Popkov, le tueur en série qui veut devenir mercenaire en Ukraine : "C'est révélateur de pas grand-chose et de tout"
Surnommé le "maniaque d'Angarsk", Mikhaël Popkov est considéré comme le pire tueur en série de l'histoire russe. Cet ancien policier est a été condamné pour le viol et le meurtre de 77 femmes. Il souhaite maintenant rejoindre le front ukrainien auprès du groupe Wagner.

- Publié le 19-01-2023 à 21h21
- Mis à jour le 11-12-2023 à 11h52

Originaire de Norilsk, Popkov grandit à Angarsk où ses parents travaillent. Son enfance n'est pas très heureuse et il se sent mal aimé par sa mère. Il développe un caractère intrensigeant et autoritaire envers sa soeur. Adulte, Popkov embrasse une carrière prometteuse dans la police. Il fonde une famille en apparence parfaite. Mais ce tableau est assombri par sa conviction que sa femme, Elena Popkova, le trompe. Ses soupçons engendrent un véritable déclic pour Mikhaël Popkov, qui développe "une haine des femmes", explique le policier, Nikolaï Kitaev, au Parisien.
A partir de 1992, différents cadavres sont découverts mais l'enquête ne mène à rien. En 1998, Nikolaï Kitaev, alors adjoint du procureur général d'Irkoutsk, prend en main l'affaire et réalise que des manquements ont été commis. De nombreux indices permettent à Kitaev de mettre en lien les crimes et d'affirmer qu'il s'agit d'un tueur en série. L'enquêteur réalise que le même mode opératoire est utilisé pour attirer les victimes dans le piège. Ainsi, il aborde des femmes seules et alcoolisées et leur propose de les raccompagner en voiture. S'il considère que sa proie se comporte bien, alors il la ramène sans encombre. Mais Popkov explique que si elle le provoque ou adopte une "attitude négative", la fin du trajet devient mortelle. Il la massacre avec une extrême violence et abandonne ensuite son corps.
Au fil des années et des meurtres, le sentiment de légitimité de Popkov augmente ainsi que son désir de tuer. Sa position au sein de la police lui permet d'effacer ses traces, ce qui complique la tâche des enquêteurs. Mais le contexte russe très violent à cette époque lui permet aussi de rester discret. "La police ne voulait pas croire à un tueur en série et ne voulait surtout pas attirer l'attention sur l'existence de tels agissements", explique la journaliste Sasha Sulim. Cependant certains policiers sont suspectés, mais Mikhaël Popkov ne fait pas partie de la liste. Dans son rapport, Nikolaï Kitaev déplore un manque de coopération de la part des autorités locales. Mikhaël Popkov sera finalement confondu grâce aux analyses ADN. Il est arrêté le 29 juin 2012 et est condamné à la perpétuité en 2015.
Récemment, il a affirmé qu'il était prêt à combattre sur le front ukrainien en rejoignant le groupe Wagner. Il a déclaré : "Je pense que ma spécialisation militaire est actuellement très demandée". Ce groupe de mercenaires, mené par Evguéni Prigojine, joue un rôle considérable dans l'invasion de l'Ukraine. Au point qu'on observe une certaine rivalité avec les forces régulières de l'armée russe. Ainsi lors de l'annonce des forces russes concernant la prise de Soledar, celle-ci n'a pas mentionné le rôle de Wagner. Pourtant les deux forces armées ont bien travaillé de concert dans la réalisation de cet objectif. Nicolas Gosset, chercheur à l'Institut royal supérieur de défense, explique que "la bataille de Soledar, c'était Wagner aux avant-postes. Mais l'armée russe était derrière pour l'appui, pour les tirs de contrebatterie". Pour expliquer son efficacité dans l'atteinte de ses objectifs, Prigojine vante les mérites d'une force "indépendante", soumises à "une discipline féroce" et où les prises de décisions sont coordonées. A travers ces commentaires, le chef de Wagner cherche aussi à pointer les défauts de commandement au sein de l'armée russe.
Nicolas Gosset rappelle que "la loi russe ne reconnait pas les organisations militaires privées". Cependant, la milice agit sans obstacles et est reconnue. Il y a donc un décalage entre la théorie du cadre légal et la pratique. "La Russie n'est plus un Etat de droit, pour peu qu'elle ne l'ait jamais été". Il rappelle que cet appui de l'armée russe sur des organes parallèles n'est pas nouveau et se faisait déjà à l'époque soviétique. Il ajoute que l'officialisation de l'existence de Wagner par le Kremlin lui a donné une valeur politique et militaire.
Concernant le profil des membres de Wagner, il est difficile de tous les assimiler au profil de Mikhaël Popkov. "Tous n'ont pas des profils de tueur en série", selon Nicolas Gosset. Mais il explique que la majorité de ceux qui se joignent à une armée privée n'ont en général pas réussi à intégrer l'armée classique ou s'en sont fait renvoyés. "Ces hommes ne sont donc pas formés pour intervenir dans des contextes de guerre", ajoute-t-il. De plus, la milice subit des pertes importantes et cherche ses nouvelles recrues au sein des prisons, des hopitaux psychiatriques et des camps d'internement pour renflouer ses rangs. Ces mercenaires présentent donc fréquemment des troubles mentaux avec "un instinct de prédation et de brutalisation de la guerre" et n'ont "aucun garde-fou moral, éthique ou opérationnel". "Il y a donc des criminels. Mais de là à les assimiler à ce type de tueur en série, je ne franchirais pas le pas", déclare-t-il. Il mentionne également le fait que la candidature de Popkov est un microphénomène sur le plan international. Le message de la Russie vis-à-vis de cette guerre ne change pas. Elle ira jusqu'au bout et en mettant en place tous les moyens possibles "sans retenue pour la vie civile".
"C'est révélateur de pas grand-chose et de tout", ajoute Nicolas Gosset. La manière dont la Russie s'appuie sur Wagner montre que tous les tabous moraux sont dépassés. En utilisant cette milice, le Kremlin accomplit ses objectifs sans se mettre en cause. "Si Wagner gagne, la Russie gagne. Si Wagner perd, c'est de sa faute", analyse-t-il. Il y a une symbiose des objectifs entre l'armée russe et les forces de Wagner, malgré certaines tensions interpersonnelles entre les hauts commandants de l'armée et Prigojine. Selon Nicolas Gosset, le fait de devoir s'appuyer sur une armée "paraétatique" n'envoie pas un bon message à l'armée russe.
