L'Administration Trump embourbée dans le "Signalgate": "C'est ce qui arrive quand on place des personnes incompétentes alors que des vies sont en jeu"
La publication des échanges détaillés sur une opération militaire au Yémen met à mal ses dénégations.

- Publié le 26-03-2025 à 20h42
- Mis à jour le 28-03-2025 à 17h47

Accusé notamment d'être un "tordu" par Donald Trump et sous un feu nourri d'insultes émanant du camp républicain pour décrédibiliser son travail, le rédacteur en chef du magazine The Atlantic, Jeffrey Goldberg, a répliqué ce mercredi.
Dans un nouvel article, il a finalement rendu publique une série de copies d'écran de messages confidentiels échangés au mépris de toutes les règles de sécurité par les plus hauts responsables de l'Administration Trump sur la messagerie commerciale cryptée Signal, révélant des informations ultrasensibles sur une opération militaire en cours contre les rebelles houthis au Yémen, le 15 mars. Inclus par erreur dans cette boucle de discussion créée par le conseiller à la sécurité nationale Mike Waltz, Jeffrey Goldberg s'était initialement abstenu de diffuser certaines informations qu'il jugeait relever du secret défense et pouvant porter préjudice aux troupes américaines opérant sur le terrain.
Mis sur la sellette pour avoir communiqué en temps quasi réel certains détails précis de ces opérations, le ministre de la Défense Pete Hegseth n'a de cesse de clamer que ceux-ci "n'avaient rien de classifiés". Des affirmations dont on peut douter à la lecture des nouvelles révélations de The Atlantic qui, s'il a évité de mentionner le nom d'un agent de la CIA cité dans ces échanges, n'en livre pas moins des éléments tels que le timing précis du décollage des avions F-18, les bombardements en cours, l'utilisation de missiles de croisière Tomahawk, les cibles visées et les résultats de ces frappes.
Interrogés par les médias américains, dont la chaîne CNN, les experts militaires sont formels : partager de telles informations sur des canaux non sécurisés constitue une violation grave des protocoles de sécurité nationale. Un ancien responsable du département de la Défense a ainsi qualifié ces révélations de "potentiellement catastrophiques". La CIA elle-même a reconnu que de telles délibérations "devraient normalement être conduites via des canaux classifiés". Des commentaires qui soulignent la gravité de la situation, alors que l'Administration Trump s'évertue à éteindre l'incendie et à minimiser les faits.
Appel à la démission
Auditionnés la veille par le Sénat, la directrice du renseignement national, Tulsi Gabbard, et le directeur de l'Agence centrale de renseignement (CIA), John Ratcliffe ont à nouveau été entendus par la Commission permanente sur le renseignement de la Chambre des représentants ce mercredi. Campant sur ses dénégations, la première a reconnu que l'inclusion du journaliste dans le groupe de discussion Signal était une "erreur", mais maintient que ces échanges ne contenaient pas d'informations classifiées… puisque le ministre de la Défense, Pete Hegseth, fortement mis en cause dans cette affaire, a le pouvoir de les déclassifier. De leur côté, des responsables de la National Security Agency (NSA) et de l'Agence de renseignement de la Défense ont reconnu que leurs services avaient émis des avertissements concernant les risques que comportait l'utilisation de l'application Signal.
Dans les rangs démocrates, on semble bien décidé à ne pas lâcher l'affaire. Dénonçant des "révélations accablantes", des voix s'élèvent pour réclamer la démission de Pete Hegseth. L'ex-astronaute devenu sénateur Mark Kelly a ainsi déclaré que "c'est ce qui arrive quand on place des personnes incompétentes à des postes où des vies sont en jeu."
Dave Portnoy, un commentateur conservateur très influent, a demandé à l'exécutif américain de "prendre ses responsabilités" après un "foirage monumental", et déclaré, dans une vidéo sur X: "Quelqu'un doit tomber et pour moi c'est Mike Waltz".
Donald Trump ne paraît pas – encore – prêt à franchir ce pas. Selon la porte-parole de la Maison-Blanche, l'équipe chargée de la sécurité nationale garde toute sa confiance, le président concédant toutefois que "quelqu'un avait merdé".
