Les Roms d'Ukraine ne sont pas les bienvenus en Hongrie
Seuls les réfugiés venus des zones de guerre conserveront leur allocation au logement. La mesure vise à pousser au départ les Roms de la région de Transcarpathie.
- Publié le 27-08-2024 à 06h44
- Mis à jour le 27-08-2024 à 13h47

Tous les réfugiés d'Ukraine ne sont pas bienvenus ni logés à la même enseigne en Europe. Quand ils sont d'origine rom, le "deux poids deux mesures" est criant. Une nouvelle illustration vient de Hongrie où un amendement passé le 28 juin et entré en vigueur le 21 août a restreint l'aide publique au logement aux seules personnes provenant des "unités administratives directement touchées par les opérations militaires ukrainiennes". Le jour-même, à Kocs, une localité de moins de 3000 habitants située dans le nord-ouest de la Hongrie, 120 personnes incapables de subvenir à leurs besoins ont dû quitter leur logement.
Une solution d'hébergement d'urgence a été trouvée pour les enfants, mais les parents ont passé la nuit à la rue. Le lendemain, les familles ont été emmenées par des bus vers d'autres hébergements gérés par l'Ordre de Malte, une association catholique caritative très active en Hongrie, en cheville avec les autorités. Elles pourront y rester jusqu'à la fin du mois, mais après ? Leur sort n'est guère enviable : elles auront le choix de devenir sans-abri en Hongrie ou de retourner en Ukraine.
Environ 4 000 personnes se trouveraient dans cette situation à l'échelle du pays. C'est presque une affaire de famille pour la Hongrie. En effet, la majorité des personnes affectées par la fin des aides à l'hébergement parlent hongrois et viennent de Transcarpathie, une région frontalière de la Hongrie et qui lui a appartenu jusqu'en 1920. Certaines disposent même de la double nationalité, hongroise et ukrainienne. La région se trouve loin des combats, à environ 800 kilomètres, mais la peur de la mobilisation et les difficultés économiques poussent au départ. On estime que la moitié de la minorité hongroise, estimée à 100 000 personnes avant la guerre, a quitté l'Ukraine. Parmi elles beaucoup sont d'ethnie rom.
Aux frontières orientales de l'Union européenne, de la Pologne à la Moldavie, les Roms ne sont pas traités en réfugiés de guerre mais en migrants économiques et les discriminations sont légion : file d'attente séparée, refus de l'aide humanitaire, brimades
Un phénomène européen
La Hongrie n'est pas la seule à réserver de mauvais traitements aux réfugiés d'origine rom. En République tchèque, par exemple, les Roms ont été séparés des autres réfugiés dans les logements d'urgence. Aux frontières de l'Union européenne, de la Pologne à la Moldavie, ils ne sont pas traités en réfugiés de guerre mais en migrants économiques et les discriminations sont légion : file d'attente séparée, refus de l'aide humanitaire, brimades… Un rapport du Centre européen pour les droits des Roms (ERRC) daté de 2023 pointe ces multiples violations des droits humains. "Tous les réfugiés ne sont pas traités de la même manière en Europe", a affirmé Jonathan Lee, son porte-parole. "Notre surveillance des droits de l'homme a révélé une tendance à la discrimination dans toute l'Europe, y compris dans les États membres de l'UE. Et ce, malgré les assurances des responsables de l'Union européenne selon lesquelles les réfugiés roms ont été traités de la même manière, et leurs mises en garde aux militants des droits de l'homme qui osent mentionner le racisme institutionnel."
Les personnes réfugiées à Kocs avaient quitté l'Ukraine dès le début de l'offensive russe il y a deux ans et demi et les enfants avaient été scolarisés. "Ils disent que chez nous il n'y a pas de guerre. Mais alors pourquoi on vient chercher nos jeunes hommes pour qu'ils aillent se faire tuer à la guerre s'il n'y en a pas ? !", questionne une femme dans un reportage vidéo publié par le média indépendant Telex. "On est des jeunes mères, on ne peut pas travailler et il n'y a plus d'hommes. Si on retourne chez nous on mourra, pas à la guerre, mais de faim !", lance une seconde.
Les Roms vivaient déjà dans une grande pauvreté en Transcarpathie avant la guerre. Ils paient aujourd'hui leur grande vulnérabilité économique et se retrouvent totalement dépendants de l'aide publique. "Il est difficile de comprendre cette décision du gouvernement car ce sont des économies de bouts de chandelles au regard des souffrances humaines causées", commente à Telex Ildikó Bakonyi, responsable des réfugiés ukrainiens pour l'organisation des droits humains Comité Helsinki. Peut-être que Viktor Orbán [le premier ministre] va changer d'avis", espère une réfugiée à Kocs.