Nouvelle vague de répression en Géorgie : "Ils frappent tout le monde. Dès qu'ils n'aiment pas ta tête, tu es une cible"
Le parti prorusse Rêve géorgien sème à nouveau la terreur. Les Géorgiens refusent de plier mais la peur s'installe.
- Publié le 06-02-2025 à 06h58
- Mis à jour le 15-07-2025 à 21h46

Correspondante à Tbilissi
Membres des partis de l'opposition arrêtés, journalistes violemment plaqués au sol, manifestants frappés, étudiants emprisonnés, appartements fouillés… Le parti Rêve géorgien sème à nouveau la terreur en Géorgie. Après plus de deux mois de manifestations quotidiennes contre le gouvernement prorusse du président Mikheïl Kavelachvili, la population refuse de plier mais la peur s'installe.
"Je devrais me sentir en sécurité auprès de la police mais quand je vous regarde, tout ce que je ressens, c'est que je suis si vulnérable", hurle une femme de toutes ces forces face aux forces spéciales. De l'autre côté, un groupe crie "esclaves russes" tandis que leurs amis sont frappés violemment par la police, une insulte désormais punissable par le gouvernement depuis quelques jours.
Ce dimanche 2 février 2025, quelques centaines de manifestants se sont rassemblés devant le Tbilissi Mall, tandis que des milliers de policiers et de forces spéciales étaient déployés partout dans les rues adjacentes, noires d'uniformes. Les ordres étaient clairs : écraser toute contestation. Deux jours plus tard, deux journalistes et des manifestants ont été agressés lors d'un rassemblement pour la libération de Mzia Amaglobeli, une journaliste emprisonnée et en grève de la faim depuis plus de trois semaines.
"De nulle part, ils ont commencé à attaquer"
"J'essayais juste d'aider des personnes qui se faisaient frapper et qui allaient se faire arrêter. Ils m'ont vu et m'ont attaqué directement. J'ai reçu des coups de poing dans le nez et beaucoup d'entre nous ont été projetés contre les arbres, ils nous frappaient avec leurs pieds. Ils ne s'arrêtaient pas" confie Luka, 19 ans. Étudiant, profondément amoureux de son pays, ceui-ci a quitté son job quand les manifestations ont éclaté fin novembre 2024 pour se consacrer à son activisme. Depuis, il est toujours en première ligne quand la police et les forces spéciales sont déployées. Luka connaît bien la brutalité de la police géorgienne, régulièrement témoin, et souvent victime : "En ce moment, ils frappent tout le monde. Dès qu'ils n'aiment pas trop ta tête ou qu'ils voient que tu es déjà blessé, ils vont te prendre pour cible. Ils ont aussi des groupes sur les réseaux sociaux, avec des photos de nos visages et avec nos noms. Ils savent très bien qui sont les plus actifs lors des manifestations. Ils savent qui viser : les activistes, les membres de l'opposition, les journalistes…", confie-t-il.
Personne n'est à l'abri
Luka sait que la police obéit à des ordres venus d'en haut et il est convaincu que plus personne n'est à l'abri, peu importe son âge, son sexe ou son origine.
Anni et ses amies, des étudiantes actives dans les manifestations, ont aussi été prises pour cible. "Nous restions entre femmes, pensant que cela nous protégeait d'être frappées mais cela n'a plus d'importance maintenant".
L'objectif des manifestants lors des mobilisations du 2 février était clair : bloquer la route principale, point stratégique pour entrer dans la capitale géorgienne. Deux jours avant la marche, le gouvernement prorusse avait annoncé l'interdiction de toute tentative de blocage et avait menacé de poursuites ceux qui oseraient défier l'ordre. Plus de 30 arrestations violentes ont eu lieu et 8 manifestants encourent jusqu'à 4 ans de prison pour avoir tenté de bloquer la route. Luka est persuadé qu'ils seront condamnés.
Un climat de peur qui s'installe
Depuis l'arrivée du gouvernement prorusse, des lois restreignent chaque jour davantage le droit de contester. "Ils nous interdisent tout, petit à petit et cela va s'empirer dans les prochaines semaines", s'inquiète Luka. Ces derniers jours, de nombreux manifestants, géorgiens et étrangers, ont reçu des appels de la police et ont été convoqués au tribunal. Les sanctions et les appels s'enchaînent. Une rue bloquée, un masque porté, un simple geste de défiance peut suffire à se retrouver devant la justice. Les sanctions financières – qui peuvent atteindre 1500 euros d'amende – sont lourdes dans un pays où le salaire moyen est de 300 euros. Des peines de prison sont également attendues.
Ariel, une Française installée à Tbilissi depuis plusieurs années, a reçu un appel de la police géorgienne cette semaine, la convoquant à son procès, trois heures plus tard. Selon la police, des caméras de surveillance l'auraient identifiée en train de bloquer une rue déjà fermée par les forces de l'ordre elles-mêmes. Par crainte des sanctions, Ariel et d'autres manifestants limitent dorénavant leur participation.
Pour Luka, c'est un appel à l'aide : "Les Géorgiens devraient être 24h/24 devant le Parlement. Cela n'a aucun sens d'avoir un boulot actuellement dans ce pays. Si nous perdons notre pays, nous travaillerons tous pour un gouvernement contrôlé par des toutous de la Russie. Si nous arrêtons maintenant, nous perdrons tout."
Un climat de peur qui fonctionne et qui dissuade certains de descendre dans la rue. La répression augmente chaque jour, mais le mouvement de contestation, pour le moment, ne s'arrête pas.
