Un million de civils pris en étau entre Damas et l'armée turque qui menace d'avancer
Les armées syrienne et turque renforcent de part et d'autre leurs effectifs dans le nord-ouest de la Syrie où le président turc Recep Tayyip Erdogan a menacé mercredi de lancer une opération militaire.
- Publié le 19-02-2020 à 16h00
- Mis à jour le 19-02-2020 à 17h41

Les armées syrienne et turque renforcent de part et d'autre leurs effectifs dans le nord-ouest de la Syrie où le président turc Recep Tayyip Erdogan a menacé mercredi de lancer une opération militaire. "Il s'agit de nos dernières mises en garde […] Nous pourrons surgir une nuit sans crier gare. Pour le dire d'une manière plus explicite, une opération à Idleb est imminente", a déclaré mercredi M.Erdogan.
Néanmoins, des pourparlers avec la Russie, parrain avec l'Iran du régime syrien, se poursuivent. Ankara veut à tout prix éviter que de nouveaux réfugiés s'ajoutent aux 3,7 millions que la Turquie accueille déjà et qui sont devenus un sujet de tension au sein de l'électorat.
Il est difficile de faire la part des choses entre la rhétorique verbale du président turc et ses intentions réelles, mais une chose est sûre, les deux armées se font face et sont même extrêmement proches.

Sur l'autoroute M4
L'armée turque a pris position mercredi sur l'autoroute M4 entre la ville côtière de Lattaquié et celle d'Alep, ce qui porte à 37 le nombre des "postes d'observation" que celle-ci a déployés dans la région d'Idlib en vertu d'un accord de désescalade qui n'a jamais été respecté ni par les djihadistes, ni par Damas, déterminé à reconquérir l'ensemble du territoire syrien.
Les forces de Damas continuent à s'enfoncer dans la poche d'Idlib, dernier retranchement des rebelles soutenus par la Turquie et des djihadistes dominés par le Hayat Tahrir al-Cham (HTS), un groupe radical, auteur d'attentats kamikaze et inspiré par le groupe al-Qaïda.
Comme pour célébrer la récente sécurisation de la banlieue ouest d'Alep, un Airbus A320 de la compagnie nationale a relié mercredi Damas à la deuxième ville du pays, avec à son bord ministres et journalistes invités par le ministère de l'Information.
Mais la poussée de l'armée régulière syrienne a un prix : près d'un million d'habitants de la poche – en grande majorité des femmes et des enfants – ont fui les bombardements et vivent dans des conditions extrêmement précaires. Cet exode est l'un des plus importants de cette guerre civile qui, depuis 2011, a mis à terre le pays. Selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), plus de 380 000 personnes ont péri, dont 115 000 civils.
"Les gens sont dans une situation désespérée", souligne Julien Delozanne, chef de mission MSF pour la Syrie. "Les attaques visent maintenant des zones qui étaient considérées comme sans danger et qui accueillaient des personnes déplacées dans des camps aux conditions déjà terribles. Si l'offensive militaire se poursuit, la situation sera encore plus dramatique".
Des nuits glaciales
La frontière avec la Turquie est fermée tant et si bien que les femmes et enfants dorment, pour les plus chanceux, dans des camps de fortune, d'autres dans leur voiture ou sous une tente sommaire. Le 11 février, la température est descendue jusqu'à moins 12 degrés dans le gouvernorat d'Alep. Elle a remonté depuis. "La région est couverte de tentes, et plus vous vous rapprochez de la frontière turque, plus vous en voyez. Ceux qui n'ont pas les moyens d'acheter une tente s'installent avec d'autres familles sous leur tente. Il y a des personnes qui mettent leurs affaires par terre parce qu'elles n'ont pas encore d'abris et vivent comme ça, dehors. Elles ont très froid, c'est catastrophique", alerte un médecin syrien de MSF, qui souhaite rester anonyme.
"Aucun abri n'est sûr", renchérit Michelle Bachelet, la Haut-Commissaire de l'Onu aux droits de l'Homme. "Et comme l'offensive gouvernementale continue et que les gens sont coincés dans des poches de plus en plus petites, je crains que plus de gens encore vont être tués".
Lors de la reprise d'Alep Est en 2016, puis de la Goutha orientale en 2018, les Occidentaux avaient également crié au scandale. Mais à chaque fois, les derniers djihadistes avaient été transférés par bus jusque Idlib. Cette fois-ci, c'est leur refuge qui est soumis aux bombardements syriens et russes. Et la question subsiste : où vont-ils aller ?