"Il savait très bien ce qu'il faisait": Bill White, le "fidèle parmi les fidèles" de Donald Trump en Belgique
L'ambassadeur des États-Unis en Belgique, Bill White, a créé la polémique après une sortie sur une enquête menée par le parquet d'Anvers.

- Publié le 18-02-2026 à 12h39
- Mis à jour le 18-02-2026 à 17h08

L'ambassadeur américain en Belgique, Bill White, a déclenché une importante secousse diplomatique ce lundi 16 février après avoir accusé la Belgique d'antisémitisme suite à une enquête menée par le parquet d'Anvers visant des mohels, des circonciseurs rituels juifs. Il s'en est également directement pris au ministre de la Santé Frank Vandenbroucke après lui avoir demandé d'intervenir.
Si en Belgique, cette sortie a provoqué un séisme diplomatique majeur — Bill White a d'ailleurs été convoqué par le ministre des Affaires étrangères, Maxime Prévot —, outre-Atlantique cette intervention — qui n'a eu qu'un faible retentissement — est regardée avec étonnement. "Un différend public tout à fait atypique, a fortiori entre alliés de longue date", écrit le Washington Post.
Pourtant ce type d'intervention devient de plus en plus courante, souligne Serge Jaumain, professeur d'Histoire contemporaine à l'ULB. "Ce n'est pas le premier ambassadeur à réagir de cette manière-là", rappelle-t-il. Il évoque notamment l'attaque de l'ambassadeur des États-Unis en France, Charles Kushner (de confession juive, NdlR), contre le gouvernement français, déclarant "que la France avait des comportements antisémites". "Cette question est très sensible aux États-Unis et est liée à la présence d'une forte communauté juive. C'est un élément sur lequel les trumpistes sont partie prenante, le tout étant lié à la question du conflit israélo-palestinien", ajoute Serge Jaumain.
Il pointe également un tournant dans l'appréhension des relations diplomatiques des États-Unis. "Les ambassadeurs ne se présentent même plus comme des ambassadeurs des États-Unis mais comme les envoyés spéciaux de Donald Trump dans toute une série de pays. Ce n'est, à ma connaissance, jamais arrivé que les ambassadeurs américains interviennent aussi directement dans la politique intérieure. Concernant l'affaire des circoncisions à Anvers, on est dans un domaine qui concerne la séparation des pouvoirs entre la justice et le pouvoir législatif et exécutif. Cela montre que la confusion entre ces trois pouvoirs est de plus en plus forte aux États-Unis. Les ambassadeurs adoptent la même stratégie dans les pays où ils se trouvent. Mais cela va à l'encontre de toutes les règles diplomatiques", détaille Serge Jaumain.
Selon lui, l'intervention de Bill White était complètement calculée. "Il savait très bien ce qu'il faisait. Cela s'inscrit dans une stratégie assez large d'intervention au sein de la politique intérieure d'une série d'États européens. Il faut voir la politique étrangère de Donald Trump et de son équipe comme une extension de la politique intérieure américaine. C'est d'abord une stratégie de communication intérieure aux États-Unis, une stratégie politique."
Qui est Bill White ?
Nommé ambassadeur américain en Belgique en octobre 2025, William Bryan White n'a aucune expérience diplomatique. "Sa principale caractéristique, comme souvent pour les ambassadeurs américains actuellement, c'est d'avoir été un soutien très important de Donald Trump et d'être en plus son voisin à Mar-a-Lago", analyse Serge Jaumain.
Il est un homme d'affaires reconnu et est d'ailleurs le PDG de Constellations Group, une société de consultance stratégique. Il s'engage en politique dans les années 2000 sans véritable allégeance à un parti. Il soutiendra Mitt Romney mais lui tournera le dos après que le républicain s'est prononcé contre le mariage homosexuel.
En 2012, White est conquis par le camp démocrate et apporte son soutien à la réélection de Barack Obama. En 2016, il organise même une levée de fonds pour la campagne d'Hillary Clinton. Mais après la défaite de cette dernière face à Donald Trump, il rejoint les républicains et devient un fervent soutien du Président.
"Il ressemble beaucoup à Donald Trump. On a parfois l'impression de l'entendre, même s'il sait davantage arrondir les angles. Il essaie de donner un visage un peu plus souriant et sympathique que Trump dans sa gestuelle. Mais sur le fond, c'est la stratégie à la lettre de Donald Trump. Il lui doit sa nomination, c'est un fidèle parmi les fidèles. Il n'y a pas l'épaisseur d'une feuille de cigarette entre sa stratégie et celle du Président", conclut Serge Jaumain.
