Comment le RN a récupéré les mouvements populaires pour les caricaturer en mouvements anti-écologie
À l'origine de la bascule stratégique du RN se trouvent le mouvement des gilets jaunes en 2018 et la fronde agricole en 2024.

- Publié le 09-07-2025 à 06h42

"Alors que le Rassemblement National n'a jamais été aussi puissant, son ambition de devenir un parti de gouvernement a nécessité qu'il se penche sur des questions qui lui ont été longtemps totalement étrangères. C'est le cas de l'écologie", écrit Vincent Gay, maître de conférences en sociologie à l'Université Paris-Diderot et responsable d'Attac France, dans une tribune publiée en janvier.
Historiquement, le Front National s'est peu préoccupé d'écologie, à une époque où le sujet mobilisait, il est vrai, lui aussi assez peu. Mais ces derniers temps, "le RN défend une écologie populaire présentée comme 'de bon sens', nous explique-t-il, une écologie qui s'opposerait à celle jugée hors sol des élites mondialistes, européennes, macronistes, mais qui empêche toute politique environnementale, même a minima".
De fait, les votes de ses élus, au Parlement français comme à Strasbourg, révèlent un refus des mesures de préservation de la biodiversité ou de lutte contre les dérèglements climatiques : hostilité aux énergies renouvelables, refus de l'interdiction des pesticides, opposition aux préconisations du Giec, aux réglementations et aux contraintes en matière de moteurs thermiques, de logement…
Gilets jaunes et agriculteurs manipulés
À l'origine de la bascule stratégique du RN se trouvent le mouvement des gilets jaunes en 2018 et la fronde agricole en 2024. La mobilisation des premiers a commencé à cause de l'augmentation de la taxe sur les carburants. Mais les contestataires ne revendiquaient pas de rouler au diesel et de pouvoir consommer du carburant à l'envi, mais bien de pouvoir utiliser leur voiture et se déplacer librement, faute d'autres moyens de transport. Là où ils exprimaient un ras-le-bol des inégalités sociales et économiques, ils ont été taxés d'anti-écologiques, notamment par le RN. À dessein.
"Pour accroître son succès auprès des classes moyennes les moins favorisées, la droite radicale a caricaturé ces mouvements populaires, les présentant comme des mouvements essentiellement anti-écologiques, alors que leurs revendications étaient plus diverses et contrastées" analyse Simon Persico, professeur de sciences politiques à Sciences Po Grenoble et au laboratoire Pacte.
Selon Vincent Gay, le RN tente en effet de construire l'idée que les classes populaires en milieu rural seraient anti-écologiques, qu'elles subiraient le plus les politiques environnementales et que les représentants politiques et associatifs de l'écologie seraient uniquement des CSP +, urbains, incapables de les écouter. Une stratégie politique visant, selon lui, à s'ériger comme le seul parti à même de comprendre leurs aspirations.
La grande faiblesse programmatique du RN en matière d'écologie ne signifie pas pour autant un désintérêt. "L'extrême droite pense qu'il faut défendre nos territoires, nos circuits courts, notre production locale car ils seraient menacés par des éléments extérieurs tels que les élites et les migrants", poursuit-il. Comme un écho au "La terre ne ment pas" du maréchal Pétain.
Bruno Mégret, lors d'un congrès du FN en 1990, avait déclaré que "l'écologie est une préoccupation qui s'inscrit dans la défense de notre identité. Pour survivre, les espèces animales ne se mélangent pas et la plupart ont un territoire qu'elles défendent". Trente-cinq ans plus tard, même rengaine. Selon Vincent Gay : "Les questions écologiques servent de prétexte pour ancrer le racisme et la volonté de séparation des communautés au cœur même des territoires".