Guerre en Ukraine : des documents militaires secrets révèlent que la Russie prévoyait une guerre avec le Japon et la Corée du Sud
Selon le Financial Times, des documents secrets révèlent des plans militaires russes dans le cadre d'une potentielle guerre contre le Japon et la Corée du Sud.

- Publié le 02-01-2025 à 15h28
- Mis à jour le 06-01-2025 à 18h46

Le journal britannique rapporte que des documents secrets datant de 2013-2014 montrent "des listes détaillées de cibles pour une guerre potentielle avec le Japon et la Corée du Sud, qui comprenaient des centrales nucléaires et d'autres infrastructures civiles". Bien qu'ils datent d'il y a plus de 10 ans, ces documents sont toujours considérés comme pertinents pour la stratégie russe.
Des cibles militaires et civiles
Parmi ces cibles (160, selon le Financial Times, NdlR), y figurent des routes, des ponts, des tunnels et des usines. Le ciblage de ces endroits stratégiques a pour but d'empêcher le "regroupement de troupes dans des zones à vocation opérationnelle". Mais la liste comprend également 82 sites militaires japonais et sud-coréens, tels que des quartiers généraux, des bases aériennes et des installations radar et navales. Cette liste apparaît dans un document de présentation des capacités du missile de croisière non nucléaire Kh-101 et prend pour exemple l'attaque de la base radar japonaise d'Okushiritou. dans le dossier, se trouvent également des photos de l'extérieur et de l'intérieur de la base. On retrouve également des notes pour plusieurs cibles afin d'estimer la force nécessaire pour percer les systèmes de défense.
Ces documents révèlent une "vive inquiétude de Moscou concernant son flanc oriental", qui craint "une attaque de la part des forces américaines et des alliés régionaux". En effet, depuis le début de l'invasion de l'Ukraine en février 2022, les États-Unis ont déployé des forces militaires en Corée du Sud et au Japon. Les deux pays asiatiques ont également rejoint une coalition de contrôle des exportations dirigée par Washington, mettant ainsi sous pression l'industrie de défense russe.
Pour William Alberque, ancien responsable du contrôle des armements de l'OTAN interrogé par nos collègues britanniques, cela démontre que "les théâtres de guerre européens et asiatiques sont directement et inextricablement liés". "L'Asie ne peut pas rester à l'écart d'un conflit en Europe, pas plus que l'Europe ne peut rester les bras croisés si une guerre éclate en Asie."
"En cas de conflit avec la Corée du Nord ou la Chine, le Japon serait prévenu suffisamment tôt. Nous aurions peut-être le temps de nous préparer et d'essayer d'agir. Mais en cas d'escalade horizontale avec l'Europe (un conflit avec la Russie se propageant depuis l'Europe, NdlR), le temps d'alerte de Tokyo serait plus court et le Japon aurait moins de possibilités d'éviter un conflit par ses propres moyens", s'inquiète Michito Tsuruoka, professeur associé à l'université Keio et ancien chercheur au ministère japonais de la Défense. La Russie "n'est pas souvent perçue comme une menace pour la sécurité par les Japonais ordinaires", ajoute-t-il.
Néanmoins, les documents datant de plusieurs années, la récente guerre en Ukraine a montré que les capacités du missile Kh-101 ont été surévaluées (les plans militaires russes estimaient à 85 % les chances de destruction de la base d'Okushiritou avec 12 missiles, NdlR) et que celui-ci ne s'est pas montré si efficace. "Le Kh-101 est équipé d'un moteur externe, une caractéristique commune aux missiles de croisière soviétiques et russes. Cependant, cette conception augmente considérablement la signature radar du missile", explique Fabian Hofman, doctorant au sein du Projet nucléaire d'Oslo (ONP) à l'Université d'Oslo. Le chercheur explique également que ce missile manque de précision. "Pour les systèmes de missiles à puissance destructrice limitée qui dépendent de la précision pour détruire des cibles, c'est un problème évident."
Le porte-parole de Poutine Dmitri Peskov, n'a pas répondu aux sollicitations du Financial Times.
