Économiquement "au bout du rouleau", les pubs britanniques boivent la tasse
Un millier de patrons de pubs ont interdit l'entrée des députés dans leur établissement, en particulier ceux du Labour au pouvoir. Les 40 000 autres ne veulent plus peiner en silence.

- Publié le 12-01-2026 à 13h59

Les pubs britanniques se révoltent. Face à la multiplication des mesures gouvernementales réduisant les marges de leur activité économique, plus d'un millier de patrons de débits de boissons ont apposé sur la porte d'entrée de leur établissement un autocollant "No Labour MPs" ("Pas de députés travaillistes"), voire pas de député tout court. Un moyen simple et efficace d'exprimer leur ras-le-bol d'être mal considérés, voire méprisés par les politiciens au pouvoir.
À l'origine de cette initiative, Andy Lennox, le patron du Old Thatch dans le comté du Dorset, dans le sud-ouest de l'Angleterre, réclame "une réduction temporaire de la TVA sur la vente de boissons et de nourriture dans les pubs de 20 % à 13 %". "La grande majorité des patrons de pubs que je connais sont soit en faillite, soit en difficulté, soit au bout du rouleau", a-t-il assuré.
Les salaires pèsent lourd
Pas de logo anti-députés sur la porte du Crown, un pub installé au beau milieu d'un quartier résidentiel d'Islington, un arrondissement du nord-est de Londres, mais le sentiment que "l'alcool, comme la cigarette, est une cible facile pour des politiciens et les gouvernements désirant remplir leurs caisses", estime Paul Smith, l'un de ses patrons. "En raison de la forte hausse des cotisations et contributions patronales et du salaire minimum, le poids des salaires est devenu très lourd." Depuis avril 2025, les cotisations et contributions patronales sont passées de 13,8 % à 15 % du salaire et sont imposées à partir de 5 000 livres (5 760 euros) de salaire annuel, contre 9 100 livres (10 500 euros) auparavant. Dans le même temps, le salaire minimum des plus de 21 ans a progressé de 6,7 % à 12,21 livres (14,07 euros), après deux augmentations de 10 % décidées par l'ancien gouvernement conservateur en avril 2023 et 2024, en partie pour compenser l'inflation de 7,9 % et de 6,8 % enregistrée en 2022 et en 2023.
L'annonce lors du budget dévoilé fin novembre de la suppression de la réduction des impôts locaux accordée depuis l'épidémie de Covid-19 a été la goutte de bière de trop pour les patrons. "En 2024, j'ai payé 3500 livres (4000 euros), et avec les nouvelles mesures je suis censée payer 12 000 livres (13 800 euros) en 2025", raconte, éberluée, Karen Michelle McPhillips, la propriétaire du Green Man, un pub familial sur Essex Road, une des artères d'Islington. "Où vais-je trouver cet argent ? Je dois répercuter ces coûts sur mes clients, mais eux-mêmes surveillent déjà leurs budgets".
La droite monte au créneau
De fait, le prix moyen de la pinte s'est élevé à 5,01 livres en avril dernier (5,77 euros), soit une hausse de 40 % depuis 2020, selon les statistiques de la British Beer & Pub Association. Avec une conséquence très visible : "Tout cela a atteint nos marges, déjà connues pour être faibles dans notre industrie, poursuit Paul Smith. Ce n'est pas pour rien qu'un pub ferme par jour dans le pays, car les gens sortent moins, boivent chez eux. Or, le pub est initialement un lieu de convivialité, de voisinage, nécessaire à tout quartier". Environ 25 % des 60 800 pubs recensés dans le pays en 2000 ont disparu. Et Karen Michelle McPhillips cherche désormais à vendre le Green Man, qu'elle gère depuis quinze ans.
Dans la foulée de la colère des patrons de pubs, la proposition formulée le 7 janvier par le gouvernement de réduire le taux d'alcool autorisé pour conduire, aujourd'hui le plus élevé d'Europe de 0,8 gramme à 0,5 gramme par litre de sang a été qualifiée de "coup de grâce pour les pubs de campagne" par Nigel Farage, le chef de Reform UK, le parti populiste de droite anti-immigration, en tête dans les sondages. Elle a aussi permis à la cheffe du parti conservateur, Kemi Badenoch, de dénoncer la destruction par le Labour des pubs, "une grande partie de notre mode de vie", qui "lient nos villes et nos villages".
Ces appels et ces critiques ont abouti : le gouvernement a laissé entendre jeudi qu'il limitera finalement la hausse des impôts locaux pour les pubs.