Les Européens restent tous derrière l'Ukraine, sauf (surprise, surprise) Viktor Orban
Comme lors du sommet du 6 mars, il a été impossible de trouver un accord à l'unanimité sur la partie des conclusions relative à l'Ukraine. Le texte de soutien à Kiev a été approuvé par tous les chefs d'État et de gouvernement de l'Union européenne, sauf le Premier ministre hongrois. Qui a provoqué la colère du président ukrainien Zelensky.
- Publié le 20-03-2025 à 21h00
- Mis à jour le 20-03-2025 à 22h27

Bis repetita. Les chefs d'État et de gouvernement de l'Union européenne (UE), réunis ce jeudi à Bruxelles, n'ont pas pu approuver, à l'unanimité, la partie des conclusions du sommet relative (au soutien) à l'Ukraine. Comme lors du sommet extraordinaire du 6 mars, le Premier ministre hongrois a joué l'obstruction. Depuis le début des discussions entre les États-Unis et la Russie sur l'Ukraine, lancées le 18 février, Viktor Orban refuse de s'associer à la position européenne de soutien résolu à Kiev, qu'il juge dépassée par les événements.
La position hongroise n'a surpris personne et ni le président du Conseil européen, Antonio Costa, ni les autres dirigeants ne se sont pas lancés dans de longs palabres pour tenter d'amener l'homme fort de Budapest à en changer. "On ne va pas faire de Orban la vedette de chaque sommet", avait cinglé, la veille, un diplomate européen. A donc été annexé aux conclusions un texte dont il est précisé qu'il est "fermement supporté par vingt-six chefs d'État et de gouvernement".
Des négociations ? Quelles négociations ?
Rien de révolutionnaire dans ce texte, qui répète et complète ce que l'UE ne cesse de dire depuis février 2022 et le déclenchement par la Russie de la guerre d'agression contre l'Ukraine. Le Conseil européen accueille favorablement la déclaration sur la proposition d'un accord de cessez-le-feu faite par l'Ukraine et des États-Unis après leur rencontre du 11 mars en Arabie saoudite.
Présent par visioconférence depuis Oslo, le président ukrainien Volodymyr Zelensky, a informé les leaders européens qu'il avait eu, mercredi soir "une conversation très productive" avec le président américain Donald Trump. Il s'est félicité que le président russe Poutine ait accepté de ne plus frapper les infrastructures énergétiques ukrainiennes et du cessez-le-feu en mer, disant que le travail se poursuit pour arriver "à un cessez-le-feu inconditionnel dans tout le pays" - il avait commencé son intervention en soulignant que la nuit précédente, la Russie avait lancé une "attaque massive de drones" contre l'Ukraine.
Malgré les multiplications des discussions entre les États-Unis et la Russie sur la façon de mettre un terme au conflit en Ukraine – dont celle de mardi entre les présidents Trump et Poutine – il y a, parmi les leaders européens "une vue partagée" qu'il ne s'agit pas (encore) "de réelles négociations" de paix, a indiqué une source européenne. Dans leur texte commun, les Vingt-six ont appelé la Russie à "montrer une réelle volonté de mettre fin à la guerre" – manière de dire qu'ils ne sont pas convaincus que ce soit le cas.
Critiques acerbes de Volodymyr Zelensky
Les leaders européens ont discuté de la manière dont l'Europe peut influencer les débats et auront été satisfaits d'entendre le président Zelensky insister sur le fait que "l'Union européenne doit être à la table des discussions qui concerne sa propre sécurité". L'Ukrainien a lancé un appel à l'unité européenne, non sans avoir, au préalable, décoché une salve de critique envers un pays et un leader européen dont il s'est gardé de prononcer le nom (mais tout le monde aura compris de qui il s'agit).
Il est nécessaire, affirme M. Zelensky, de maintenir la pression sur la Russie pour qu'elle s'engage sur le chemin de la paix. "Malheureusement, il faut aussi exercer une pression à l'intérieur de l'Europe elle-même pour assurer que tout ce qui est promis se produise, en particulier les négociations d'adhésion de l'Ukraine à l'UE". Les Vingt-six invitent à accélérer le processus d'adhésion – certains, comme le Premier ministre Finlandais Orpo réclame même qu'il soit complété "le plus vite possible et au plus tard en 2030". Mais un État membre s'oppose à l'ouverture du premier chapitre de négociations. C'est assez facile de deviner lequel.
Dans un entretien accordé à une chaîne YouTube Patriota avant le sommet, Viktor Orban, a expliqué qu'il s'opposait à l'ouverture des négociations d'adhésion avec l'Ukraine, parce que l'entrée de celle-ci dans l'UE coûterait trop cher aux contribuables hongrois. Sur ce point précis, et sur la relation avec l'Ukraine en général, "c'est l'UE qui est isolée, par la Hongrie", a défendu le chef du gouvernement hongrois. Réplique de Volodymyr Zelensky : "C'est simplement antieuropéen quand une personne bloque des décisions importantes pour le continent entier qui ont déjà fait l'objet d'un accord".
On peut parier, sans trop prendre de risques, que le texte sur l'Ukraine du prochain sommet européen ne sera pas, non plus, approuvé à l'unanimité.

