Pourquoi le pape François compte snober Viktor Orban à Budapest
Le Pape sera en septembre dans la capitale pour le Congrès eucharistique.
- Publié le 08-06-2021 à 20h27
- Mis à jour le 09-06-2021 à 13h12

La presse hongroise indépendante a donné un large écho aux informations du National Catholic Register. Selon ce journal catholique états-unien, il y a de fortes tensions diplomatiques entre la Hongrie et le Vatican.
En effet, le pape François, qui viendra dire la messe de clôture du Congrès eucharistique mondial qui se déroule à Budapest au mois de septembre, a l'intention d'esquiver toute rencontre officielle avec des représentants du gouvernement, que ce soit avec le Premier ministre, Viktor Orban, mais aussi avec le très effacé et beaucoup plus consensuel président de la République, Janos Ader.
Selon le journal, le Pape sera conduit directement de l'aéroport à la place des Héros, où se tient le rassemblement catholique, et quittera la Hongrie aussi sec. Comble de l'affront, François quitterait le pays, sitôt la messe dite, pour séjourner plusieurs jours dans la petite Slovaquie voisine, longtemps restée sous domination hongroise. C'est en tout cas ce qu'il a laissé entendre lors du retour de sa visite officielle en Irak au mois de mars : sa venue à Budapest le 12 septembre n'est "pas une visite dans le pays, juste une messe. Et puisque Budapest n'est qu'à deux heures de route de Bratislava, pourquoi ne pas visiter la Slovaquie ?" a-t-il interrogé.
Un cardinal très proche de Orban
La droite hongroise représentée par le Fidesz, un parti nationaliste et conservateur, ne s'en cache pas : elle est très mal disposée vis-à-vis de ce pape qui parle d'inégalités et insiste sur la justice sociale, qui s'indigne du sort des migrants et prône leur accueil en Europe. Le polémiste le plus en vue du pays, Zsolt Bayer, figure historique de l'aile droite du Fidesz, avait ainsi résumé le point de vue du parti, sur une chaîne de télévision locale : le pape François est un "libéral viscéral, un idiot qui croit à la théorie du genre". Le média conservateur hongrois Mandiner a republié une tribune d'opinion publiée dans The American Conservative, dans laquelle l'auteur écrit : "Si j'étais Orban (qui est calviniste, même si sa femme et ses enfants sont catholiques), je prendrais cela comme un honneur. Sa politique a fait plus pour protéger le christianisme européen que celle du Pape."
Le primat de Hongrie lui-même, le cardinal et archevêque de la basilique d'Esztergom Peter Erdo, un temps pressenti pour succéder à Benoît XVI à la place de François, est plus proche de Viktor Orban que du Saint-Père. En pleine crise des réfugiés à l'automne 2015, au moment où la Hongrie dressait une muraille de barbelés à sa frontière sud, Peter Erdo avait pris le contre-pied du Vatican, pour s'aligner sur le message xénophobe véhiculé par le gouvernement hongrois. "Ouvrir sa porte aux réfugiés - avait-il notamment déclaré au moment où des milliers de réfugiés étaient en perdition sur le sol hongrois - reviendrait pour l'Église catholique à faire du trafic d'êtres humains."
Jamais le Pape ne s'est rendu dans une capitale sans une rencontre officielle avec des représentants du pays, rappelle le National Catholic Register. Venir à Budapest sans passer par la case Orban, ou tout au moins du président de la République, reviendrait donc à administrer une gifle au visage de Viktor Orban. L'archevêque d'Esztergom et le vice-Premier ministre Zsolt Semjen, président du petit parti démocrate-chrétien satellite du Fidesz se sont rendus à Rome la semaine dernière pour tenter de trouver une issue à ce qui pourrait provoquer une crise diplomatique entre la Hongrie et le Vatican.
Conséquences politiques ?
La question est d'autant plus sensible à Budapest que Viktor Orban bataille déjà contre six partis rassemblés contre lui pour sa réélection. Il ne s'agirait pas pour celui qui s'autoproclame le défenseur des valeurs chrétiennes en Europe de se faire snober par le chef de l'Église catholique quelques mois seulement avant les élections législatives qui auront lieu au printemps 2022.