L'industrie automobile allemande au milieu du gué, entre fatalisme et optimisme modéré
À Wolfsburg, siège du groupe Volkswagen, on reste sous le choc du vaste plan d'économie annoncé par le premier constructeur européen de voitures. En pleine restructuration, le secteur automobile espère beaucoup des élections de dimanche.
- Publié le 21-02-2025 à 13h42

Il est presque 14h et les salariés se pressent pour prendre leur service devant la porte Est de l'immense usine Volkswagen de Wolfsburg. À l'image de la petite pluie qui tombe ce jour-là, l'ambiance oscille entre fatalisme et optimisme modéré, alors que la direction a annoncé début février les grandes lignes de son vaste plan de restructuration. Après d'âpres négociations avec les syndicats, Volkswagen renonce à fermer des sites de production en Allemagne, mais supprimera 35 000 postes sur 160 000 dans le pays d'ici à 2030. Le but est d'économiser 10 milliards d'euros et de réduire coûts et capacités de production afin de regagner en concurrence face aux constructeurs chinois et américains en matière de véhicules électriques.
"On s'attendait à pire", lance un jeune homme, pressé de prendre son service. Un peu plus loin, Rüdiger, 61 ans, éclate. "Je ne voudrais pas être jeune et commencer ma carrière chez VW, l'ambiance y est mauvaise. Je ne suis pas contre le tout électrique mais pourquoi est-ce que les clients ne suivent pas, alors qu'en Norvège, 95 % des voitures sont électriques ?", s'interroge cet ouvrier qualifié. "Nous sommes peut-être trop payés. En tout cas, VW doit se remettre sur pied car toute la région dépend d'elle. Aujourd'hui, personne ne fait de projet. Tout le monde attend." À ses côtés, un collègue est plus optimiste. "Ça va s'améliorer même si la pilule sera difficile à avaler", lance-t-il.
On dit souvent que quand VW s'enrhume, Wolfsburg a la pneumonie.
Dans cette ville entièrement tournée autour de l'immense usine Volkswagen, les difficultés du premier constructeur européen pèsent sur le moral. "On dit souvent que quand VW s'enrhume, Wolfsburg a la pneumonie", résume Claudia Kayser, présidente de l'Association des entreprises de Wolfsburg. "Avant Noël, le moral était au plus bas. Désormais la direction nous offre une vision. Penser positif est très important. L'industrie automobile est en pleine transformation structurelle, nous l'acceptons, mais il est essentiel que le cœur de métier reste en Allemagne", explique-t-elle.
Un effet domino
Dans un pays où 800 000 personnes travaillent dans le secteur automobile et où cette industrie contribue pour 4,5 % au PIB, les difficultés de Volkswagen et de ses concurrents, comme BMW et Mercedes, ont un effet domino direct, notamment sur le très vaste réseau de sous-traitants. Les annonces de suppression de postes y sont quasi hebdomadaires. Après Schaeffler et ZF, Continental a annoncé cette semaine un nouveau plan de restructuration.
Particulièrement inquiétant, l'industrie automobile allemande investit désormais davantage à l'étranger qu'au niveau national, dans la production, mais aussi dans la recherche et le développement. La tendance ne se limite d'ailleurs pas à l'automobile. La puissante industrie chimique, la métallurgie et le secteur des machines-outils, souffrent des faiblesses du site de production local, entre coûts élevés de l'énergie, impôts élevés et bureaucratie débordante. "L'Allemagne se trouve dans une profonde crise économique", résumait récemment Peter Leibinger, président de la Fédération de l'industrie allemande (BDI), alors que le pays a enregistré une deuxième année de stagnation économique d'affilée. "Je n'ai pas souvenir d'une ambiance aussi mauvaise parmi les entreprises industrielles."
À Wolsfburg comme à Berlin, on y croit dur comme fer : malgré les défis, rien n'est perdu.
Dans ce contexte, sa collègue Hildegard Müller, présidente de la Fédération de l'industrie automobile (VDA) se veut combative. "Nous allons investir 320 milliards d'euros dans la recherche et le développement dans les quatre prochaines années. Nous voulons rester le plus compétitifs, mais nous avons besoin que les conditions de travail en Allemagne s'améliorent, sinon les délocalisations se multiplieront", résume-t-elle, en listant ses attentes envers le futur gouvernement qui sortira des urnes ce dimanche : baisse des impôts, de la bureaucratie et du coût de l'énergie. Sans oublier une posture européenne commune pour répondre aux hausses de 25 % des droits de douane sur les voitures importées, annoncées cette semaine par Washington.
Pour Hildegard Müller, l'année 2025 sera "déterminante". "Nous avons une nouvelle Commission européenne, une nouvelle Administration américaine et nous allons avoir un nouveau gouvernement en Allemagne", commente-t-elle. "Nous attendons de la future coalition qu'elle suscite l'impression de nous prendre au sérieux. Tout ne va pas s'arranger du jour au lendemain mais l'important est de faire nos devoirs et de montrer la direction." À Wolsfburg comme à Berlin, on y croit dur comme fer : malgré les défis, rien n'est perdu.