Les travaillistes remettent un coup de pression sur Keir Starmer
Le chef du Parti travailliste est jugé responsable de l'effondrement de son parti dans les sondages, crédité de 20 % d'intentions de vote après avoir obtenu 33 % lors de l'élection générale de juillet 2024.

- Publié le 01-10-2025 à 13h37

Le visage tendu, à l'heure de prononcer le discours de clôture du congrès du Parti travailliste, Keir Starmer a présenté sa vision pour "le renouveau national". "Le chemin sera long, difficile, il ne sera pas gratuit et nécessitera des décisions qui ne seront pas toujours confortables pour notre parti", a-t-il prévenu. Mais au bout du chemin, nous aurons un nouveau pays, plus juste, une terre de dignité et de respect.
Ce chemin passe, à ses yeux, par une croissance économique basée sur "des règles fiscales non négociables", une croissance "venue de la base, qui renouvelle chaque ville et cité de ces îles", et qui "mette de l'argent dans vos poches".
Huit mois à haut risque
Keir Starmer sait qu'il jouera gros au cours des huit prochains mois. Les élections locales du mois de mai, qui concernent notamment toutes les municipalités galloises, écossaises et londoniennes, pourraient s'avérer déterminantes quant à son avenir à la tête du parti et du pays.
Un an après son retour au pouvoir suite à sa victoire lors de l'élection générale de juillet 2024, le Labour a perdu treize points (de 33 % à 20 %) et est crédité de 6 à 15 points de retard sur Reform UK, le parti populiste anti-immigration de Nigel Farage. Surtout, le Premier ministre ne porte pas les siens : si tous les Britanniques estiment que les dirigeants des autres partis feraient un moins bon chef de gouvernement que lui, seuls 27 % d'entre eux apprécient le travail qu'il a effectué depuis son arrivée au 10 Downing Street.
Les mécontents ont trouvé un point d'ancrage : le maire de Manchester Andy Burnham. Jeudi dernier, celui-ci avait ouvertement défié Keir Starmer. Après avoir révélé que plusieurs députés lui ont demandé de se faire élire à la Chambre des communes pour remplacer l'actuel Premier ministre, il a réclamé plus d'investissements publics et "de ne plus être à la merci des marchés obligataires". Cette provocation – le Mancunien ne peut pas devenir le chef du parti tant qu'il n'est pas député à la Chambre des communes, un processus lent et loin d'être assuré au regard de l'avance de Reform UK dans les sondages – cible directement la politique du gouvernement.
Du côté des travailleurs
Au cours de la première année de Keir Starmer au pouvoir, les travaillistes ont amélioré le quotidien des Britanniques, en particulier des moins fortunés : petits-déjeuners gratuits dans toutes les écoles primaires publiques du pays, aides financières pour les crèches disponibles pour les enfants dès 9 mois, nouvelles bourses universitaires, etc. Le gouvernement a aussi investi de manière substantielle dans le système de santé et l'éducation, notamment dans les salaires des employés du secteur. Enfin, il a prévu de faire adopter "la meilleure législation sur les droits des travailleurs depuis des décennies", aux yeux de Dave Ward, le secréraire-général de CWU, le principal syndicat des postiers et des employés des télécommunications. Si tant est que celle-ci ne sera pas diluée au cours des prochains mois…
Des choix effroyablement impopulaires ont pourtant terni l'image du Premier ministre. Il a éliminé dès son arrivée au pouvoir l'aide au paiement des factures d'énergie pour tous les retraités disposant d'un revenu supérieur à £13 000 (alors 11 000 euros), visiblement jugés trop aisés. Il a durci les critères d'obtention des aides et allocations pour les personnes handicapées. Il a aussi repris à son compte une partie du vocabulaire utilisé par Nigel Farage à propos de l'immigration, prévenant que "nous risquons de devenir une île d'étrangers, et non une nation qui avance ensemble". Son but est devenu clair : faire de Reform UK son principal adversaire, se présenter comme celui qui pourra empêcher les politiciens "avec une recette miracle" de mener le pays vers "la ruine". Une tactique similaire à Emmanuel Macron lors des élections présidentielles françaises de 2017 et 2022 : l'extrême droite ou moi.
Radicalisation du propos
Cette stratégie a participé à la déception de 24 % des électeurs ayant aujourd'hui opté pour un parti plus à gauche après avoir voté Labour l'an dernier, scandalisés qu'il s'en soit pris à certains des groupes les plus fragiles de la société. "L'espoir du premier jour s'est évaporé", a résumé Richard Burgon, un député travailliste de l'aile gauche du parti. "Keir a récemment passé les deux tiers d'un entretien télévisé à parler d'immigration et de la peur de Reform alors que la crise du coût de la vie demeure la préoccupation première des Britanniques."
La montée en puissance de Reform UK inquiète indéniablement les adhérents et les élus travaillistes, comme l'ont prouvé les salles pleines lors de tous les débats sur le sujet pendant le congrès. D'autant que les enquêtes d'opinion indiquent que le Labour a perdu 8 % de ses électeurs de l'an dernier aux dépens de la formation de Nigel Farage, selon un sondage YouGov.
"Farage balance des slogans, et les gens croient à ce qu'il dit", explique Jane, une jeune adhérente. "Reform est très fort pour parler aux travailleurs, contrairement à nous. Il faut espérer que le parti changera de direction pour trouver un moyen de les toucher". Mardi, pour montrer que patriotisme ne signifie pas forcément nationalisme, et contrer l'emprise de Farage et de l'extrême droite radicale sur les drapeaux britanniques et anglais, la direction travailliste avait intimé à ses ministres et à ses adhérents de les emporter avec eux dans la salle du discours. Et ils l'ont secoué pendant l'heure du discours de leur chef.
Cela sera-t-il suffisant ? Des députés ont demandé des actions rapides et visibles, comme la délivrance de chèques par la poste en guise de versements de certaines des aides, comme l'a fait le gouvernement australien.
La médiocrité de la communication gouvernementale est revenue dans la bouche de tous, élus comme adhérents. Même des députés modérés comme Anneliese Dodds, qui rejette l'idée d'un remplacement de Keir Starmer au nom d'un besoin de "stabilité", réclame du Premier ministre "une vision plus claire". Sans quoi, sous-entendent-ils, trouver un successeur à un Keir Starmer au charisme très limité s'avérera nécessaire avant la prochaine élection, prévue en 2029.