Les silences sur l'affaire Epstein déstabilisent Donald Trump
Le prédateur sexuel, mort en prison en 2019, aurait pu compromettre de nombreuses personnalités. Aussi l'intention de classer l'affaire passe-t-elle mal au sein de la base électorale du Président.

- Publié le 15-07-2025 à 06h38

Jeffrey Epstein "ne meurt jamais", au grand dam de Donald Trump qui faisait amèrement ce constat dans un message posté samedi dernier sur son réseau Truth Social, en déplorant que "des gens égoïstes" s'évertuent à remuer cette vieille histoire alors qu'il y a, selon lui, tellement d'autres priorités pour son gouvernement.
Le problème pour le président américain, c'est que ces "gens égoïstes" comptent parmi ses plus fervents partisans : le fer de lance du mouvement Maga ("Make America Great Again") qui a joué un rôle décisif dans la réélection du Républicain en 2024. Des jeunes, très souvent, dont la défection éventuelle, s'ils étaient déçus, pourrait être fatale aux législatives de la mi-mandat en novembre 2026, sans parler de la prochaine présidentielle.
Circulez, il n'y a rien à voir !
La frustration et la colère dans les rangs Maga, relayées et amplifiées par de nombreux ténors du monde médiatique conservateur, sur les réseaux sociaux et jusqu'aux plateaux de Fox News, la chaîne de référence de Donald Trump (quand il ne la voue pas aux gémonies), sont nées de la publication, le 7 juillet, d'un communiqué conjoint du ministère de la Justice et du FBI. Ce document de deux pages paraît mettre un point final à l'affaire Epstein, du nom de ce financier new-yorkais doublé d'un prédateur sexuel, retrouvé pendu dans sa cellule de Manhattan, le 10 août 2019.
Le communiqué conclut, en effet, à l'inexistence d'une liste de "clients" qui auraient abusé à leur tour des jeunes filles recrutées par Epstein, lequel aurait pu ainsi exercer sur eux un chantage. Le document confirme également la mort par suicide du milliardaire, coupant court aux rumeurs et théories complotistes selon lesquelles le détenu aurait été occis pour éviter qu'il ne fasse de fâcheuses révélations.
Que du "beau" monde…
C'est que l'hypothétique liste des "clients" ne saurait être banale. Jeffrey Epstein ne fréquentait que du beau monde. Il était lié à Ghislaine Maxwell, la fille mondaine du magnat de la presse britannique Robert Maxwell – elle a été condamnée en 2022 à vingt ans de prison pour complicité de trafic sexuel (elle a fait appel). Parmi les proches du prédateur, on trouve le prince Andrew, fils de feu la reine Elizabeth (il a fait taire, en lui versant plusieurs millions de dollars, Virginia Giuffre, qui l'accusait de l'avoir violée chez Epstein quand elle avait 17 ans). Ou l'ancien président Bill Clinton, parmi tant de personnalités politiques, d'hommes d'affaires, de vedettes du showbiz.
Candidat, Donald Trump avait promis de faire toute la lumière sur le scandale, qu'il servait aux complotistes, au sein de son électorat, comme l'exemple par excellence de la corruption des élites et de la vénalité de la justice. Cependant, en 2002, il déclarait "s'amuser beaucoup" avec Epstein, un "gars formidable" qui, comme lui, "aimait les jolies femmes". En 2007, toujours dans les colonnes du "New York Magazine", c'est Epstein (alors âgé de 54 ans) qui fanfaronnait à propos de sa passion pour "les jeunes filles".
Le mois dernier, Elon Musk jetait un pavé dans la mare en affirmant, sans preuve, que le nom de Donald Trump, avec qui il était désormais brouillé, apparaissait dans l'enquête sur Epstein. Il a depuis supprimé son post sur X et admis "avoir été trop loin", tandis que la Maison-Blanche dénonçait des propos orduriers.
Zizanie en haut lieu
L'incident ne fait qu'ajouter à un malaise grandissant. La ministre de la Justice, Pam Bondi, assurait en février que la liste des clients d'Epstein était "sur son bureau" pour examen – liste dont ses services nient à présent l'existence. La direction du FBI, tout en ayant cosigné le communiqué du 7 juillet, ne semble pas sur la même longueur d'onde et d'aucuns ont prêté au directeur adjoint, Dan Bongino, la volonté de démissionner.
Pour l'heure, Donald Trump défend Bondi et maintient que son gouvernement est "fantastique", sans parvenir nécessairement à dissiper l'impression qu'il pourrait y avoir une tentative de dissimulation. Ce qui pousse l'activiste conservateur Robby Starbuck à ce conclure ; "Le président Trump perd rarement le contact avec sa base, mais là, il est déconnecté."
