L'Union est confrontée au bras de fer entre certains États membres et Moscou
La Bulgarie a annoncé jeudi l'expulsion d'un nouveau diplomate russe.

- Publié le 29-04-2021 à 21h24
- Mis à jour le 10-05-2021 à 20h13

Après la République tchèque, qui accuse la Russie d'être impliquée dans l'explosion meurtrière d'un dépôt de munitions en 2014, c'est au tour de la Bulgarie de régler ses comptes avec Moscou. Le ministre des Affaires étrangères a annoncé jeudi l'expulsion d'un diplomate russe, en réaction aux révélations du parquet qui enquête sur le rôle de six Russes dans quatre explosions en Bulgarie, une affaire très similaire - et qui pourrait être liée - à la tchèque. Face à ce nouveau bras de fer qui oppose un État de l'UE à la Russie, la pression monte pour que les Vingt-sept apportent une réponse forte et commune aux crimes russes perpétrés sur le sol européen.
"Six citoyens russes avaient passé du temps sur le territoire bulgare autour des dates des explosions", survenues entre 2011 et 2020, a expliqué la porte-parole du parquet bulgare Siyka Mileva, citée par AFP. "Les preuves très fiables dont nous disposons mènent à la conclusion que le but était de stopper les livraisons" de munitions à l'Ukraine et la Géorgie. Deux des lieux visés, en 2011 et 2015, étaient utilisés par la compagnie Emco du marchand d'armes bulgare Emilian Gebrev, victime en 2015 d'une tentative d'empoisonnement. De quoi éveiller des "soupçons extrêmement fondés" quant à un lien entre ces événements.
Siyka Mileva a par ailleurs inscrit ces activités dans le contexte des "graves crimes perpétrés sur le territoire d'autres pays", comme la tentative d'empoisonnement au Novitchok de l'ex-agent double Sergueï Skripal au Royaume-Uni en 2018 ou encore l'explosion dans un dépôt d'armes tchèque en 2014. Prague avait expulsé 18 diplomates russes le 18 avril dernier. Moscou avait alors réagi, en demandant à 20 diplomates tchèques de quitter son territoire.
Gestes de solidarité
Les Vingt-sept ne se sont pas empressés de montrer leur soutien à la République tchèque autrement que par des mots, soucieux de se tenir loin d'une crise avec la Russie. Seuls quelques pays d'Europe centrale et orientale (Estonie, Lettonie, Lituanie, Slovaquie, Roumanie) ont répondu à l'appel de Prague d'expulser des diplomates russes.(A noter que la Pologne avait déjà banni, mi-avril, trois diplomates russes, les accusant de cyberattaques) De manière générale, la réaction de l'UE en tant que telle s'est limitée à une déclaration de solidarité. "Toute action déstabilisatrice des services de renseignement russes contre les intérêts et la sécurité de l'UE et de ses États membres continuera de se heurter à la plus grande détermination, y compris au niveau de l'UE", avait assuré Josep Borrell, chef de la diplomatie européenne.
A nouveau, le ministère russe des Affaires étrangères a réagi en indiquant que trois diplomates slovaques, deux Lituaniens, un Estonien et un Letton devront quitter prochainement la Russie.
Reste que cette "détermination" à bander les muscles face à Moscou se résume surtout à une majorité des pays d'Europe centrale et orientale, qui ne cessent de mettre en garde ceux de l'Ouest face à la menace de l'ours russe. La Bulgarie sortait auparavant du lot, entretenant des relations économiques étroites avec la Russie. L'exception la plus notable reste le Premier ministre hongrois Orban, qui entretient de très bonnes relations avec le président Poutine et a même adouci le ton d'une déclaration commune, publiée lundi par le groupe de Visegrad (République tchèque, Pologne, Slovaquie, Hongrie) en soutien à Prague.
Combinée à la diversité des relations économiques qu'entretient chaque État membre avec la Russie, cette fracture géographique et historique explique en partie la difficulté des Vingt-sept à parler d'une seule voix. Et se ressent jusque dans les rangs du Parlement européen. "Plusieurs États membres de l'UE ont fait preuve de solidarité avec la République tchèque", ont déclaré 73 eurodéputés, issus principalement d'Europe centrale et orientale, dans une lettre envoyée mercredi à Josep Borrell, révèle le site Politico. "Nous pensons que l'UE devrait faire de même."
Accorder les États membres
Ils exhortent M. Borrell à proposer au Conseil de déclarer personae non gratae plusieurs diplomates russes chargés des relations avec les institutions européennes. Néanmoins, pour ce qui est de l'expulsion effective de ces diplomates, basés à Bruxelles, seul le ministère belge des Affaires étrangères pourrait en décider, a indiqué Peter Stano, porte-parole de la Commission, la semaine dernière. "L'UE peut retirer l'accréditation des diplomates russes aux institutions européennes, mais ne peut pas expulser des diplomates de Belgique."
Ainsi, la vraie réponse européenne à cette affaire est avant tout du ressort des États membres. C'était d'ailleurs l'essence du message exprimé par Josep Borrell face aux eurodéputés mercredi, lors du débat sur les relations avec la Russie. "Ce n'est que si les États membres adoptent une position ferme […] que nous pourrons faire face à la Russie." Et d'ajouter, comme un aveu d'impuissance ou un appel à l'action : "Les principes fondamentaux de la politique étrangère appartiennent aux États membres. Je dois les mettre d'accord. Et s'ils ne sont pas d'accord, alors nous n'avons pas de politique."