Au Pérou, Keiko Fujimori devrait marcher dans les pas de son père
La gauche, vaincue pour moins de 50 000 voix, refuse d'accepter ce verdict.

- Publié le 29-06-2026 à 18h34

Après trois échecs à la présidentielle, Keiko Fujimori, 51 ans, la fille de l'ancien dictateur péruvien Alberto Fujimori (1990-2000), est arrivée en tête du second tour de l'élection face au candidat de la coalition de gauche Juntos por el Perú (Ensemble pour le Pérou), Roberto Sanchez.
Tensions en vue
Après des semaines de décomptes, de reports et d'estimations partielles qui donnaient la victoire alternativement à l'un ou l'autre camp, l'annonce est tombée en milieu de semaine dernière, Keiko Fujimori a remporté le scrutin. Mais l'écart entre les deux candidats est inférieur à 50 000 voix sur plus de 19 millions de voix, de quoi faire naître bien des tensions dans un pays déjà politiquement fragilisé qui a vu passer 9 présidents en 10 ans, dont plusieurs croupissent toujours en prison, la plupart du temps pour des faits de corruption.
Roberto Sanchez dénonce une "fraude" et une "grave atteinte au processus électoral". Il pointe surtout des irrégularités dans la gestion du vote des Péruviens de l'étranger qui, à lui seul, a inversé les tendances du territoire national, qui le plaçaient en tête avec un fin filet de 25 000 voix. Le résultat des votes des 300 000 Péruviens de l'étranger a finalement donné une avance de 43 000 voix à Mme Fujimori.
Face à ce basculement, Roberto Sánchez a officiellement demandé l'invalidation pure et simple des votes de l'étranger. Une demande rejetée par le Jury national des élections (JNE) au motif qu'elle avait été déposée de manière trop tardive. C'est ce JNE qui statue en dernier recours sur la légalité des votes, examine les contestations de fraude et proclame officiellement les résultats finaux. La gauche n'entend pas abandonner le combat et promet de multiplier les recours et manifestations populaires d'ici le 28 Juillet, date de l'installation de la première femme au Palais du gouvernement, la résidence des présidents péruviens.
Retour aux sources pour Keiko
Un lieu que Keiko Fujimori (enfant aîné d'une fratrie de 4 enfants) connaît par cœur pour y avoir passé une bonne partie de son adolescence. C'est là qu'à 19 ans, en 1994, après le divorce tumultueux de ses parents, elle deviendra de facto la "première dame" du pays, accompagnant son père dans la plupart de ses voyages internationaux. Elle apparaît donc comme l'héritière du clan Fujimori, elle est même surnommée "la China" en référence à son père "el Chino" – bien qu'ils soient d'ascendance japonaise.
Un héritage qui se lit aussi dans la politique de droite dure teintée de projets sociaux qu'elle entend mener. Keiko Fujimori sera aussi rattrapée par l'affaire Odebrecht, scandale de corruption qui touche de nombreux responsables politiques sur tout le continent sud-américain. Elle sera incarcérée de manière préventive pour blanchiment d'argent et association criminelle en 2018 et 2020. Il y a quelques mois, après l'abandon des charges, le Tribunal constitutionnel classe la procédure. Une porte ouverte pour une nouvelle campagne mais aussi pour de nombreux doutes sur un sérail politique péruvien qui divise toujours autant la population.