La justice européenne remet en cause un projet nucléaire russe en Hongrie et embarrasse Budapest
Un arrêt de la Cour de justice de l'UE annule le feu vert qu'avait donné la Commission à la construction de deux réacteurs. Et bouleverse les relations internationales de la Hongrie.
- Publié le 14-09-2025 à 14h02

Jeudi, la Cour de justice de l'UE (CJUE) a porté un coup au gouvernement du Premier ministre Viktor Orbán et à sa stratégie de se poser en pivot entre Est et Ouest. Dans un arrêt, elle a annulé la décision de la Commission européenne de donner le feu vert à la construction de deux réacteurs nucléaires par l'entreprise d'État russe Rosatom, à la centrale de Paks. "La Commission aurait dû vérifier si l'attribution directe du marché de construction des deux nouveaux réacteurs à une entreprise russe est conforme aux règles de l'Union relatives aux marchés publics", ont justifié les juges de Luxembourg.
C'est l'Autriche, un pays fortement opposé au nucléaire, surtout à des réacteurs situés deux cents kilomètres de sa frontière, qui avait saisi la CJUE et obtenu gain de cause en seconde instance.
Un projet controversé
Par conséquent, la Commission européenne doit revoir à zéro le processus d'autorisation, avec un résultat des plus incertains. Son feu vert donné en 2017, à un projet attribué à Rosatom sans appel d'offres, avait suscité la stupéfaction et jeté la suspicion. De la même façon que le gouvernement hongrois avait pris tout le monde de court en annonçant, au début de l'année 2014, confier la construction de nouveaux réacteurs à la Russie, alors en pleine entreprise d'annexion de la péninsule ukrainienne de Crimée. Cela assorti d'un prêt russe de dix milliards d'euros.
À Budapest, on feint de ne pas s'inquiéter de cette décision de la Cour de justice. "Rien n'empêche juridiquement la poursuite de l'investissement de Paks selon le calendrier actuel", a réagi le ministre des Affaires européennes, János Bóka. Même tonalité du ministre des Affaires étrangères, Péter Szijjártó, qui a ajouté qu'"au contraire, nous avons accéléré cet investissement au cours de la période récente".
Ce n'est pas l'avis de Benedek Jávor, eurodéputé écologiste de 2014 à 2019, qui s'est battu des années contre ce projet, et pointe aujourd'hui un doigt accusateur vers le gouvernement hongrois : "La politique énergétique hongroise a été poussée dans une impasse totale, parce qu'ils ont fait de ce projet stupide leur pierre angulaire. Vos erreurs et mensonges ont mis en danger la sécurité énergétique du pays".
Impasse internationale
Outre ce projet nucléaire Paks II, c'est toute la politique hongroise d'"ouverture vers l'Est" qui semble prise au piège de la logique des blocs à l'œuvre. La Hongrie – qui revendique une totale autonomie stratégique malgré son appartenance à l'Union européenne et à l'Otan – se trouve aujourd'hui à la merci d'un retournement de la position du président américain Donald Trump vis-à-vis de son homologue russe Vladimir Poutine, qui poursuit sa guerre d'invasion de l'Ukraine. C'est vraisemblablement sous la pression de son "ami" à Washington que Viktor Orbán a consenti à diversifier ses importations de gaz – presque exclusivement russe – en signant un contrat avec le britannique Shell.

Le gouvernement hongrois, qui a misé gros sur les investissements chinois, se sait aussi vulnérable en cas d'intensification de la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine. Le très informé journaliste hongrois Szabolcs Panyi a appris que, derrière le paravent de l'amitié Trump-Orbán, Washington s'agace de cette proximité avec Pékin.
C'est peut-être la raison pour laquelle le dirigeant magyar ne s'est pas rendu en personne au sommet de Pékin début septembre, préférant envoyer son ministre des Affaires étrangères, aux côtés du slovaque Robert Fico, les deux seuls membres de l'UE présents. Enfin, il se dit dans les cercles diplomatiques que Donald Trump pourrait contraindre Budapest à lever ses vétos contre le rapprochement de Kiev avec l'UE. Cela serait un lâchage en pleine nature.