Allemagne, France, États-Unis... Le coup de pouce des Occidentaux à la répression militaire en Birmanie
Un rapport stigmatise l'aide apportée à l'armée birmane par des entreprises étrangères.

- Publié le 16-01-2023 à 19h25

Les entreprises d'au moins treize pays d'Europe, d'Asie et d'Amérique du Nord, dont l'Allemagne, la France, la Chine, l'Inde, la Corée du Sud et les États-Unis, contribuent à équiper l'armée birmane en armes et en matériel, des fournitures sans lesquelles elle serait probablement incapable de mener une répression féroce contre les mouvements d'opposition à la dictature en place. C'est ce que dénonce, dans un rapport publié en ligne lundi, Fatal Business : Supplying the Myanmar Military's Weapon Production, l'organisation Special Advisory Council for Myanmar (SAC-M).
Fondé au lendemain du coup d'État du 1er février 2021, qui a vu les généraux birmans confisquer de nouveau le pouvoir et réinstaurer un climat de terreur, ce "Conseil consultatif spécial pour la Birmanie" se définit comme "un groupe indépendant d'experts internationaux qui soutient le peuple birman dans son combat pour les droits humains, la paix, la démocratie, la justice et le refus de l'impunité". Il réunit actuellement Lee Yanghee, qui fut rapporteuse spéciale des Nations unies pour les droits humains en Birmanie de 2014 à 2020, Marzuki Darusman et Chris Sidoti, respectivement ancien président et ancien membre de la mission internationale indépendante d'enquête de l'Onu en Birmanie.
Dans ce rapport de 75 pages, les experts du SAC-M passent au crible les modalités de participation des entreprises étrangères aux diverses étapes de la chaîne de production des armements et équipements dont bénéficie l'armée birmane. Ils se fondent sur des sources variées : documents officiels du ministère birman de la Défense, témoignages de personnes qui y ont travaillé, certificats de livraison de matériels et documents comptables, photographies, etc.
Des partenaires connus et des surprises
Les processus décrits sont plus complexes que la seule vente d'armes, en principe interdite, à un pays mis au ban de la communauté internationale. Le rapport s'intéresse ainsi successivement aux transferts de technologie conclus quand la Birmanie était plus ou moins fréquentable, à l'exploitation des matières premières dans le pays (dont une partie sert à l'industrie de l'armement), à la fourniture de composants et de pièces détachées, comme à celle de produits finis, enfin à la livraison de machines et de technologies.
C'est dans ce dernier domaine surtout que le rapport épingle, en dressant la liste, des entreprises de pays occidentaux : France, Allemagne, Autriche, Ukraine, États-Unis, Israël, Japon et Taïwan. Si l'on s'attendait à voir la Chine (principal soutien de la junte), et dans une moindre mesure la Russie, en première ligne, la présence de nombreuses entreprises taïwanaises est une surprise mais l'île, tenue à l'écart de l'Onu par Pékin, profite apparemment du fait qu'elle n'est pas partie prenante au régime de sanctions internationales. Autres surprises : l'implication de l'Inde dans la fourniture de technologies, notamment dans le domaine optique, ainsi que le rôle de plaque tournante joué par Singapour dans les échanges entre un régime paria et ses partenaires étrangers.