Renew Europe défend l'état de droit, mais pas trop en République tchèque

- Publié le 11-06-2021 à 09h18
- Mis à jour le 19-06-2021 à 20h27

Les eurodéputés s'indignent du conflit d'intérêts d'Andrej Babis… Cela fait trois ans que le Premier ministre et homme d'affaires tchèque, Andrej Babis, est suspecté de se servir dans les caisses européennes pour bâtir sa fortune, la cinquième du pays. Trois ans aussi que l'Union européenne le gronde, sans pour autant lui couper les vivres. "Ça ne peut plus durer !", martèle donc le Parlement européen, qui a adopté jeudi une résolution exigeant des mesures fermes. Des mesures qui frappent le milliardaire au portefeuille, privent de fonds européens les entreprises (du conglomérat Agrofert) qu'il contrôle indirectement, et restituent l'argent perçu par celles-ci. Voilà qui devrait secouer le dirigeant populiste, qui s'amuse pour l'heure à narguer l'Europe, ayant même tenté en mars de… légaliser son conflit d'intérêts via une loi taillée sur mesure à cet effet.
"Il existe de sérieux problèmes systémiques en République tchèque qu'il faut traiter de façon urgente", a alerté jeudi Monika Hohlmeier, eurodéputée conservatrice allemande chargée du rapport, qui épingle également "la pression politique exercée" sur les médias tchèques et la justice. La Commission, elle, ne semble pas pressée. "Les procédures d'audit, ainsi que celles relatives à l'application d'une correction financière, s'étendent sur plusieurs années", regrette le Parlement. Quant aux menaces sur la presse ou les juges, l'expérience polonaise ou hongroise a montré que la Commission aime vraiment prendre son temps pour agir.
… et exhortent la Commission à protéger et à récupérer le budget européen Ah, si seulement l'UE disposait d'un outil pour suspendre le versement des fonds européens aux États où ils font l'objet d'abus… Ça tombe bien, c'est justement l'objectif du nouveau mécanisme entré en vigueur le 1er janvier 2021, rappellent les eurodéputés. Ils ont adopté une autre résolution pour menacer la Commission de poursuites judiciaires si elle ne se dépêche pas d'utiliser cette arme inédite. Sauf que l'exécutif européen joue la montre, soucieux de respecter un accord politique adopté en décembre pour amadouer la Pologne et la Hongrie, deux États membres qui bafouent allègrement les valeurs européennes depuis des années. On rectifie donc : ah si seulement, l'UE disposait de la volonté politique d'agir in extremis sur l'état de droit.
Renew Europe défend l'état de droit, mais pas trop en République tchèque Allô, docteur ? Venez vite, la majorité des élus du groupe Renew Europe ont avalé leur langue. Cela expliquerait leur silence assourdissant face à la situation en République tchèque. Après tout, on n'imaginerait pas que le groupe centriste et libéral, qui se pose en grand défenseur de l'état de droit, ferme les yeux sur des dérives juste parce qu'elles sont l'œuvre d'un des leurs. Ce serait le comble de l'ironie, s'il s'avérait que plusieurs libéraux - dont le chef de groupe Dacian Ciolos, ou encore les Belges Olivier Chastel, Frédérique Ries (MR) et Guy Verhofstadt (Open VLD) - se sont abstenus jeudi, lors du vote sur la résolution concernant le conflit d'intérêts d'Andrej Babis, par "solidarité" avec son parti ANO, qui siège aussi dans les rangs de Renew. Les libéraux n'auraient pas fait ça, eux qui n'ont jamais raté une occasion de tancer, à juste titre, le Parti populaire européen, pour s'être longtemps accommodé de la présence en ses rangs du Fidesz du Premier ministre hongrois Viktor Orban. Si ?