Moscou fait pression sur la Moldavie en "gelant" la Transnistrie
La région séparatiste dépend à 100 % du gaz russe dont l'arrivée est coupée depuis le 1er janvier.
- Publié le 13-01-2025 à 15h26
- Mis à jour le 13-01-2025 à 17h20

À l'arrêt complet ! Toute la Transnistrie, cette région de la Moldavie, peuplée de moins de 400 000 habitants, qui vit depuis trois décennies sous la coupe d'un pouvoir séparatiste autoritaire prorusse, est complètement figée par les rigueurs de l'hiver. Depuis le 1er janvier et la fin du transport du gaz russe à travers l'Ukraine, cette bande de terre qui se rêve indépendante, coincée entre Kiev et Chisinau, la capitale moldave, n'est plus desservie par Moscou qui, jusqu'ici, fournissait "gratuitement" 100 % du gaz consommé à la Transnistrie. En échange, les responsables politiques de la région séparatiste, qui n'est reconnue par aucun État au monde, ont accepté de maintenir sur leur sol un détachement de l'armée russe, contre l'avis de la Moldavie, et ont organisé une forme d'annexion de la population via la distribution de passeports russes, couplée à des avantages sociaux comme l'accès au système de retraite qui prévaut en Russie.
Une question de dette
Gazprom approvisionnait en effet la région via le fournisseur local Tiraspoltransgaz, sans que cette société ne paie pour ces livraisons. Mais l'opération n'était pas tout à fait gratuite pour tout le monde... Loin de là. En effet, le gouvernement de la Transnistrie envoyait ses factures aux autorités moldaves qui, refusant de payer, ont vu leur dette envers Gazprom gonfler mois après mois.
c'est officiellement cette question de gros sous qui a poussé Moscou à couper le robinet à partir du 1er janvier, en même temps que la fin des livraisons de gaz russe vers l'Europe de l'Est via l'Ukraine. C'est aussi via le territoire ukrainien que passait le gaz de Moscou destiné à la Moldavie, et donc à la Transnistrie qui, ces derniers jours, a refusé l'aide proposée par la Moldavie et par l'Ukraine. La première proposait l'achat de gaz en provenance de l'Europe, la seconde, l'achat de charbon.
Depuis dix jours, les autorités séparatistes, qui n'envisagent qu'une reprise de la coopération avec Moscou, ont instauré des coupures d'électricité quotidiennes et arrêté de nombreuses industries. "Tout le monde compte sur l'aide de la Russie en fournissant du gaz pour éviter d'horribles conséquences humanitaires", a déclaré vendredi 10 Janvier le ministre local de l'Intérieur, Vitali Ignatiev.
Le Conseil suprême de l'entité séparatiste a appelé la Russie et la Moldavie à "faire des efforts concrets" pour rouvrir les vannes de gaz "dès que possible", afin "d'éviter une catastrophe humanitaire de grande ampleur".
Objectif les législatives
"Compte tenu du niveau de consommation actuel, la Transnistrie disposera de suffisamment de gaz jusqu'à la fin du mois de janvier, et de charbon pour la production d'électricité : pendant environ 40 jours", a-t-il mis en garde. Mais "ce gaz naturel résiduel accumulé […] est utilisé exclusivement pour le chauffage des établissements de santé et de protection sociale, ainsi que pour la cuisine dans les immeubles d'habitation", a encore précisé le Conseil suprême, alertant contre un possible "effondrement de l'économie".
Pour les médias de Transnistrie, qui s'adressent à un public presque exclusivement russophone, la faute est à chercher du côté de la Moldavie, voire de l'Ukraine. Les Moldaves, eux, pointent Moscou qui semble espérer semer le trouble dans la perspective des législatives prévues l'automne prochain. Si le Kremlin n'est pas parvenu à imposer son candidat à la présidence en novembre dernier face à la présidente sortante Maia Sandu, il semble être déjà reparti en campagne et déterminé à faire endosser cette crise au pouvoir moldave en espérant rafler la mise lors des législatives.