Quand la Hongrie ouvrait le rideau de fer le 10 septembre 1989
- Publié le 10-09-2019 à 08h36
- Mis à jour le 10-09-2019 à 08h38

C'était dans la nuit du 10 au 11 septembre 1989. Il y a trente ans, les communistes hongrois ouvraient la frontière avec l'Autriche. Des dizaines de milliers d'Est-Allemands passaient ainsi "à l'Ouest".La Hongrie a beaucoup fait parler d'elle ces dernières années en raison de sa politique des barbelés pour lutter contre l'immigration illégale. Mais il y a trente ans, le pays s'était distingué d'une toute autre manière. Le dimanche soir du 10 septembre 1989, le ministre hongrois des Affaires étrangères, Gyula Horn, faisait une annonce fracassante à la télévision d'État, lors du grand programme politique hebdomadaire : "Nous ouvrirons la frontière austro-hongroise ce soir à minuit." Il donnait ainsi le feu vert aux dizaines de milliers de citoyens est-allemands qui, partis en touristes comme chaque été dans le "pays frère" sur les bords du lac Balaton, étaient restés sur son sol comme réfugiés, refusant catégoriquement de retourner dans la République démocratique allemande (RDA) qui préparait les festivités de son 40e anniversaire. Ils avaient été encouragés par les images de la télévision ouest-allemande montrant Gyula Horn et son homologue autrichien, Alois Mock, cisailler symboliquement, le 27 juin, le rideau de fer (qui dans les faits avait déjà été démantelé par les communistes hongrois dans les semaines précédentes). Dans les heures qui suivaient l'annonce de l'ouverture officielle de la frontière, des milliers d'Allemands de l'Est se ruaient sur les passages frontaliers pour "passer à l'Ouest", certains abandonnant même leur précieuse Trabant le long de la route pour franchir les postes en courant, sous l'œil des caméras ouest-allemandes.
Un anniversaire passé sous silence
Au grand dam des ex-communistes réformateurs hongrois, en particulier du courageux chef du gouvernement d'alors, Miklos Nemeth, la date du 10 septembre n'est pas franchement célébrée en Hongrie. La droite hongroise lui préfère celle du 20 août, jour du "pique-nique paneuropéen". Cette grande manifestation pacifiste organisée à cheval sur le rideau de fer entre la Hongrie et l'Autriche avait été le théâtre d'une première percée de plusieurs centaines d'Allemands de l'Est. Le trentième anniversaire de cet événement hautement symbolique a été célébré par le Premier ministre Viktor Orban et Angela Merkel dans la ville hongroise de Sopron, frontalière avec l'Autriche.
"Les Allemands se souviennent avec une grande reconnaissance de ce que la Hongrie a fait pour surmonter leur division", avait déclaré la chancelière allemande. Angela Merkel s'inscrivait alors pleinement dans les pas de son mentor, l'ancien chancelier Helmut Kohl, qui avait déclaré le jour de la réunification allemande que "le sol sur lequel repose la porte de Brandebourg est hongrois". En effet, dans les semaines qui avaient suivi l'ouverture de la frontière austro-hongroise, plus de soixante mille citoyens de la RDA avaient rejoint la République fédérale d'Allemagne via la Hongrie et l'Autriche et, deux mois plus tard, le mur de Berlin, devenu obsolète, tombait.
L'ombre des barbelés
Mais la clôture de barbelés érigée à l'automne 2015 à la frontière méridionale de la Hongrie, pour tenter de barrer la route aux migrants en provenance du Moyen-Orient, a terni le prestige international de la Hongrie, héritage de son soulèvement antisoviétique en 1956, puis de son rôle pour abattre l'ordre bipolaire en 1989. La chancelière allemande Angela Merkel a ajouté à son hommage une critique voilée de la politique actuelle de Budapest : "Parfois nous devons dépasser nos propres ombres pour assumer nos responsabilités communes envers l'Europe et le monde. Les réfugiés venant de zones de guerre, cherchant refuge ici, nous rappellent l'importance de lutter contre les raisons qui les ont poussés à fuir." Viktor Orban, le chef du gouvernement hongrois, a balayé à maintes reprises les critiques de ses contradicteurs, argumentant qu'en se verrouillant contre les migrants en 2015, la Hongrie avait protégé l'espace de libre-circulation de Schengen. "L'ouverture des frontières de 1989 et la protection de ces frontières aujourd'hui sont les deux faces d'une même pièce, expliquait-il dès 2016 devant le Parlement allemand. Nous nous battions pour la liberté de l'Europe et maintenant nous protégeons cette liberté."
Radio Free Europe bientôt de retour en Hongrie ?
L'emblématique radio états-unienne, créée en 1949 à des fins de propagande anticommuniste, pourrait bientôt reprendre du service en Hongrie, où elle a cessé d'émettre après la guerre froide. Selon le New York Times, Radio Free Europe pourrait obtenir le feu vert du Congrès américain dès septembre et commencer ses émissions en hongrois en mai prochain. Un affront pour Viktor Orban, qui plus est au moment où la Hongrie commémore les trente ans de l'ouverture du rideau de fer. RFE a aussi repris du service en Bulgarie et en Roumanie cette année.