"C'est une suggestion cachée" : pour renvoyer les migrants en Syrie, des pays de l'UE envisagent un rapprochement avec Bachar al-Assad
Plus de dix ans après la rupture des relations avec la Syrie, plusieurs pays de l'Union européenne, dont l'Italie, ambitionnent de normaliser leurs relations diplomatiques avec le régime dictatorial de Bachar al-Assad, dans le but de faciliter l'expulsion de migrants.

- Publié le 17-10-2024 à 17h36
- Mis à jour le 18-10-2024 à 09h40

"Il est nécessaire de revoir la stratégie de l'Union européenne pour la Syrie et de travailler avec tous les acteurs pour créer les conditions permettant aux réfugiés syriens de retourner dans leur pays d'origine de manière volontaire, sûre et durable." Voilà ce qu'a déclaré la Première ministre italienne Giorgia Meloni devant le Sénat ce mardi 15 octobre. Le discours de Meloni aurait donc fait fonction de prélude à la remise sur la table des relations avec Damas lors de la réunion des 27 dirigeants de l'UE à Bruxelles, ce jeudi.
Pour autant, la Syrie n'apparaît à première vue pas comme la terre d'accueil idéale pour les migrants ayant fui le régime. Après les violents épisodes de répression des manifestants dans le pays en 2011 et la guerre civile qui s'en est suivie, le gouvernement du dictateur Bachar al-Assad a en effet été accusé d'avoir utilisé des armes chimiques contre son propre peuple et d'avoir eu recours à la torture, comme le rappelle le magazine Politico. À l'époque, ces exactions ont eu raison des relations diplomatiques entre l'Union européenne et la Syrie, qui s'est alors tournée vers la Russie et son Président Vladimir Poutine, en qui elle a trouvé un soutien militaire précieux pour la poursuite de ses opérations.
Des éléments de contextualisation indispensables
Mais cet appel du pied à la Syrie, qui intervient plus de dix ans après la rupture des relations avec le régime dictatorial, est à remettre dans le contexte géopolitique actuel. Il intervient alors que des dirigeants comme Giorgia Meloni, qui usent régulièrement et ouvertement de la rhétorique d'extrême droite anti-immigrés, se multiplient à la tête de ces pays à travers le Vieux continent. C'est notamment le cas en Autriche, aux Pays-Bas et en Hongrie où, au mois de septembre, Viktor Orbán avait suscité de vives réactions après une énième provocation, menaçant "d'offrir un aller simple pour les migrants vers Bruxelles".
Un autre élément de contexte essentiel se situe au niveau de l'actuelle guerre au Liban. Toujours selon Politico, un diplomate de l'UE aurait "fait écho à Meloni, affirmant que les opérations terrestres d'Israël après son invasion du Liban début octobre ont renforcé la pression en faveur de l'expulsion des migrants syriens". "La situation au Moyen-Orient a complètement changé le débat", aurait-il ainsi indiqué. Selon l'ONU, ils seraient ainsi près de 200 000 à avoir fui vers la Syrie depuis le début du mois d'octobre. Selon un rapport du HCR, l'Agence des Nations Unies pour les réfugiés, datant de mai 2021, plus d'un million de demandeurs d'asile et réfugiés syriens ont rejoint l'Europe durant les dix dernières années.
Dans le même temps, le Président Assad tente de redorer le blason de son régime, en vue d'organiser le retour des Syriens dans le pays et d'y ressusciter le tourisme. "Nous encourageons tous les Syriens à revenir en Syrie", avait-il ainsi lancé en 2016 à un groupe de journalistes russes. Pour autant, le modus operandi d'une tentative de normalisation des relations ne semble pas encore tout à fait au point, comme le souligne un responsable européen, cité par Politico : "Personne ne dit : nous allons téléphoner à Assad. Personne n'ose soulever cette question, mais c'est une suggestion cachée de certains."
Une ambition loin de faire l'unanimité
Pour autant, il ne s'agit pas d'une première, puisque sept pays de l'Union avaient déjà appelé le chef de la diplomatie européenne à "revoir la stratégie de l'UE à l'égard de la Syrie" afin "d'améliorer la situation humanitaire en Syrie et de faciliter le retour des migrants dans certaines régions du pays". "La manière dont le régime syrien opère depuis des décennies est bien connue et documentée, notamment avec le soutien direct de la Russie et de l'Iran. Cela étant dit, soyez assurés que l'UE a toujours été prête à explorer les moyens de mieux soutenir le peuple syrien et ses aspirations légitimes", leur avait alors répondu Josep Borell.
Certains pays s'opposent cependant à une telle reprise des dialogues, à l'instar des Pays-Bas. "La politique néerlandaise est que la Syrie n'est pas un pays sûr pour le retour des demandeurs d'asile. Si cela devait se produire à l'avenir, cela dépendrait du mécanisme dans son ensemble, qui serait dépolitisé, pour que les Pays-Bas puissent décider dans quelle mesure la Syrie est suffisamment sûre pour le retour des migrants", a indiqué le ministre néerlandais des Affaires étrangères Caspar Veldkamp.