Qui est Bhikkhu Pannakara, leader de la Marche pour la paix qui suscite un engouement inédit le long des routes américaines ?
Le moine bouddhiste a pris la tête de l'aventure qui arrive à Washington DC ce mardi 10 février, après 3 700 km à travers les États-Unis depuis le Texas.

- Publié le 09-02-2026 à 18h20

"Pour être honnête, il se passe quelque chose que je n'aurais jamais imaginé." À l'approche de Washington DC, où lui et ses coreligionnaires arriveront ce 10 février, Bhikkhu Pannakara – Tue Nhan de son nom officiel – n'en revient pas lui-même. Quand ce moine bouddhiste de 44 ans a pris la tête de la Marche pour la paix (Walk for peace) reliant la capitale américaine depuis son temple de Huong Dao, situé à Fort Worth au Texas, il ne s'attendait pas à pareil engouement, tout juste quelques personnes venues voir passer cette pittoresque colonne d'une vingtaine de moines en robe orange et rouge foncé.
Mais, au fil de jours, l'aventure de 2 300 miles (près de 3 700 km), destinée à "éveiller la paix qui vit déjà en chacun de nous", a pris une ampleur absolument inédite, autant sur les réseaux sociaux (avec 2,7 millions de followers sur Facebook) que sur le bord des routes, où les Américains les encouragent, les suivent, leur témoignent de la gratitude, leur donnent des fruits, des fleurs, mais aussi des chaufferettes pour les mains ou des sticks pour les lèvres alors que les températures chutent. "Quand je vois tous ces gens nous accueillir, je pense vraiment que la souffrance est présente en eux. C'est pour cela qu'ils viennent soutenir cette mission, avec tout cet amour et cette hospitalité", a déclaré Bhikkhu Pannakara à la chaîne CBS.
Né en 1981 dans le centre du Vietnam, sous le nom de Lam Van Nguyen, il a émigré aux États-Unis en 1997, où il a décroché un diplôme en technologie de l'information à l'Université du Texas à Arlington. Leader de l'association des jeunes bouddhistes du temple de Lien Hoa à Irving, il a reçu le nom monastique de Tue Nhan en entrant au noviciat en 2007, avant d'être pleinement ordonné en 2010. Devenu administrateur du temple de Huong Dao en 2013, il a créé une fondation philanthropique (Huong Thu) d'aide aux gens dans le besoin dans le monde et lancé, en 2020, le projet Dhammacetiya, visant à ériger un complexe religieux pour préserver le Pali Tipitaka, le canon bouddhique fondateur de l'école theravada.
Bhikkhu Pannakara n'en est pas à sa première marche au long cours. En 2022-2023, il avait participé à un pèlerinage de 3 400 km en Inde et au Népal sur les traces de Bouddha. Il en a tiré un récit, The Footsteps of a Buddhist Monk. C'est là qu'il a rencontré le chien des rues, Aloka, qu'il a adopté et qui est devenu la mascotte de la marche américaine.

Aux États-Unis, le moine, qui chemine autant que possible pieds nus pour ressentir directement le sol et demeurer pleinement présent dans l'instant, a dû bander ses plaies après avoir marché sur des pierres, des clous et des morceaux de verre. Ces derniers temps, il a enfilé des chaussettes et des sandales pour supporter le froid. Il s'est aussi senti mal récemment et c'est sous antibiotiques qu'il a poursuivi le chemin, à un rythme moins intense.
Mais, d'étape en étape, il n'a jamais dévié de sa trajectoire, plaidant pour la paix, la compassion, la pleine conscience, sans un mot plus haut que l'autre, auprès de ceux, nombreux, venus l'écouter. Parce que, au fond, "quels que soient nos parcours, nos origines ou nos croyances, nous partageons tous le même désir de paix".