En Inde, le déconfinement a débuté alors que le pic épidémique se fait attendre
Confinée depuis 40 jours, l'Inde émerge lentement de sa torpeur.
- Publié le 04-05-2020 à 20h25
- Mis à jour le 04-05-2020 à 20h26

Confinée depuis 40 jours, l'Inde émerge lentement de sa torpeur. Lundi 4 mai, des mesures de déconfinement sont entrées en vigueur à travers le pays. Les commerces, les salons de coiffure et les taxis peuvent reprendre du service, de même que les usines et les chantiers urbains. Le gouvernement fédéral a classé chaque région sur une échelle : verte, orange et rouge selon la gravité de l'épidémie. Les écoles et les universités demeurent closes, de même que les centres commerciaux, les restaurants, les hôtels et les lieux de culte.
À Gurgaon, dans la banlieue de New Delhi, les boutiques hésitaient à reprendre et à part quelques échoppes, les rideaux de fer restaient baissés lundi. La circulation automobile reprenait vaille que vaille. "Nous avons rouvert ce matin et il n'y a pas eu un seul client, déplore un commerçant qui tient un magasin de vêtements. Tout est très confus et beaucoup comprennent mal la situation. Ils ne savent pas s'ils peuvent rouvrir ou non." La police a aussi levé les barrages dans certains districts. "Il y avait des contrôles la semaine dernière, mais ce matin, j'ai pu sortir de mon quartier librement. Cependant, toutes les boutiques ne sont pas ouvertes", observe Marie-Hélène, une touriste française qui séjourne à Rishikesh, dans le nord.
La réouverture des commerces a provoqué des scènes étonnantes à New Delhi où des habitants se sont rués vers les magasins d'alcool. L'afflux de clients, qui avaient du mal à respecter la distance de deux mètres prescrite par les autorités, a contraint certains à fermer quelques heures plus tard.
Au Kerala, dans le sud, les magasins ont repris leur activité quelques jours par semaine. "Les sorties restent très encadrées. Impossible de mettre le pied dehors sans autorisation", raconte Irshad, un habitant de Malappuram.
Ce redémarrage partiel est censé conjurer la récession qui menace l'économie. Plusieurs agences de notation ont averti que la croissance du PIB se rapprocherait de zéro cette année. La paralysie qui dure depuis mars a plongé des millions de travailleurs journaliers au chômage et d'après l'Organisation internationale du travail, 400 millions d'Indiens risquent de s'enfoncer dans la pauvreté. Dans le même temps, le confinement a freiné l'épidémie qui avait, au 4 mai, contaminé 42 800 personnes et fait 1 389 morts. Un bilan qui doit être pris avec précaution, car le bureau fédéral du recensement avait admis l'an dernier que seuls 22 % des décès faisaient l'objet d'un certificat médical.
La relative faiblesse du nombre de morts semble avoir persuadé le gouvernement d'amorcer un déconfinement graduel. "L'Inde a décrété le confinement le 24 avril alors que l'épidémie commençait à peine à s'étendre si bien qu'elle a réussi à retarder la propagation. C'est ce qui explique le faible nombre de décès", explique Ramanan Laxminarayan, directeur du Center for Disease Dynamics, Economics & Policy (CDDEP), un institut de recherche basé à Delhi et à Washington.
L'Inde est cependant loin d'aplatir sa courbe épidémique. Alors que le ministère de la Santé dénombrait moins de 1 500 cas de contamination par jour jusqu'au 21 avril, il en compte plus de 2 000 quotidiennement depuis le 1er mai. Et le taux de reproduction du virus, qui mesure l'intensité de la contagion, reste supérieur à un. Dans un article paru lundi, l'OMS recommande de passer sous ce seuil avant de déconfiner. La lenteur avec laquelle le virus se propage signifie que l'Inde devrait vivre avec le Covid-19 pendant encore quelques mois.
Les dernières prévisions du Massachusetts Institute of Technology (MIT) indiquent que le nombre de personnes contaminées ne commencerait à reculer qu'à partir de la première semaine de juin. Et la courbe des décès poursuivrait sa progression pour dépasser la barre des 5 000 victimes. "Le pic pourrait arriver en juin ou juillet", conclut Ramanan Laxminarayan.
