À droite toute : "Un pari dangereux pour Pécresse"
Valérie Pécresse a opéré un virage à droite.
- Publié le 13-02-2022 à 20h10
- Mis à jour le 14-02-2022 à 09h52

La candidate à l'élection présidentielle Valérie Pécresse (Les Républicains, LR) marche sur les plates-bandes de l'extrême droite dès qu'il s'agit de sujets régaliens : sécurité, immigration, justice…
Elle a ainsi annoncé vouloir "ressortir le Kärcher de la cave" pour "nettoyer les quartiers", 10 ans après Nicolas Sarkozy, "stopper l'immigration incontrôlée" en instaurant des quotas, ou encore abaisser la majorité pénale à 16 ans.
Cette stratégie vise à satisfaire la frange plus souverainiste de son parti, ainsi qu'à aller chercher des voix chez ses concurrents d'extrême droite Marine Le Pen (Rassemblement national) et Éric Zemmour (Reconquête), avec pour premier objectif d'accéder au second tour de l'élection présidentielle. À deux mois du scrutin, ces trois candidats sont au coude à coude au premier tour d'après les derniers sondages, loin derrière le président sortant et candidat putatif Emmanuel Macron (La République en marche).
Cette stratégie est toutefois contre-nature pour Valérie Pécresse. Défendant une droite sociale et proeuropéenne, la présidente de la région Ile-de-France avait quitté LR en 2019, estimant que son parti virait trop à droite. LR était alors dirigé par Laurent Wauquiez qui avait choisi une ligne très identitaire aux élections européennes. "Rien ne serait pire que de servir aux Français la saison 3 de 'À droite toute'!", avait-elle déjà lancé en 2017 en créant son mouvement Libres !, destiné aux "déçus du centre et de la droite".
"Elle n'est pas dans l'authenticité"
"Cette stratégie, c'est un pari dangereux pour Valérie Pécresse" analyse Alexis Massart, politologue et directeur de l'École européenne de sciences politiques et sociales de l'université catholique de Lille (ESPOL). "Elle fait les fonds de tiroir de la droite bien à droite parce qu'elle est enfermée dans ce carcan. Son positionnement est un peu forcé, contre-nature. Elle n'est pas dans l'authenticité. Et à un moment, ça se sent. Elle va rechercher des références qui ne sont pas les siennes. J'ai le sentiment qu'elle a perdu la main sur la campagne. Qu'elle mène une campagne qui n'est pas la sienne. Il n'y a pas de chair ni de sang. Or il faut un projet qui sorte des tripes du candidat. C'est aussi ça qui avait fait gagner Emmanuel Macron en 2017."
Bruno Cautrès, politologue, enseignant à Sciences Po Paris et chercheur CNRS au Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof), n'est pas aussi catégorique. "Le pari de Valérie Pécresse, c'est d'être arrivée à suffisamment incarner cette posture droitière sur les questions régaliennes, pour venir ultérieurement critiquer Emmanuel Macron et se positionner contre lui sur le terrain économique. Elle pense que dans l'électorat de droite, il y a une insatisfaction sur les réformes économiques du président Macron. Elle a d'ailleurs martelé qu'Emmanuel Macron avait cramé la caisse, qu'il avait laissée filer le déficit public. Son espoir est de tenir les deux bouts de la chaîne, mais ce sera difficile."
Décoller l'étiquette de Macron-compatible
Cette stratégie permet quoi qu'il en soit à Valérie Pécresse, jadis considérée comme proche idéologiquement d'Emmanuel Macron, de se différencier du président sortant, et de desserrer l'étau entre le centre et l'extrême droite. Elle n'avait d'ailleurs pas d'autre tactique possible, estiment les deux politologues.
Mais pour Alexis Massart, cela reste une stratégie de premier tour. "Si Valérie Pécresse est qualifiée pour le second tour, elle devra continuer à attirer les électeurs de Marine Le Pen et d'Éric Zemmour mais ce n'est pas un corps électoral qui lui permettra de l'emporter. Et puis, elle fera fuir l'électorat de centre-droit parti chez Emmanuel Macron, un candidat qui n'aura pas de mal à la mettre en difficulté."
Bruno Cautrès estime quant à lui que l'élection reste ouverte si Valérie Pécresse arrive au second tour. "Tout d'abord, l'électorat de base de droite, frustré d'avoir vu l'élection leur passer sous le nez en 2017, pourrait vouloir reprendre le cockpit. Une partie de la France plus souverainiste, plus identitaire, peut aussi avoir envie de régler son compte à Emmanuel Macron et utiliser Valérie Pécresse comme cheval de Troie. Emmanuel Macron ne fait pas non plus l'unanimité auprès d'une partie de l'électorat de gauche qui lui reproche ses petites phrases et d'être arrogant, et qui pourrait s'abstenir en cas de second tour Macron-Pécresse."
Les dernières enquêtes d'opinion voient Emmanuel Macron remporter l'élection présidentielle. Le duel le plus serré au second tour l'opposerait à la candidate LR. Selon le sondage Elabe pour BFMTV et L'Express publié le 9 février, Emmanuel Macron l'emporterait avec 54 % face à Valérie Pécresse, qui attend encore l'adoubement de l'ancien président Nicolas Sarkozy, peu tendre en privé à son égard. Elle a aussi dû encaisser plusieurs défections à quelques jours de son meeting à Paris, dont celle d'Éric Woerth, parti chez Macron.
