Qui sera élu au conclave? Voici les huit favoris de La Libre
Le conclave qui s'ouvre mercredi à Rome est incertain. Les listes des favoris se multiplient un peu partout, certains noms sont régulièrement cités, mais aucun cardinal ne se présente comme une évidence pour prendre la suite du pape François.

- Publié le 06-05-2025 à 06h33
- Mis à jour le 06-05-2025 à 17h14

Le conclave est-il plié ? Non, au contraire. Il faut en effet recueillir deux tiers des voix pour être élu Pape. Et comme les cardinaux électeurs (c'est-à-dire âgés de moins de 80 ans) n'ont jamais été aussi nombreux (133), l'élection nécessitera un large consensus. De plus, si la majorité des cardinaux furent "créés" par François et partagent la même sensibilité ou le même "style" que lui, ils ne s'accordent pas tous sur le plan doctrinal. Et s'il fallait en rajouter, notons que les "hommes en pourpre" se connaissent peu, venant bien davantage des différents continents que par le passé. Le préfet apostolique d'Oulan Bator Giorgio Marengo croisera par exemple le belge Dominique Mathieu, archevêque de Téhéran-Ispahan.
Bref, si le conclave ne devrait pas s'éterniser (pronostiquons une fumée blanche le vendredi), le suspense est total à Rome. Bien davantage qu'en 2013 et 2005, les "vaticanistes" hésitent au moment de dresser la liste des papabili.
Le trio des parieurs
Voici donc celle de La Libre. Elle fait la part belle aux Européens et à plusieurs Italiens qui espèrent revoir l'un des leurs succéder au premier pape, l'apôtre Pierre. Si la squadra locale est moins puissante que par le passé, la longue histoire de l'Église ancrée à Rome lui permet de demeurer influente avec 17 électeurs (à titre de comparaison, les États-Unis en ont 10, le Brésil 7 et l'ensemble de l'Afrique 18).
Bien d'autres noms auraient pu être cités. Soit en tant que favoris, soit en tant que "faiseurs de pape". Citons par acquit de conscience l'archevêque de Budapest Peter Erdö, le cardinal Mario Grech, son confrère Lazare You Heung-sik ou le cardinal luxembourgeois Jean-Claude Hollerich. Eux aussi, font partie des listes médiatiques et de celles des parieurs. Bien des sites de paris en ligne proposent en effet de miser sur la tête d'un cardinal. Ils demeurent cependant peu originaux, plaçant pour la plupart Pietro Parolin en pôle, suivi d'Antonio Tagle et de Matteo Zuppi.
Le favori naturel: Pietro Parolin

Sur la ligne de départ des favoris, cet Italien de 70 ans est le premier nom qui a été installé par les journalistes. En tant que secrétaire d'État, le cardinal Pietro Parolin était le numéro deux du Saint-Siège. Il est donc un papabile "naturel". Grand diplomate, très actif sur la scène internationale ces dernières années, défenseur chevronné du multilatéralisme, spécialiste de l'Asie, Pietro Parolin fut un pilier discret de la curie romaine, le gouvernement de l'Église, tout au long du pontificat de François. D'un tempérament plus calme que le pape argentin, il pourrait être le candidat de la stabilité managériale et de l'équilibre idéologique entre conservateurs et progressistes. Deux atouts qui ne sont pas négligeables. Est-il cependant trop effacé ? C'est ce que certains craignent. Malgré tout, signe de ses chances, une rumeur peu amène a laissé entendre qu'il avait eu des accrocs de santé ces derniers jours. Or, la santé des papes est un argument qui compte.
Le Pagnol de la Sixtine: Jean-Marc Aveline

Ça y est : la France se met à y croire. Dans les rues de Rome, la presse parisienne court derrière son favori. Bon vivant, loquace, très futé, imitateur hors pair de l'accent de Pagnol, Mgr Aveline est le bon curé du sud de la France. Depuis qu'il a fait venir le pape François dans sa ville de Marseille en 2023, ce prêtre né en Algérie française et âgé de 66 ans a le vent en poupe. Son travail en faveur du dialogue interreligieux et interculturel au sein du bassin méditerranéen est loué par les progressistes, mais il est à l'aise avec toutes les sensibilités de l'Église. En ce mois d'avril, il vient d'ailleurs d'être élu président de la conférence des évêques de France. Bémol : entre l'Italie et la France les jalousies sont tenaces. La presse italienne a d'ailleurs souligné qu'il ne parlait pas bien l'italien, mais la française a répliqué dans la foulée : ce dimanche à Rome, il a prononcé une homélie dans "la langue de Dante".
L'audace de l'Orient: Pierbattista Pizzaballa

Il est un peu jeune pour être élu (60 ans), mais le cardinal Pizzaballa, doté d'un sacré tempérament, a pu se faire une place parmi les favoris. Franciscain, italien, il vit en "Terre sainte" depuis 35 ans et fut nommé en 2020 "patriarche latin de Jérusalem" (ce qui en fait la tête d'une juridiction de l'Église qui couvre Israël, la Palestine, la Jordanie et Chypre). Signe de son caractère : en 2023, pendant la guerre entre Israël et le Hamas, il s'est offert en otage pour libérer les enfants prisonniers. S'il y avait peu de chance que cette proposition soit suivie, elle témoigne de l'engagement de cet homme pour la paix et le dialogue. Doté d'une parole libre et franche, il est assez inclassable sur le plan idéologique et théologique, ce qui peut jouer en sa faveur. Néanmoins, dans un contexte géopolitique périlleux au Proche-Orient, son élection serait un véritable pari diplomatique de la part des cardinaux.
L'étudiant louvaniste: Pablo Virgilio Siongco David

