Le gouvernement hongrois s'accroche à la Russie pour son projet nucléaire
En dépit de la guerre russe, Viktor Orban maintient ses relations avec Moscou.
- Publié le 29-08-2022 à 11h32
- Mis à jour le 29-08-2022 à 11h59

Au début du mois de mai, quelques semaines après le lancement de l'invasion à grande échelle de l'Ukraine par la Russie, la Finlande a annoncé la mort du projet "Hanhikivi I", soit la construction par le russe Rosatom d'un réacteur nucléaire censé entrer en fonctionnement à la fin de la décennie. La raison avancée : l'entreprise russe a participé à la prise par l'armée russe des centrales nucléaires de Tchernobyl et de Zaporijia, contre le droit international qui interdit de faire des centrales nucléaires des cibles militaires. Mais la Hongrie, elle, n'a pas renoncé à "Paks 2", l'agrandissement par la Russie de l'unique centrale nucléaire hongroise, située au bord du Danube.
Selon un accord russo-hongrois signé au début de l'année 2014, Rosatom doit y mettre en service deux nouveaux réacteurs, pour un montant total de 12,5 milliards d'euros financés à 80 % par un prêt de l'État russe qui va obliger Budapest pendant plusieurs décennies. Le média indépendant 444 .hu note que Budapest a même fait "l'exact contraire" d'Helsinki : le ministre hongrois des Affaires étrangères, Peter Szijjarto, a redoublé d'ardeur au cours des derniers mois dans sa communication en faveur du projet dont il a la charge.
"Une étape extrêmement importante"
Le 25 août, l'Agence nationale de l'énergie atomique (OAH) a délivré le permis de construire. Une nouvelle aussitôt saluée par Peter Szijjarto comme "une étape extrêmement importante" en vue du raccordement des réacteurs, prévu pour 2030 au plus tôt. "C'est ainsi que nous allons être en mesure d'assurer la sécurité énergétique de la Hongrie à long terme, de protéger les Hongrois des fluctuations extrêmes des prix sur le marché international de l'énergie", s'est félicité Peter Szijjarto.
Malgré les satisfecit, cette annonce ne lève pas tous les doutes, car ce permis ne concerne que les fondations de la structure et beaucoup d'autres seront nécessaires avant que les nouveaux réacteurs puissent commencer à produire de l'électricité, a fait remarquer Attila Asodi, doyen de la faculté de technologie de Budapest au micro d'Inforadio.
Tropisme russe
Quoi qu'il en soit, à Budapest comme à Moscou, la volonté politique est bien là et Viktor Orban - qui critique les sanctions européennes contre la Russie sans toutefois les bloquer - n'entend pas remettre en cause les bonnes relations qu'il a tissées avec le président russe, Vladimir Poutine, depuis une dizaine d'années. Budapest craint que les sanctions ne soient étendues au domaine du nucléaire civil, une éventualité savamment passée sous silence par la Commission européenne jusqu'ici, alors que 20 % de l'uranium importé par l'UE vient de Russie et que les 18 réacteurs de conception russe qui y sont en service créent une forte dépendance technologique, souligne en mai Green peace dans un rapport.
Le gouvernement hongrois et les médias liés au pouvoir sont prompts à présenter les Ukrainiens comme des fauteurs de guerre et les Américains comme des profiteurs. "Lorsque le président Trump s'est rendu pour la première fois en Pologne, il n'a fait que parler de free gas, c'est-à-dire qu'il fallait acheter du 'gaz libre'. En 2022, la politique des sanctions est venue compléter cette stratégie américaine", a déclaré Viktor Orban fin juillet en Roumanie. […] Et je ne serais pas surpris qu'ils incluent rapidement dans la même démarche l'uranium et l'énergie atomique."
Son parti souverainiste veut faire de la Hongrie un "bastion du nucléaire" en Europe et milite depuis deux ans, main dans la main avec la France, la République tchèque et la Pologne, pour que les fonds européens dédiés à la transition énergétique viennent aussi alimenter la filière nucléaire. Avec cette différence géopolitique, devenue un gouffre depuis le 24 février : les Hongrois ont fait appel à Rosatom, alors que les Tchèques l'ont exclu de leur appel d'offres lancé en mars pour la construction d'une nouvelle centrale et que la Pologne ne cache pas sa préférence pour les États-Unis pour développer son programme de nucléaire civil, que jamais elle ne mettra dans des mains russes.