Friedrich Merz, le retour d'un battant, "un attaquant plus qu'un défenseur", qui "ne lâche rien"
Avec la victoire de sa formation lors des législatives, ce chrétien-démocrate de 69 ans signe une victoire annoncée. Il promet un "tournant" politique et économique au niveau national et européen.
- Publié le 23-02-2025 à 19h17
- Mis à jour le 24-02-2025 à 10h09

Qu'on l'aime ou pas, il faut en convenir, Friedrich Merz est un battant. Après une absence de dix années de la scène politique, et deux ans à peine après avoir pris la tête de la CDU, ce chrétien-démocrate allemand de 69 ans est sur le point de réaliser son objectif, devenir chancelier. Cet exploit, il le doit à une coalition sortante parmi les plus décriées de l'Histoire de l'Allemagne, à une situation économique inquiétante, mais aussi à sa force de caractère. Car sa carrière politique a été caillouteuse et tout sauf linéaire, avec comme obstacle principal, l'ex-chancelière Angela Merkel. La victoire de la CDU hier lors des élections législatives confirme ainsi un "changement d'époque". L'ère Merkel est désormais tournée. L'ère Merz est engagée.
Le retour triomphant de Friedrich Merz ne peut se comprendre sans cette rivalité profonde avec celle qui dirigea le pays durant seize années. En 2002, Friedrich Merz est l'un des hommes forts de la CDU, il en dirige le groupe parlementaire au Bundestag mais s'en voit évincer par cette politicienne avec qui tout le sépare. Elle est née en ex-RDA, fille d'un pasteur et physicienne. Lui est avocat d'affaire, catholique, né dans une famille aisée de la région conservatrice et rurale du Sauerland, dans l'ouest du pays. En désaccord avec elle, Friedrich Merz quittera la politique cinq ans plus tard, pour faire carrière dans le privé. Il devient président du conseil de surveillance du fond d'investissement Black Rock en Allemagne et passera des années aux États-Unis. Dans un pays où les plus aisés cachent souvent leur richesse, Friedrich Merz s'achète, pilote et se montre sans complexe dans son petit avion privé.
Un ton arrogant et cassant
Son retour, il l'envisagera en 2018, un jour après qu'Angela Merkel annonce ne plus candidater à la tête de la CDU et du pays. Poussé par son mentor, l'ex-ministre des finances Wolfgang Schauble, il se lance dans la course à la présidence du parti mais y échoue à deux reprises. Car Friedrich Merz est loin d'être attendu les bras ouverts au sein d'un parti ébranlé par la politique d'ouverture migratoire d'Angela Merkel, son tournant centriste et la montée de l'extrême droite.
Avec son ton arrogant et cassant, Friedrich Merz, effraie surtout les cadres chrétiens-démocrates qui craignent le retour d'une CDU "années 90", libérale et masculine. Conséquence, il lui faudra candidater à trois reprises pour prendre la tête du parti, en 2022. "Friedrich Merz est un attaquant plus qu'un défenseur. Il ne lâche rien, même après une défaite" commente son biographe, Daniel Goffart.
Depuis, Friedrich Merz a remodelé la CDU à son image : libéral sur les questions économiques, conservateur sur les questions sociales, offensif en matière de politique étrangère. Désireux de "redonner l'envie aux Allemands de travailler", il prône des baisses d'impôts pour les entreprises et les plus riches, et des sanctions pour les chômeurs de longue durée récalcitrants.
Face à une Allemagne qui craint le déclassement économique et social, il promet un "tournant". Il se verrait bien aussi revenir sur la loi permettant de "choisir son genre" et plaide pour un retour du nucléaire. Sur la question migratoire, il tranche avec les années Merkel. IL promet le retour des contrôles durables aux frontières de son pays et souhaite repousser toutes les personnes sans papiers valables, dont les demandeurs d'asile.
Sur un ton trumpiste, il affirme ne pas vouloir transiger. Ces mesures seront imposées à ses partenaires de coalition. Début février, Friedrich Merz choque aussi, en faisant passer au Bundestag une résolution, avec les voix de l'extrême droite. Angela Merkel sort de son silence pour critiquer ce tabou brisé. La rupture est définitivement consommée. "C'était une erreur stratégique, une action impulsive peu réfléchie qui lui a fait perdre la confiance de ses collègues" commente Daniel Goffart.
Impulsif et émotif
Impulsif et émotif, le reproche est souvent fait à ce géant de presque deux mètres, toujours en costume. Friedrich Merz a longtemps multiplié les sorties de pistes, appelant "petits pachas" les jeunes de quartiers difficiles de Berlin, ou accusant les réfugiés de se faire refaire les dents pendant que les Allemands attendent pour avoir un RDV.
Sur les conseils de son équipe, et pour tenter d'inverser une faible cote de popularité, surtout chez les femmes, il a freiné ses ardeurs durant la courte campagne électorale, souriant plus que de coutume et réussissant à paraître plus proche des gens. Mais le vrai défi est peut-être devant lui. "Il n'a pas d'expérience ministérielle et pas d'expérience en termes de recherche de compromis. C'est sa faiblesse. Or il sera contraint de s'adapter, en tant que chancelier, pour travailler dans une coalition" note Daniel Goffart.
Très attendu dans son pays, Friedrich Merz l'est aussi sur la scène européenne, au moment où la nouvelle administration américaine tire à boulet rouge sur ses alliés. "De grands dossiers pèsent sur les épaules du prochain chancelier" constate Claire Demesmay, du centre Marc Bloch de Berlin. "Friedrich Merz a annoncé vouloir se rendre à Paris et à Varsovie, le même jour, pour son premier voyage à l'étranger. Mais à l'origine, c'est un transatlantiste. Or le lien avec les États-Unis est remis en cause. Dans quelle mesure sera-t-il capable de revenir sur ce logiciel ? Quelle sera sa position sur les finances européennes en termes de défense commune ? La question du frein à la dette sera déterminante. C'est l'éléphant dans la pièce" juge cette fine connaisseuse de l'Allemagne.
Favorable à une défense européenne et fervent supporter de l'aide à l'Ukraine, Friedrich Merz se veut d'ores et déjà plus volontaire que son prédécesseur Olaf Scholz qu'il ne cesse de critiquer en la matière. "Vu le contexte international, il pourrait faire des compromis sur les questions budgétaires européennes, mais pas sur les questions migratoires" croit savoir Daniel Goffart. Résolu, Friedrich Merz devra surtout livrer des actes… une mission qui dépendra aussi et surtout de ses futurs partenaires de coalition.