Quand Donald Trump fait campagne au Honduras
Le président américain appelle à voter pour le candidat de droite et agite la menace d'une intervention militaire.

- Publié le 29-11-2025 à 07h01

Un peu plus de 6,5 millions d'électeurs sont appelés aux urnes dimanche au Honduras pour désigner leur futur chef de l'État ainsi que 128 députés et des centaines de maires, pour les quatre prochaines années.
Les électeurs honduriens sont en fait appelés à choisir entre la continuité d'un gouvernement de gauche et le retour de la droite lors de ces scrutins au résultat incertain.
Pour la présidentielle, trois candidats sur cinq sont donnés au coude-à-coude par les sondages pour ce scrutin à un tour qui doit désigner le successeur de la dirigeante sortante de gauche Xiomara Castro.
Gonflé par le cas argentin
Il y a quelques semaines, le président américain Donald Trump avait appelé les Argentins à voter pour le parti du président d'ultra droite Javier Milei lors des législatives de mi-mandat. Un scrutin qui s'annonçait très compliqué pour la formation d'un chef de l'État confronté à plusieurs scandales financiers mais aussi à des résultats économiques loin des attentes que son élection avait fait naître. Pourtant, malgré son image écornée, malgré ses résultats économiques mitigés et malgré des sondages en berne, sa formation, La Libertad Avanza, a recueilli plus de 40 % des voix lors de ces législatives. Il faut dire que Washington avait aussi annoncé son soutien massif à l'économie argentine en cas de victoire de Milei. Plus de 40 milliards de dollars avaient été promis pour relancer la machine économique grippée. Une somme largement remise en question ces derniers jours.
Mais Donald Trump peut s'enorgueillir d'avoir été entendu par les Argentins et il espère rééditer l'expérience au Honduras où il a appelé à voter pour le candidat de droite Nasry Asfura en expliquant, toujours sur son réseau Truth Social, que le candidat du Parti national "est le seul vrai ami de la liberté".
Le président est allé plus loin en indiquant qu'il ne" pourrait pas travailler" avec sa rivale, l'avocate de gauche Rixi Moncada, et qu'il ne faisait "pas confiance" au troisième prétendant, le présentateur télé Salvador Nasralla.
Nasry Asfura ne s'est pas fait prier pour communiquer autour de ce message. "Merci beaucoup pour le soutien", a-t-il écrit sur ses réseaux sociaux avant d'ajouter, quelques heures plus tard, sur un ton "Make Honduras great Again", "Nous sommes déterminés à défendre notre démocratie, notre liberté et les valeurs qui font la grandeur de notre pays".
Chasse aux "narcocommunistes"
Le président américain a encore expliqué que "Tito (Nasry Asfura, NdlR) et moi pouvons travailler ensemble pour lutter contre les narcocommunistes et apporter au peuple du Honduras l'aide dont il a besoin". Il n'a pas hésité à faire le lien entre le destin du Honduras et celui du Venezuela, où il n'exclut pas une intervention militaire tout en se disant prêt à parler avec le chef de l'État Nicolas Maduro. "Maduro et les narcoterroristes vont-ils s'emparer d'un autre pays ?" , a-t-il interrogé sur Truth Social.
Le Honduras, miné par les gangs qui ont mis la main sur les trafics de drogue et le crime organisé, est l'un des pays les plus violents d'Amérique latine. Une situation inacceptable pour Donald Trump pour qui l'Amérique latine fait partie de la sphère d'influence des États-Unis, une lecture qui l'autorise à adopter une posture résolument interventionniste dans la région.
Outre la menace et la pression militaire, Donald Trump n'hésite pas à conditionner l'aide de son pays à la bonne volonté des gouvernements et à ses affinités avec leurs dirigeants.
Nasry Asfura, 67 ans, le favori de la Maison-Blanche, est un entrepreneur en travaux publics d'origine palestinienne. Ancien maire de Tegucigalpa, la capitale, de 2014 à 2022, il avait été battu à la présidentielle de 2021 par Xiomara Castro. Il revient quatre ans plus tard avec un slogan parlant : "Maintenant ou jamais" et claironne à qui veut l'entendre qu'il faut chasser les communistes du pouvoir, tout en promettant de remettre les Honduriens au travail. De quoi le rendre encore plus sympathique aux yeux de Donald Trump.
