Curtis Yarvin, le philosophe d'extrême droite qui murmure à l'oreille de l'administration Trump : "Mes idées circulent dans les allées du pouvoir…"
Enfant prodige, ancien progressiste et monarchiste, qui est Curtis Yarvin le philosophe aux idées extrêmes admiré par l'entourage de Donald Trump ?

- Publié le 19-06-2025 à 14h53
- Mis à jour le 20-06-2025 à 09h12

Dès sa plus tendre enfance, Curtis Yarvin s'est fait remarquer par son intelligence. À cause des déménagements liés au travail diplomatique de son père, il entame une scolarité à domicile durant laquelle il passera trois classes en un an. À douze ans, sa famille s'installe dans la communauté non incorporée de Columbia, dans l'État du Maryland, et Curtis Yarvin entre au lycée.
Cette période sera compliquée pour Yarvin qui se sentira comme un "extraterrestre étrange, menaçant et effrayant" au milieu des autres élèves tous plus âgés. Selon son ami Andrew Cone, ce sentiment d'infériorité le poussera à réaliser quelque chose d'exceptionnel. En 1992, il obtiendra finalement son premier diplôme universitaire à l'âge de 18 ans. Il rejoint ensuite l'Université de Californie à Berkeley où il entame un doctorat en informatique, qu'il ne finira pas.
D'abord adepte des idées progressistes, Curtis Yarvin est décrit comme un hippie, amateur de poésie et de LSD. Après avoir gagné près d'un million de dollars grâce au développement d'un navigateur web, il développe un intérêt pour l'histoire, la politique et l'économie. Il s'inspire des auteurs comme le conservateur James Burnham et le libertarien Albert Jay Nock, qui partage une vision minimaliste du rôle de l'État.
"J'ai décidé de créer une nouvelle idéologie"
Le philosophe explique avoir eu un "moment de révélation", lors de l'élection présidentielle de 2004, qui a vu George W. Bush devenir Président. La campagne a été rythmée par une théorie du complot propagée à l'encontre du président démocrate sortant John Kerry, selon laquelle il aurait exagéré ses exploits lors de la guerre du Vietnam. Plusieurs personnes ont appelé au retrait de sa candidature, mais cela ne s'est pas produit. Pour Yarvin, les institutions démocratiques auraient dû le destituer. Cette déception l'a ainsi convaincu de réfléchir à un nouveau système.
En 2007, il crée son blog où il écrit sous le pseudo "Mencius Moldbug". Il publie son premier article néoréactionnaire : "Un manifeste formaliste". "L'autre jour, alors que je bricolais dans mon garage, j'ai décidé de créer une nouvelle idéologie", écrit-il. Il développera une lourde critique du suffrage universel, prônera la supériorité de la monarchie sur la démocratie et la division des nations en petites communautés. Il revendique également des idées extrêmes telles que "l'élimination physique" des communistes, des homosexuels et des dissidents à un régime autoritaire.
Pour lui, le système démocratique américain actuel est épuisé et devrait être remplacé par un gouvernement mené par un leader semblable à un monarque. Il explique également que les droits de l'Homme comme fondement de nos sociétés modernes constituent une illusion dangereuse.
Pour évoluer, Yarvin suggère une "réinitialisation" de l'ordre social en "éliminant la démocratie, la constitution et l'État de droit". "Le problème n'est pas que les démocraties soient mauvaises, mais qu'elles soient faibles. Des politiques impopulaires, comme l'immigration de masse, sont mises en œuvre même lorsque de fortes majorités s'y opposent. Si vous dites à un lecteur que la démocratie est mauvaise, il sera choqué. Mais si vous lui dites que la politique est mauvaise, ou que le populisme est mauvais, il dira : 'Bien sûr, ce sont des choses terribles.' Il sera également probablement d'accord pour dire que ce sont les experts, les juristes et les universitaires qui devraient prendre les décisions et les lois. Mais dans ce cas, cette personne ne soutiendra pas la démocratie, mais l'aristocratie", explique-t-il.
Implantation dans la "magasphère"
Ses idées ont trouvé une caisse de résonance chez de nombreux membres de l'entourage de Donald Trump. S'ils n'ont pas de liens amicaux directs, le vice-président J. D. Vance a cité Yarvin à plusieurs reprises, notamment dans le podcast conservateur Jack Murphy Live. Elon Musk, le journaliste Tucker Carlson ou encore le milliardaire et soutien de Trump Peter Thiel ont aussi plusieurs fois fait référence à son idéologie. "Mes idées circulent dans les allées du pouvoir…", confie-t-il d'ailleurs au Figaro.
De plus, les mesures prises par Donald Trump depuis le début de son mandat semblent montrer une certaine conformité avec la doctrine de Yarvin. Néanmoins, dans un entretien avec le New York Times en janvier 2025, Yarvin expliquait que "ce n'est pas encore le moment" de transformer la démocratie américaine en une sorte de monarchie. "Personne ne devrait lire cet article, paniquer, et penser que je suis sur le point de devenir le dictateur secret de l'Amérique."
"Pour distinguer mes idées plus radicales des évolutions actuelles à Washington, je dirais qu'il y a un effort évident pour rétablir la Maison Blanche en tant qu'organe d'autorité qui gouverne la branche exécutive", ajoute-t-il. "Des électeurs croient avoir voté pour une révolution. Ils ont élu Donald Trump, peut-être le PDG le plus compétent du monde…"
