien animateur de Fox News, Tucker Carlson, remercié en avril 2023 pour avoir relayé de fausses informations dans la foulée de l'élection présidentielle de 2020.
Des "croisés" pour sabrer
Le 20 novembre dernier, Elon Musk et lui ont publié une tribune dans le Wall Street Journal, pour expliquer leurs intentions au sein du Département de l'efficacité gouvernementale (DoGE). La première est tout simplement idéologique : "Renverser la prise de pouvoir de l'Exécutif (par) une bureaucratie en augmentation croissante". La méthode : "Recruter une équipe de croisés de l'État restreint".
Le déficit de l'État fédéral devrait totaliser en 2024 près de 1800 milliards de dollars, un record historique, selon le Congrès. Républicains et Démocrates se renvoient la balle de la responsabilité. Pour les premiers, la cause du déficit est à trouver dans les dépenses exorbitantes, tandis que les Démocrates l'attribuent aux réductions d'impôts rituellement adoptées sous les présidents républicains Donald Trump et George W. Bush.
Vivek Ramaswamy a des solutions pour y remédier : "Supprimer les programmes gouvernementaux que le Congrès n'autorise plus", en référence aux 1200 programmes, temporaires selon lui, que le Congrès a laissé expirer sans les renouveler. Économie estimée : 516 milliards de dollars. Mais certains programmes, tout expirés qu'ils seraient, financent encore les soins de santé des vétérans, le traitement contre l'addiction aux opioïdes – grave problème de santé publique aux États-Unis – voire des missions du Département d'État, le ministère des Affaires étrangères.
Lors d'une réunion à huis clos au Capitole, le 5 décembre, pour évoquer leur vision du DoGE, Elon Musk a dit aux élus de la Chambre qu'il tiendrait une liste à la fois "gentille et méchante" de ceux qui approuveront les réductions du budget et de ceux qui s'y opposeront. La suggestion, glaçante, interroge sur la considération des milliardaires pour les élus de la Nation et leur conception de l'État de droit. Durant sa campagne pour l'investiture républicaine, Vivek Ramaswamy affirmait que, Président, il agirait si besoin "sans la permission ou l'autorisation du Congrès".
