Zone rouge et orange : sur quels critères se fonde l'analyse des zones à risques ?
La Belgique place plusieurs régions d'Europe en zone rouge. La Suisse s'étonne d'y voir certains de ses cantons et conteste la décision. Chez nous, les chiffres sont à la hausse, la situation se détériore à Bruxelles.
- Publié le 02-08-2020 à 19h54
- Mis à jour le 13-10-2020 à 10h56

Depuis samedi soir, plusieurs destinations européennes sont interdites d'accès aux voyageurs belges, après avoir été classées en zone rouge par le ministère des Affaires étrangères. En France, la Mayenne intègre désormais cette liste, tout comme plusieurs parties de la Bulgarie et de la Roumanie. Il en va de même pour la région lémanique en Suisse (Genève, Vaud et Valais) et la région espagnole de la Navarre (Nord-Est). Ce classement implique, pour les voyageurs belges qui en reviennent, le dépistage obligatoire au retour ainsi que la mise en quarantaine pour quatorze jours. Pour ceux qui souhaiteraient s'y rendre, le voyage est tout simplement interdit.
L'élargissement concerne aussi les zones classées orange. En France, la région du Nord (Nord-Pas-de-Calais), le Haut-Rhin, et la Haute-Savoie qui rejoignent donc l'Île-de-France (excepté le département de Seine-et-Marne qui repasse en vert) et le Pays de la Loire qui étaient déjà et restent en zone orange. Il s'agit ici d'une mesure davantage préventive qui appelle à une vigilance accrue dans les comportements.
Plusieurs critères à étudier
Sur quels critères se fonde l'analyse des zones à risques ? "Le premier indicateur est le nombre de contaminations quotidiennes par tranche de 100 000 habitants", explique Philippe Goffin (MR), ministre des Affaires étrangères. Si le taux est inférieur à 20 contaminations pour 100 000 habitants, la zone est classée verte. S'il s'élève entre 20 et 100, la zone passe en orange. Enfin, si ce taux dépasse 100, la zone devient rouge et les déplacements des voyageurs belges y sont interdits. "Toutefois, l'approche est dynamique. Plusieurs indicateurs sont pris en compte, comme l'évolution des courbes, ou encore les règles mises en place dans le pays concerné", prolonge Philippe Goffin.
Mais le département des Affaires étrangères renvoie toutefois vers le comité d'évaluation fédéral, composé d'experts qui, sur base des données communiquées par les pays, établissent un rapport avec les comportements à adopter. "Nous prenons les rapports du Celeval, et nous les affichons sur notre site. La décision revient au comité d'experts", tranche le ministre, qui précise que la situation reste mouvante et évolue de jour en jour.
Le Celeval rend, quant à lui, deux rapports par semaine, le mardi et vendredi.
Peu de cas mais des clusters
"Ces codes couleur, s'ils ont un réel intérêt en termes d'information et de communication, ne sont pas le reflet de la circulation du virus sur l'ensemble de ces régions. C'est-à-dire que dans ces régions, il y a peu de cas, mais il y a des clusters, des foyers de contamination, et la Suisse l'analyse bien dans ces données, dans des boîtes de nuit, dans des bars, etc. Et ces cas, relativement peu élevés à l'échelle du canton, font basculer toute la région vers une couleur. Donc on ne parle pas de circulation générale du virus dans toute cette région, mais quelques foyers qui sont en train d'être circonscrits et qui font malheureusement basculer la zone en rouge", expliquait Yves Coppiters, épidémiologiste de l'ULB sur le plateau de la RTBF.
Cette classification n'a pas manqué de faire réagir par-delà les Alpes. Plusieurs responsables politiques des cantons helvétiques concernés ont indiqué leur mécontentement face aux mesures prises par les Affaires étrangères belges.
Les cantons appellent à la révision
"La décision de la Belgique de mettre le Valais sur liste rouge est incompréhensible et inacceptable. L'OFSP (l'équivalent suisse de Sciensano - NdlR) et le DFAE (le Département fédéral des affaires étrangères) sont à l'œuvre. La Belgique doit s'expliquer et est priée d'annuler sa décision. Le Covid-19 en Valais est sous contrôle", réagissait Christophe Darbellay, le président du gouvernement valaisan. En cause ici, les chiffres des cantons passés en zone rouge. Pour le canton du Valais, ce taux s'élève à 10 cas par 100 000 habitants, contre 23 pour le canton de Vaud, selon les chiffres communiqués par l'OFSP. "Vaud est pratiquement à la moitié du taux d'infection belge" (de 44 cas par 100 000 habitants), fait remarquer de son côté Philippe Leuba, le ministre vaudois de l'Économie. "On ne sait pas sur quels critères la Belgique se base", a reconnu sa collègue en charge de la santé, Rebecca Ruiz.
Plus tôt durant le mois de juillet, la Belgique avait déjà essuyé des critiques de la Suisse. À ce moment-là, le canton du Tessin (à la frontière italienne) avait été alors considéré comme une zone orange, où le voyage était déconseillé. Les autorités du canton étaient alors intervenues, à grand renfort de données, pour montrer que le territoire ne présentait qu'un risque très faible, et ne justifiait pas la mise sur la liste. La Belgique avait alors fait marche arrière et y avait à nouveau autorisé l'accès.