Comment la Russie exploite une faille dans les sanctions européennes pour s'enrichir
Le média Politico révèle que la Russie aurait empoché 3 milliards d'euros en modifiant l'étiquetage de son pétrole.
- Publié le 16-05-2024 à 12h09
- Mis à jour le 16-05-2024 à 12h27

Les sanctions européennes à l'encontre de la Russie sont-elles assez contraignantes ? Selon le média Politico, la Russie parviendrait à faire livrer son pétrole en le dissimulant sous d'autres étiquettes. L'or noir passerait par trois terminaux pétroliers turcs, dépourvus de hub de raffinage, avant d'être acheminé vers l'Union européenne. Ces révélations proviennent du Centre for Research on Energy and Clean Air (CREA) et du Center for the Study of Democracy (CSD) qui ont enquêté sur des cargaisons de pétrole en Turquie.
Carburants "mélangés"
Depuis le début de la guerre en Ukraine, l'Union européenne mène une politique de sanctions stricte envers la Russie. En décembre 2022, c'est l'achat, l'importation et le transfert du pétrole russe par l'UE qui ont été interdits. Les révélations des centres de recherche et du média Politico montrent que la Russie exploite une faille de ces interdictions. L'UE autorise l'entrée de carburants "mélangés" sur son territoire si ces derniers ne sont pas étiquetés d'origine russe. "Le manque de spécificité de la législation européenne permet actuellement aux produits pétroliers russes d'être réexportés par des pays non sanctionnés s'ils sont dissimulés et mélangés à des produits pétroliers non russes", indique les chercheurs dans leur rapport. L'Union européenne pourrait donc avoir importé des produits russes mélangés ou réexportés depuis des terminaux de stockage en Turquie selon les analyses menées sur des cargaisons spécifiques par le CREA et le CSD.
Trois milliards d'euros
Trois milliards d'euros de produits pétroliers provenant de trois ports trucs (Ceyhan, Marmara Ereğlisi et Mersin) sans hub de raffinage auraient été importés dans l'Union européenne entre février 2023 et février 2024. Au cours de cette période, ces mêmes ports ont importé 86 % de pétrole russe. Le rapport des centres de recherche donne un exemple concret de l'exploitation de la faille du système : en mai 2023, le terminal pétrolier Toros Ceyhan (deuxième exportateur truc de produits pétroliers vers l'UE depuis le début des sanctions) a reçu 26 923 tonnes de gasoil tout droit venu du port de Novorossiisk, dans le sud de la Russie. Dix jours plus tard, Toros Ceyhan a expédié ce même volume de gasoil à une raffinerie en Grèce.
Le rapport pointe aussi une augmentation de 56 % des importations maritimes de produits pétroliers par la Turquie. Toutefois, la consommation de ces produits à l'intérieur du pays n'a augmenté que de 8 % en 2023. Ces chiffres permettent aux chercheurs de suggérer que la Turquie devient un centre névralgique de la réexportation des produits pétroliers. Côté russe, les exportations vers ce pays ont permis au Kremlin d'engranger 5,4 milliards d'euros de recettes fiscales, de quoi financer la Russie dans son invasion de l'Ukraine.
