Face aux menaces de Trump, "la position de l'armée vénézuélienne sera déterminante"
Nicolas Maduro continue de défier Washington dans des rassemblements publics savamment mis en scène.

- Publié le 04-12-2025 à 09h35
- Mis à jour le 04-12-2025 à 10h08

Le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, l'a martelé mardi soir, les États-Unis vont poursuivre les frappes en mer des Caraïbes et dans le Pacifique. Donald Trump est allé plus loin en annonçant : "Nous allons aussi commencer à mener ces frappes sur terre. C'est beaucoup plus facile par voie terrestre. Nous savons où ils habitent."
Pas un mot, par contre, sur la remise en question par des experts et des élus américains de la légalité de ces opérations. Explication embarrassée autour du dossier de ces deux marins, accusés sans preuve d'être des narcotrafiquants, qui ont été abattus par un tir américain alors que leur embarcation avait été détruite par un tir précédent et qu'ils tentaient de s'accrocher à leur épave. Rien non plus sur les relations avec les autorités vénézuéliennes..
On sait désormais que les présidents Trump et Maduro se sont parlé brièvement le 21 novembre. Le Vénézuélien aurait laissé entendre qu'il était prêt à abandonner le pouvoir en échange de garanties pour sa sécurité et celle de sa famille. selon plusieurs médias américains, le président Trump n'a fait aucune concession.
Depuis cet échange, l'ultimatum lancé par Donald Trump a expiré. Maduro est toujours en place et multiplie les meetings de masse pour tenter de mobiliser les Vénézuéliens face à ce "Yankee" "néocolonialiste".
Jusqu'ici, le front "populaire" vénézuélien semble tenir. Ni le peuple, ni l'armée, particulièrement choyée par Hugo Chavez et son successeur Nicolas Maduro, ne montrent de signe de lassitude à l'égard du pouvoir présidentiel.
"Personnellement, je pense cependant qu'il y a une partie de la population qui est saturée par toutes ces années de chavisme et ou de madurisme", explique Sebastian Santander, professeur et directeur du Center for International Relations Studies (Cefir) de l'ULiège "L'armée, par contre, c'est un point d'interrogation et ce sera un des éléments les plus déterminants de cette crise", poursuit-il.
Les troupes vénézuéliennes sont essentiellement équipées d'armes achetées en Russie, généralement regardées comme obsolètes surtout face au matériel des États-Unis. Les militaires, eux, sont présentés comme peu entraînés et peu motivés avec un salaire, équivalent à peine à 100 dollars en francs locaux, insuffisant pour vivre décemment.
Militaires businessmen
Un constat qu'il faut pourtant nuancer, selon Sebastian Santander. "L'armée a quand même été bien revalorisée. D'abord par Chavez, puis par Maduro. Un certain nombre de secteurs économiques ont été cédés à l'armée qui reste fidèle au pouvoir jusqu'ici. Les généraux font du business au Venezuela, notamment dans le pétrole."
Mais quid en cas d'attaque des États-Unis ? Comme d'autres interlocuteurs depuis le début de cette crise, M. Santander n'imagine pas une intervention militaire terrestre des Américains. "Cela diviserait les supporters de Trump. Les Maga sont divisés sur la question. Bannon ou JD Vance sont non interventionnistes. Mais l'autre courant, incarné notamment par le Secrétaire d'État Marco Rubio, existe aussi. Et les Américains n'ont, généralement pas oublié les guerres en Irak ou en Afghanistan et leur lot de morts. Je pense que la population américaine est saturée de ces interventions."
Reste l'option de frappes aériennes américaines ciblées. Le Venezuela dispose de systèmes de défense russes, équipés notamment de batteries de missiles à longue portée S-300.
"S'il y a des frappes américaines, scénario plausible, c'est là qu'on pourra tester la solidité de la fidélité de l'armée à Maduro. Si elle juge que c'est trop risqué, le régime s'effondrera en quelques instants. Mais, en même temps, la hiérarchie militaire est mouillée jusqu'au cou. Elle n'a rien à espérer d'un changement de régime. On a déjà vu des mouvements de mutinerie dans certaines casernes mais ils ont systématiquement été étouffés. Ici, c'est un autre morceau. Ce serait une intervention ou un bombardement extérieur. Il est difficile d'anticiper la réaction. Ce qui est certain, c'est que l'avenir de Maduro dépend plus que jamais de son armée."
