Le second tour annulé, la polémique monte sur l'organisation des municipales
Beaucoup s'interrogent sur le manque d'anticipation de l'exécutif.
- Publié le 16-03-2020 à 21h18
- Mis à jour le 16-03-2020 à 21h45

Beaucoup s'interrogent sur le manque d'anticipation de l'exécutif.
C'est une décision qui paraissait s'imposer, mais qui a été prise un peu tard : celle de reporter le second tour des élections municipales, qui devaient se tenir en France dans quinze jours. La nouvelle a été officialisée ce lundi soir par Emmanuel Macron, lors de son allocution télévisée de ce lundi. Si le premier tour s'est bien déroulé, "au nom de la continuité démocratique", le second sera lui reporté, pour préserver la santé des Français.
La polémique était montée dès ce week-end, avec l'accélération de la propagation de l'épidémie, et les mesures prises par l'exécutif pour endiguer la diffusion du virus Covid-19. D'abord, celles annoncées par le chef de l'État en fin de semaine dernière, de fermer écoles, collèges et universités ; puis, celle, samedi, d'Édouard Philippe, de la fermeture des bars, cinémas, discothèques ; enfin, celle de Macron, à nouveau ce lundi, d'imposer le confinement à la population, à la manière de ce qui a été mis en place en Italie. La plupart des principaux dirigeants politiques avaient demandé "solennellement" à l'exécutif de reporter le second tour de ces élections. Certains se sont cependant interrogés sur le manque d'anticipation du gouvernement. "Pourquoi convoquer un premier tour si on sait déjà qu'il n'y aura pas de second tour ?", s'est ainsi interrogé Olivier Faure, le premier secrétaire du Parti socialiste.
Gérard Larcher au cœur des critiques
Dans le viseur de nombreux politiques et commentateurs : Gérard Larcher. Jeudi après-midi, avant son entretien avec le président LR du Sénat, Emmanuel Macron s'était fait son opinion : mieux valait reporter le premier tour des élections. Un point de vue mûri après avoir discuté avec des experts des différents scénarios de propagation du virus dans l'Hexagone. Mais la décision d'annulation, aussi près de l'échéance, pose une série de problèmes juridiques : mieux vaut donc avoir l'aval du président du Sénat, membre de l'opposition LR. "Si vous reportez les élections, je dirai publiquement que je suis opposé à ce report", lui aurait alors rétorqué Larcher. Le chef de l'État préfère ne pas passer en force, et maintient donc le premier tour. D'autant que plusieurs membres de son gouvernement - notamment ceux issus de la droite - plaidaient également pour un maintien du premier tour.
À l'arrivée, l'impression donnée est cependant celle d'une grande impréparation : de nombreux Français - notamment âgés - ne se sont pas rendus aux urnes, et le taux d'abstention a été massif, plus de dix points supérieur au précédent record de 2014.
Polémique
La polémique monte autour du gouvernement, mais aussi des Républicains (LR), dont les principaux dirigeants se sont tous opposés au report du premier tour. Aux yeux de certains, si le parti de droite a autant insisté, c'est parce qu'il escomptait une "vague bleue", et ainsi prendre sa revanche sur une longue série de résultats décevants depuis plusieurs années.
D'autant que les résultats de LR ne sont pas aussi flamboyants qu'anticipé. Par ailleurs, l'élection municipale paraît presque dérisoire au regard de l'ampleur prise par l'épidémie.
Enfin, la sincérité du scrutin elle-même pose question, avec un second tour qui pourrait se tenir courant juin, soit trois mois après le premier tour. Et très certainement dans une ambiance qui sera très différente de celle que connaît la France aujourd'hui.
Ce week-end, malgré les appels à limiter les déplacements, les gens étaient encore nombreux dans les rues des grandes villes, insoucieux des dangers liés à la propagation du virus. Ce lundi soir, après les annonces de confinement de l'Hexagone, chacun aura sans doute compris la gravité de la situation.
