Japon : le Premier ministre Ishiba exclut de démissionner malgré sa défaite aux élections législatives anticipées
Le Parti libéral-démocrate, sanctionné dans les urnes, demeure le premier parti en sièges. Dans l'opposition aucune majorité cohérente ne s'impose. Certains députés frappés par un scandale financier sont réélus et peuvent maintenir le PLD au pouvoir.

- Publié le 28-10-2024 à 11h29

La défaite du Parti libéral-démocrate (PLD, droite conservatrice), lors des élections législatives anticipées, dimanche, a fait craindre une période d'instabilité au Japon. Aucune majorité claire n'est sortie des urnes. La nuit a porté conseil : en apparence secoué dimanche soir, le Premier ministre Shigeru Ishiba a affirmé lundi matin vouloir rester en fonction, afin d'éviter de créer "un vide politique". "Je veux remplir mon devoir, qui est de protéger la vie des gens, de protéger le Japon", a-t-il affirmé devant la presse, lundi matin.
En poste depuis le 1er octobre après son élection à la tête du PLD, Shigeru Ishiba espérait consolider son pouvoir et rétablir la confiance avec cette élection. Son parti a été secoué par un scandale de caisses noires, sur fond d'inflation galopante. Au moins 45 mandataires du PLD ont été impliqués. Alors que le Premier ministre avait annoncé que le parti retirerait son soutien aux candidats concernés qui se représentaient aux élections, la presse a révélé que le PLD leur avait indirectement versé des fonds de campagne.
Perdant mais toujours leader
La sanction des électeurs a été "sévère", comme l'a reconnu un Ishiba, dimanche soir : Le PLD, au pouvoir depuis 1955 sauf durant quatre brèves années, a perdu plus de 64 sièges. Le partenaire de coalition du PLD, le Komeito (centre droit) recule de 32 à 24 sièges. Avec un total de 215 sièges sur les 465 de la chambre basse, les deux partis ne disposent plus de la majorité minimum de 233 sièges. Mais les députés responsables du scandale, réélus sous étiquette indépendante, peuvent garantir la survie du gouvernement Ishiba.
Le Parti constitutionnel démocratique du Japon (PDC, centre-gauche) profite du revers, avec un gain de cinquante sièges. Son leader, Yoshihiko Noda, ancien Premier ministre, plaide pour un changement de gouvernement en faveur de l'opposition. Mais ses 148 députés du PDC et les résultats des autres partis d'opposition ne lui permettent pas d'envisager une coalition cohérente.
La situation rappelle les deux alternances précédentes. En 1993, déjà, le PLD avait perdu le pouvoir après des révélations de corruption et l'éclatement de la bulle immobilière qui avait mis fin au "miracle économique" japonais. Une coalition hétéroclite de sept partis avait formé un gouvernement, qui n'a tenu que onze mois. En 2009, le PDC a remporté une victoire écrasante. Mais sa gestion erratique, surtout lors de la catastrophe de Fukushima, lui a coûté le pouvoir dès 2012.
Les faiseurs de roi
Les deux "faiseurs de roi" potentiels sont le Parti démocrate du peuple (DPP, centre-droit) et le Parti japonais de l'innovation (Nippon Ishin no Kai, droite libérale). Le premier, formé en 2018, enregistre la plus forte progression, quadruplant son nombre d'élus, de 7 à 28. Nippon Ishin, au contraire, après une percée en 2021, perd 5 députés pour un total de 38.
Avant les élections, ces deux partis ont toutefois exclu une coalition avec le PLD. Toute considération politique mise à part, la décision de Shigeru Ishiba de se maintenir au pouvoir semble donc un choix de raison. Les électeurs, après tout, ont permis au PLD de demeurer l'indéboulonnable premier parti du Japon.