Le Hongrois Orban est le cheval de Troie de Donald Trump dans l'Union européenne
Le Premier ministre magyar loue l'attitude du président américain vis-à-vis de l'Ukraine et menace de faire capoter la réunion du Conseil européen de ce jeudi.
- Publié le 06-03-2025 à 07h00

Grâce au président américain Donald Trump, la paix en Ukraine est enfin à portée de main, les économies européenne et hongroise vont pouvoir repartir de plus belle et une année "fantastique" se profile, faite de cadeaux fiscaux en tous genres. Voici les promesses du Premier ministre hongrois Viktor Orbán, qui a des élections législatives à remporter dans un an. Pour y enregistrer un cinquième triomphe d'affilée, il compte bien être dans le camp des vainqueurs – celui de Washington et de Moscou.
Comme il l'a développé le 22 février lors de son discours sur l'état de la nation, point d'orgue de la vie politique hongroise, "nous avons une chance de nous évader de la forteresse assiégée et de percer les défenses de l'Empire […] Une vaste machine qui gère la dictature de l'opinion libérale et l'oppression politique dans le monde occidental, y compris en Hongrie". Dans l'esprit de Viktor Orban, cet "empire" a deux têtes : l'une a été coupée par Donald Trump, à Washington ; l'autre est à Bruxelles, capitale de l'Union européenne (UE), où le travail reste à faire, a métaphorisé le Premier ministre hongrois. Celui-ci s'est entretenu par téléphone avec l'occupant de la Maison-Blanche dimanche soir, mais l'on ne sait rien du contenu de leurs échanges.
La Hongrie contre (presque) tous les autres États membres
En amont du sommet européen extraordinaire de ce jeudi, consacré à la défense européenne et au soutien à l'Ukraine, le dirigeant magyar menace donc de faire capoter toute déclaration de position commune. Dans une lettre adressée à son président du Conseil européen António Costa, il considère que "l'Union européenne doit suivre l'exemple des États-Unis et entrer dans des discussions directes avec la Russie pour un cessez-le-feu et une paix durable en Ukraine". La Hongrie prévient-il, n'acceptera de souscrire qu'à une déclaration calquée sur la résolution des États-Unis adoptée par le Conseil de sécurité, avec le soutien historique de la Moscou, qui renvoie dos à dos l'agressé – Ukraine – et l'agresseur – la Russie – et se contente d'appeler à "une paix durable".
Face au risque de blocage hongrois, un passage relatif à un nouveau paquet d'aide de vingt milliards d'euros à l'Ukraine, proposé par la cheffe de la diplomatie européenne Kaja Kallas, a été retiré de l'ordre du jour du Conseil européen. Il s'agit de sauver les discussions sur l'effort de réarmement de l'Union européenne, un volet sur lequel le dirigeant hongrois est beaucoup plus constructif. Il se montre même, de longue date, ouvert aux positions en faveur d'une défense européenne intégrée, défendues par le président français Emmanuel Macron qui l'a invité à dîner à l'Elysée mercredi soir pour tenter d'infléchir la position de Budapest sur l'Ukraine.
Le dirigeant magyar ne sera pas le seul caillou dans la chaussure de l'UE jeudi. Sur l'autre rive du Danube, son homologue slovaque, Robert Fico, agite la menace d'un veto. Sa condition pour le lever : que l'Union contraigne Kiev à reprendre le transit du gaz russe par son territoire, stoppé au début de l'année. "Si je vois des sourires narquois et le désintérêt des politiciens européens, je pourrais bloquer l'aide financière et militaire à l'Ukraine", a-t-il mis en garde, pointant l'hypocrisie d'autres pays européens qui s'approvisionnent toujours massivement en gaz liquéfié russe.
L'effet Trump
"C'est fini, petit", s'est réjoui le camp "orbaniste" devant les images de Volodymyr Zelensky pris sous le feu croisé de Donald Trump et de son vice-président J.D. Vance, vendredi à Washington. "Les hommes forts font la paix, les faibles font la guerre. Aujourd'hui, le Président Trump a défendu courageusement la paix", a commenté Viktor Orbán après l'altercation.
Le vent qui souffle d'outre-Atlantique a gonflé les voiles des nationaux-conservateurs en Hongrie, là d'où est partie "la rébellion", selon les mots de Viktor Orbán. Signe de la confiance engrangée à Budapest, Balázs Orbán, directeur politique de Viktor Orbán (avec lequel il n'a pas de lien de parenté), s'est laissé aller à moquer sur les réseaux sociaux la réunion d'urgence organisée le 17 février à Paris par le président Macron avec une dizaine de leaders européens, qualifié de "Club des losers". "Les mêmes dirigeants qui se moquaient de la mission de paix de Viktor Orbán, a-t-il poursuivi, qui soutenaient avec ferveur l'effusion de sang en Ukraine et rejetaient les cessez-le-feu et les négociations, sont aujourd'hui en panique. Quelle belle bande ! " Longtemps considéré par ses détracteurs comme le cheval de Troie de Vladimir Poutine en Europe, Viktor Orbán semble être aujourd'hui au service de l'axe Moscou-Washington qui se dessine à gros traits.