Les Philippines comptent cinq cardinaux. Et, parmi eux, le grand favori est sans conteste Luis Antonio Tagle. Mais quelques échos romains relèvent ces derniers jours le nom du cardinal Pablo Virgilio Siongco David. Jeune, président de la Conférence des évêques des Philippines, habitué aux rôles de leadership, polyglotte, opposant notoire au dictateur Rodrigo Duterte, l'ancien président de son pays, Pablo David s'inscrit dans la ligne du pape François. Son engagement en faveur de la justice sociale, son allergie pour les titres honorifiques dans l'Église, et son attrait pour la "synodalité", c'est-à-dire la collégialité, sont en effet remarqués. S'il est élu, ce serait une fameuse surprise pour ce jeune cardinal "créé" par François en décembre dernier. Ce serait aussi une petite fierté pour la Belgique, puisque Pablo David a étudié la théologie à la KULeuven.
La haute voix du Congo: Fridolin Ambongo Besungu

Il n'est pas certain que les cardinaux soient prêts à élire un pape africain. Néanmoins, l'archevêque de Kinshasa est une voix qui compte ces jours-ci à Rome. Le cardinal Ambongo s'est fait connaître de la presse européenne lorsqu'il a pris la parole, au nom des épiscopats africains, pour s'inquiéter de la possibilité laissée aux prêtres, par le pape François, de bénir des unions homosexuelles. Sur ce point d'ailleurs, celui qui fut aussi choisi par le pape argentin pour faire partie de son conseil de cardinaux le plus proche, est conservateur. L'homosexualité est, à ses yeux, un "désordre moral contraire à la loi naturelle". Opposant courageux au pouvoir dans son pays, artisan de la paix et de la justice sociale, le cardinal de Kinshasa a aussi eu des mots très durs contre l'Occident en "perte de vitesse en termes de valeur", et contre les Occidentaux qui, n'aimant pas les enfants, "vont disparaître".
Le candidat des progressistes: Matteo Zuppi

Président de l'épiscopat italien, archevêque de Bologne, proche de la ligne "François" et mis en avant par celui-ci dans des missions diplomatiques délicates (dont le conflit russo-ukrainien à la suite duquel il obtint quelques résultats relatifs aux otages), le cardinal Zuppi est un favori très régulièrement cité. Sur papier, la stature internationale de ce prêtre d'origine romaine qui est conscient de l'enjeu lié aux abus sexuels, qui maîtrise le fonctionnement de la curie tout en ayant un caractère "proche des gens", fait effectivement de lui un candidat certain. Néanmoins, sa ligne résolument progressiste et sa proximité avec la puissante communauté italienne de Sant Egidio le contraignent à être le candidat d'un "camp". Pourra-t-il, en ce sens, recueillir les deux tiers des voix nécessaires à l'élection ? Certains sites évoquent alors une alternative plus centriste : l'italien Claudio Gugerotti.
Le favori du Nouveau Monde: Robert Francis Prevost

Natif de Chicago, membre de l'Ordre de Saint-Augustin, Mgr Prevost n'est plus n'importe qui au Vatican. Depuis 2023, il y est le préfet du puissant Dicastère (ministère) des évêques. Pour autant, cette nomination par le pape François il y a deux ans a créé la surprise, alors que Mgr Prevost avait passé sa vie loin de Rome, dans les altitudes du Pérou où il fut reconnu pour sa présence en tant que missionnaire. S'il est d'un tempérament discret, peu connu des médias, sa cote est cependant notable au Vatican. Soucieux de l'unité, son élection serait un choix favorable à l'apaisement pour une Église gentiment bousculée après le pontificat du pape François. Le quotidien italien La Repubblica ne s'y est pas trompé, le citant parmi les favoris dans le rang des "médiateurs". Il y côtoie le cardinal français Jean-Paul Vesco et son confrère portugais José Tolentino de Mendonça.
Le cardinal qui ne voulait plus l'être: Anders Arborelius

Anders Arborelius est né luthérien. C'est à l'âge de vingt ans qu'il s'est converti avant de devenir religieux carme. Premier évêque catholique suédois depuis la Réforme protestante, il a été créé cardinal en 2017 par le Pape François, dont il partage la vision de l'Église et les grandes lignes politiques (notamment celles relatives à la question des migrants). Écouté pour sa spiritualité, il avait demandé au pape argentin de le libérer de ses fonctions de cardinal, car il souhaitait retourner vivre dans son monastère en Scanie, dans le sud de la Suède. Le Pape avait approuvé sa demande, mais aucune date n'avait été fixée pour la fin de son mandat. Pas de chance… Aujourd'hui pointé au rang des favoris, ce Suédois a dit à la chaîne publique suédoise qu'il ne pensait pas être élu. "Ce serait amusant d'avoir un pape suédois, mais je pense que c'est peu probable. Très peu probable", a-t-il déclaré. Il ne faut jamais dire cela…