Donald Trump se noie dans la polémique autour de la rénovation du Bassin réfléchissant de Washington
Pour les détracteurs du Républicain, la saga autour de la réfection du site historique, envahi par les algues, symbolise les dysfonctionnements de son leadership.
- Publié le 01-07-2026 à 12h02
- Mis à jour le 01-07-2026 à 12h15

L'attraction touristique du moment à Washington n'est pas la Maison-Blanche, ni le Congrès, ni l'un des nombreux musées locaux. C'est le Bassin réfléchissant (Reflecting Pool, en version originale).
Site historique où Martin Luther King Jr. prononça son fameux discours I have a Dream ("Je fais un rêve"), le plan d'eau, qui s'étale sur plus de 600 mètres devant le Mémorial de Lincoln, attire les foules pour les mauvaises raisons ces jours-ci. Après que le gouvernement Trump a décidé d'y installer un revêtement bleu "façon drapeau américain", des algues ont fait leur apparition au fond et à la surface, donnant à l'eau une couleur verdâtre peu ragoûtante.
"C'est plus vert que bleu"
L'installation de grillages tout autour, avec des pancartes "Danger, explosifs" pour signifier la présence de matériel pyrotechnique en vue des festivités du 4 juillet, ajoute au caractère irréel de la scène. "Il fallait que je voie ça de mes propres yeux", raconte Ricardo Alvarez, un touriste venu du Texas pour visiter le Mémorial de Lincoln et "voir son bassin vert". "C'est la première fois que je viens ici et je peux vous assurer que l'eau ne devrait pas être de cette couleur", sourit-il.
Rencontré lundi dernier, il n'est pas le seul curieux à venir inspecter les lieux. Lors de notre visite, une équipe de télévision s'est présentée aux abords du grillage pour constater les dégâts. "C'est encore plus vert que je ne le pensais, a déclaré l'animateur. Et vous, qu'en pensez-vous ?" , s'est-il écrié en direction de passants qui prenaient des photos à travers la grille. "Oui, c'est très vert ! ", lui a répondu l'un d'eux. Un autre : "C'est plus vert que bleu. Sans aucun doute".
Invasion d'algues
Tout a commencé fin avril quand Donald Trump, qui se targue d'être un bâtisseur, a annoncé l'installation du revêtement bleu pour empêcher les fuites, un problème récurrent pour ce bassin construit dans les années 1920. Après la fin du chantier, inspecté par le milliardaire lui-même, tout semblait aller pour le mieux. Mais selon le New York Times, le retrait d'équipements peu photogéniques autour du bassin pour lutter contre les algues, avant un événement sur place pour promouvoir les combats d'arts martiaux mixtes prévus à la Maison-Blanche, le 14 juin dernier, a conduit à la prolifération de la flore aquatique.
Depuis, le buzz généré par l'affaire ne retombe pas, grâce notamment à Donald Trump lui-même qui a accusé de mystérieux "vandales" d'avoir nourri ces algues avec de l'engrais et lacéré le revêtement sur une longueur de 106 mètres. Pour ajouter de l'huile sur le feu, David Hearn, un champion olympique américain, a été arrêté pour avoir, selon lui, touché un morceau de revêtement remonté à la surface. Les médias conservateurs ont sauté sur l'occasion pour le dépeindre comme un délinquant en puissance, proche des Démocrates. Pour sa part, MeidasTouch, média politique numérique progressiste, a posté une photo d'un caneton mort flottant dans le bassin. Elle a été vue deux millions de fois sur la plateforme X.
À l'image de la présidence
Pour les opposants de Donald Trump, la saga de la Reflecting Pool symbolise tout ce qui ne va pas avec le Républicain : les fausses informations, la recherche de boucs émissaires, l'incompétence… Il a aussi cherché à prendre des raccourcis, comme pour d'autres monuments et projets d'embellissement qu'il a lancés dans la capitale fédérale. Citant l'approche du 250e anniversaire de l'indépendance, le 4 juillet, l'administration a recruté deux entreprises sans faire d'appel d'offres pour installer le revêtement et les équipements anti-algues respectivement. La seconde, Greenwater Services, est possédée par un donateur du président. La facture de la rénovation ? Plus de 16 millions de dollars. Et ce, au moment où une grande partie de la population croule sous l'augmentation du coût de la vie.
Le bassin est un lieu de rassemblement, de manifestation. Pour moi, il incarne désormais la corruption du gouvernement Trump, son inexpérience. Ils ont déboursé des millions de dollars. Pour quel résultat ? C'est du fascisme"
Venue du Maryland voisin à vélo pour voir le bassin, Kathryn Bradley ne cache pas sa colère. "Il y a des barrières partout, des militaires, des véhicules blindés", constate-t-elle, faisant référence aux soldats toujours déployés à Washington à la demande du Président. Au loin, elle aperçoit la scène géante de la grande foire voulue par Donald Trump pour marquer les 250 ans du pays. "Je ne reconnais pas la ville où je vis depuis l'âge de 10 ans. Le bassin est un lieu de rassemblement, de manifestation. Pour moi, il incarne désormais la corruption du gouvernement Trump, son inexpérience. Ils ont déboursé des millions de dollars. Pour quel résultat ? C'est du fascisme", reprend-elle.
Dimanche 28 juin, le locataire de la Maison-Blanche a indiqué sur son réseau Truth Social que "les algues 'criminellement' provoquées" avaient disparu et que le bassin serait vidé après le 4 juillet pour "réparer les dégâts causés par ces 'animaux'", en référence aux "vandales" qui auraient endommagé le revêtement bleu. Croisé sur place, Alan Kermitz trouve que la réaction des médias et des détracteurs est "exagérée". "Le Washington Post en parle tous les jours alors qu'il y a des problèmes plus importants dans le monde. Tout est bon pour attaquer Trump", souffle-t-il. Que pense-t-il de la couleur de l'eau, lui qui a vu le bassin à plusieurs reprises ? "Je pensais qu'elle serait plus verte."

