Municipales en France: un premier tour sur fond d'intensification du virus
La question se pose désormais d'un éventuel report du second tour. C'est dans une ambiance inédite, presque irréelle, sur fond de coronavirus, que s'est déroulé le premier tour des élections municipales.
- Publié le 15-03-2020 à 21h41
- Mis à jour le 15-03-2020 à 23h38

La question se pose désormais d'un éventuel report du second tour.
C'est dans une ambiance inédite, presque irréelle, sur fond de coronavirus, que s'est déroulé le premier tour des élections municipales. La veille, Edouard Philippe avait annoncé une série de mesures drastiques pour éviter la propagation de l'épidémie : limitation des interactions sociales, encouragement au télétravail, fermeture des bars, restaurants et salles de spectacles. Dans cette atmosphère, la participation ne pouvait être que réduite : à 20 h, elle était mesurée entre 53 et 56 %, un record, près de 20 points supérieurs au précédent score le plus haut, remontant à 2014 (36 % d'abstention). À l'heure où nous publions, les résultats restaient encore difficiles à décrypter, avec des motifs de satisfaction et de déception pour les différentes formations politiques.
Du côté de la majorité, on se félicitait du bon score d'Edouard Philippe au Havre : le Premier ministre était estimé à 43 % des suffrages, soit davantage que ce que lui prédisaient les sondages les plus optimistes. Philippe devrait pouvoir l'emporter au second tour, son principal concurrent, Jean-Yves Le Cocq (Parti communiste) ayant huit points de retard à rattraper. Gerald Darmanin, le ministre en charge des Comptes publics, était, lui, réélu dès le premier tour à Tourcoing, de même que le ministre de la Culture, Franck Riester, à Coulommiers.
Hidalgo en tête à Paris
Même satisfaction pour le Parti socialiste : certains de ses poids lourds arrivaient nettement en tête au premier tour, comme Martine Aubry à Lille (30 % des voix), ou encore Anne Hidalgo à Paris. L'actuelle maire de la capitale enregistrerait 30 % des suffrages, contre 22 % à Rachida Dati (Les Républicains), et seulement 17 % pour Agnès Buzyn (LREM). Grâce au rassemblement de la gauche, Hidalgo devrait pouvoir conserver son fauteuil de maire. Les Républicains (LR), de leur côté, enregistraient également des succès dans certaines grandes villes, comme Jean-Paul Fournier à Nïmes, qui obtient 32 % des suffrages dès le premier tour.
La vague verte se confirme
Mais la vraie surprise vient sans doute des écologistes : un peu partout dans les grandes villes, ils enregistrent des scores au-delà de 20 %. Ils arriveraient même en tête à Lyon, où Grégory Doucet est en assez largement en tête avec 29 % des suffrages, et à Bordeaux : Pierre Hurmic, le candidat écolo, décrocherait la première place (35 %), devant le candidat LR et successeur d'Alain Juppé, Nicolas Florian (34 %).
Enfin, du côté du Rassemblement national (RN), on pouvait se réjouir de la réélection de Steeve Briois à Hénin-Beaumont, ainsi que du bon score enregistré par Louis Aliot à Perpignan (entre 34 %). En revanche, à Marseille, le candidat RN, Stéphane Ravier, ne semble pas avoir réussi son pari : il n'obtient que 19 % des voix, derrière la candidate LR, Martine Vassal (23 %), et celle du rassemblement de la gauche, Michèle Rubirola (21 %).
Mais le débat - au-delà des résultats - tournait surtout autour de la possibilité que se tienne ou non le second tour, du fait de l'intensification de l'épidémie de coronavirus, dont le bilan en France s'élève désormais à 120 morts, et 5 400 cas répertoriés. De nombreuses personnalités politiques se sont prononcées pour le report de ce second tour, qui doit se tenir dans deux semaines. Le député européen EELV, Yannick Jadot a ainsi demandé un report du second tour, de même que l'élu des Insoumis François Ruffin : "Avec une abstention record, avec une campagne impossible : le maintenir serait mauvais pour la santé des citoyens, mais aussi pour la démocratie", a-t-il estimé.
Sur les plateaux de télévision, la polémique montait aussi sur le rôle joué par le président des Républicains au Sénat, Gerard Larcher, qui s'est opposé à un report de ses élections, alors que c'était semble-t-il, le souhait d'Emmanuel Macron. Certains l'accusent d'avoir refusé un délai car il anticipait une vague LR aux élections - et ce au détriment du bon déroulement du scrutin. Difficile, à l'heure actuelle, de dire si ce second tour aura lieu ou non. Le ministre de la Santé, Olivier Véran, a de son côté précisé qu'une décision pourrait être prise mardi en la matière. En ce dimanche soir, c'était surtout la confusion qui prédominait. Et les résultats des municipales, dans ce contexte, semblaient presque dérisoires.
