Pour contrer l'influence chinoise, l'Inde déroule sa diplomatie du vaccin
Pour contrer l'influence chinoise dans ses zones d'influence et défendre ses intérêts économiques, New Delhi exporte ses vaccins en Asie du Sud et en Afrique.
- Publié le 15-03-2021 à 13h57
- Mis à jour le 15-03-2021 à 13h58

La diplomatie indienne bataillait depuis quelques semaines pour persuader les États-Unis, le Japon et l'Australie d'investir dans ses capacités de production de vaccins anti-Covid. Au sommet du Quad, qui s'est tenu le 12 mars, elle a obtenu gain de cause. Ainsi, Delhi va pouvoir s'imposer comme un fournisseur incontournable de vaccins pour les pays pauvres et contrer la diplomatie de son rival chinois.
À l'issue de la réunion en vidéoconférence vendredi dernier, Joe Biden, le Premier ministre indien, Narendra Modi, et les Premiers ministres japonais et australien ont concrétisé un partenariat à quatre pour produire et distribuer dans les pays en développement 1 milliard de doses d'ici fin 2022. Concrètement, l'Agence américaine d'aide au développement (US International Development Finance Corporation) va investir pour que le groupe pharmaceutique indien Biological E augmente ses capacités de production. Biological E est un fabricant de médicaments et de vaccins contre la rougeole et la rubéole, entre autres. Tokyo va aussi finaliser un prêt à l'Inde pour appuyer cet effort. Le communiqué du Quad n'a pas précisé les montants qui seront engagés.
Dans le même temps, Biological E fabriquera des vaccins anti-Covid approuvés par l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), dont celui de l'Américain Johnson&Johnson. En février, la P-DG de Biological E avait expliqué être en négociation avec le groupe basé dans le New Jersey pour produire 600 millions de doses par an. Cette annonce du Quad, alliance fondée en 2007 pour contrer l'influence chinoise en Asie-Pacifique, est un coup de fouet à la diplomatie du vaccin impulsée par New Delhi depuis le début de l'année. Le géant sud-asiatique était déjà bien positionné dans ce domaine avant l'épidémie : ses entreprises comme Serum Institute of India et Biological E figuraient parmi les plus gros producteurs de vaccins au monde.
L'Afrique et l'Asie du Sud comme cibles
Depuis fin janvier, l'Inde a vendu ou donné 58 millions de doses à 71 pays ; 40 % ont été livrées en Afrique et 30 % en Asie du Sud. Pour New Delhi, il s'agit de contrer l'influence de la Chine dans ces deux régions, mais aussi de resserrer les liens avec deux continents clés pour ses besoins en matières premières, pour son économie et sa sécurité nationale.
L'Afrique est devenue un marché important pour les groupes indiens, qui, depuis 15 ans, multiplient les investissements dans l'agroalimentaire, les mines, la pharmacie… L'Inde est désormais le quatrième partenaire commercial de l'Afrique. Les matières premières comme le pétrole, le charbon, les métaux et pierres précieuses ont représenté plus de la moitié de ce que l'Inde a importé d'Afrique en 2018 d'après une étude d'Exim Bank, l'agence indienne d'aide aux exportations.
En outre, en fournissant des vaccins à ses voisins, l'Inde peut espérer réchauffer ses relations avec les pays d'Asie du Sud courtisés par Pékin. Le Bangladesh a été le plus gros bénéficiaire de la diplomatie vaccinale indienne en recevant 9 millions de doses alors que les tensions entre Dhaka et New Delhi se sont accrues après la réforme de la citoyenneté votée par le Parlement en décembre 2019. Le Bangladesh craint que cette loi, qui accorde la citoyenneté indienne aux clandestins à condition qu'ils ne soient pas musulmans, provoque le retour de milliers d'immigrés. " En plus, les investissements chinois au Bangladesh ont refroidi les relations bilatérales" , observait l'Observer Research Foundation (ORF), un centre de recherche proche du gouvernement indien, dans une note parue en janvier. "La diplomatie du vaccin donne aussi à l'Inde une opportunité pour résoudre son cont entieux territorial avec le Népal" , ajoutait l'ORF.
Même le Pakistan, fidèle allié de Pékin, va bénéficier des vaccins indiens. Début mars, le ministère pakistanais de la Santé a indiqué qu'il allait recevoir 16 millions de doses gratuites fabriquées en Inde.
La diplomatie indienne a toutefois subi un important revers début février lorsque l'Afrique du Sud a décidé de ne pas utiliser le million de doses offertes par New Delhi. Le vaccin, produit en Inde et conçu par AstraZeneca-Oxford, s'est révélé inefficace face à la variante sud-africaine du coronavirus.