Près de Paris, l'histoire belge de l'hôpital militaire n°118 qui a vu défiler quelques personnalités
Ouverte en 1912 grâce à des mécènes belges pour aider des compatriotes, une maison de retraite située aux portes de Paris s'est muée en hôpital militaire pendant la Première Guerre mondiale. 4 046 soldats belges y ont été soignés.
- Publié le 11-11-2024 à 08h01

Niché au cœur de Courbevoie (Hauts-de-Seine), ville située à quelques kilomètres à l'ouest de Paris, un vieux bâtiment de belles pierres meulières dénote au milieu d'immeubles récents. Sur le fronton de la façade principale de cette maison de retraite, est gravé, en lettres capitales, L'Union Belge, Fondation Ferdinand Bischoffsheim, puis 1909, en chiffres romains. "Ici, c'est un petit bout de l'histoire de la Belgique en France", lâche dans un sourire Paul de Gerlache, président de l'Union belge.
Il ne faut pas y voir de lien avec le football et les Diables rouges. Non, l'Union belge est, dans le cas présent, aujourd'hui, une mutuelle qui possède une maison de retraite ayant servi d'hôpital militaire pour les soldats belges pendant la Première Guerre mondiale.
Solidarité noir-jaune-rouge
En 1886, les Belges sont près de 500 000 en France. Dix pour cent d'entre eux habitent Paris et sa proche banlieue. "Ils ont longtemps formé la communauté étrangère la plus importante de France, jusqu'à ce que les Italiens ne la dépassent dans les années 1910", explique Paul de Gerlache. "À Paris, les Belges travaillent alors sur les chantiers de construction des quartiers haussmanniens ou sur le chantier du métro de la ligne 1. C'est le groupe Empain qui a obtenu la concession. Il a fait venir ses ouvriers belges qui avaient déjà pu participer à des travaux similaires. Avec le temps, les familles commencent à s'installer durablement à Paris et autour de la capitale. Mais elles ne peuvent pas bénéficier de l'Assistance publique en France puisqu'elle est réservée aux Français."
Pour aider ces familles immigrées, leurs compatriotes, des mécènes belges, fondent, dès 1888, l'Union belge, une société de secours mutuel, qui reçoit le soutien de la famille royale et du gouvernement belge. "Puis vient rapidement la question de la maison de retraite. L'Union belge achète alors un terrain à Courbevoie en 1909 pour y construire son propre établissement. Elle y parvient avec l'aide financière de Ferdinand Bischoffsheim et de sa sœur Clara de Hirsch. Elle fait appel à un architecte renommé, Ernest Sanson, qui ne travaille que pour les grandes familles et les grands bourgeois. On lui doit notamment l'hôtel particulier de la famille Bischoffsheim à Paris, qui est aujourd'hui le siège de la société Baccarat. La maison de retraite ouvre ses portes en 1912. Puis, arrive le début de la Grande Guerre. L'invasion de la Belgique commence le 4 août 1914."
Alors que Paul de Gerlache, passeur de mémoire passionné, narre l'histoire du lieu, des familles venues rendre visite à leurs proches s'installent dans la pièce d'accueil. Tandis qu'elles discutent, le président de l'Union belge nous fait alors le tour du propriétaire, jusqu'au grand parc à l'arrière du site.
Pour les soldats en convalescence
"Les premiers jours de la guerre sont extrêmement sanglants et les blessés sont rapatriés en région parisienne. Les réfugiés affluent. Ils sont dans le dénuement le plus complet, n'ayant rien pu emporter. Dès le début, et sur demande de la légation belge à Paris, c'est-à-dire l'ambassade, l'Union belge s'occupe des réfugiés belges ainsi que des miliciens belges voulant rejoindre leurs unités. Elle distribue par exemple des bons de nourriture, des bons de lait et de l'argent. En novembre 1914, le gouvernement français décide d'accorder une allocation quotidienne aux réfugiés belges et français."
La prise en charge des blessés s'organise en France et la maison de retraite de Courbevoie, alors dirigée par la Belge Amélie Beruard, devient aussi hôpital militaire, le n°118. Au début de la guerre, trente résidents occupent les lieux, qui comptent 75 lits. La capacité d'hébergement grimpe ensuite pour accueillir plus de blessés. La salle du conseil est transformée en pharmacie.
Le site héberge surtout des soldats en convalescence. "Beaucoup d'entre eux viennent de l'hôpital Albert Ier à Paris, une aile affectée à l'armée belge de l'hôpital de l'Hôtel-Dieu, où l'on soigne les blessés graves."
Les militaires passent généralement plusieurs mois à l'hôpital militaire n°118. Une fois rétablis, ils partent dans un camp de reformation près du Mans (Sarthe), avant d'être réaffectés dans une unité et de repartir au front.
Parallèlement, l'Union belge poursuit ses missions de secours, de bienfaisance et de maison de retraite. Des mécènes et des organisations, dont le syndicat de la presse, alimentent les caisses. Les temps sont durs, l'inflation est galopante. À l'hôpital militaire, une partie du parc est transformée en potager.
Visite d'Albert Ier
Des personnalités se rendent au chevet des convalescents. Parmi eux : le baron François Empain, très impliqué dans l'organisation des secours aux familles belges. En mars 1915, la visite du président Raymond Poincaré à l'hôpital militaire n°118 est retransmise dans les cinémas parisiens.
Peu de temps après la signature de l'Armistice le 11 novembre 1918, le 5 décembre, le roi Albert Ier se rend à Paris. Très populaire en France, il est acclamé par les habitants. Le lendemain, le Roi Chevalier se rend à Courbevoie avec son fils, Léopold III. Quelques mois plus tard, Amélie Beruard reçoit la médaille de la Reine Elisabeth, la Reine Infirmière.
Au total, l'hôpital militaire n°118 aura accueilli 4 897 soldats pendant la Première Guerre mondiale : 4 046 Belges et 851 Français. Le site redevient ensuite pleinement une maison de retraite, jusqu'à aujourd'hui.
Les Belges vivant en France ayant désormais accès à la sécurité sociale, l'Union belge n'accueille plus nécessairement de retraité belge. Elle a toutefois à cœur de faire vivre ce pan de son histoire, celui de son action, méconnue, pendant la Première Guerre mondiale.
