Les astuces de survie des habitants de Kiev, plongés dans une situation "très compliquée"
La population ukrainienne se débrouille pour rester au chaud alors que les températures descendent régulièrement sous les -10 degrés et que les infrastructures énergétiques sont durement touchées par les frappes russes.
- Publié le 13-01-2026 à 13h59
- Mis à jour le 13-01-2026 à 14h44

Depuis plus d'une semaine, la capitale ukrainienne affronte un hiver particulièrement rigoureux avec des températures descendant régulièrement sous les −10 °C. Or, en pleine vague de froid, les attaques russes qui n'ont cessé de cibler les infrastructures énergétiques du pays ont non seulement plongé Kiev et d'autres villes dans le noir, mais aussi mis à mal les systèmes de chauffage.
Dimanche, après une nouvelle série de frappes massives sur les centrales et réseaux électriques, la capitale a connu des coupures généralisées de courant, de chauffage et d'eau. La remise en état du réseau reste lente et partielle. Malgré les efforts des équipes techniques, plus de mille immeubles étaient toujours sans chauffage lundi soir. Le maire de Kiev, Vitali Klitschko, a averti que la situation du système énergétique restait "très compliquée" et que des perturbations pouvaient se prolonger.
Des "points de chauffe"
Des "points de chauffe" d'urgence ont été installés à travers la ville : des tentes et des centres publics où les habitants peuvent se réchauffer, recharger leurs téléphones et boire un thé chaud. Malgré la foule et le froid qu'il faut affronter pour y accéder, ces lieux constituent une bouée de secours pour ceux dont les appartements restent glacials.
D'autres résidents de la capitale ont investi dans des générateurs ou chauffages d'appoint. "Nous avons un petit Anker 521 pour alimenter notre routeur et nos MacBook si nous avons oublié de les recharger la veille pendant 20 heures d'affilée, explique Michael Lahoda, 31 ans, designer et habitant de Kiev. Nous avons également une prise murale au rez-de-chaussée qui est directement reliée au générateur si quelqu'un a besoin de faire bouillir de l'eau, de se sécher les cheveux ou de recharger sa batterie externe."
Camper dans son appartement
Sur les réseaux sociaux, particuliers et institutions partagent conseils et astuces. Ce samedi 10 janvier, le Service national des gardes-frontières ukrainiens a ainsi publié une vidéo sur Telegram rappelant qu'il valait mieux "porter de multiples couches de vêtements plutôt qu'une ou deux couches épaisses, car cela permet de conserver la chaleur beaucoup plus efficacement", ou encore que les "chaussures doivent permettre de bouger les orteils, car une mobilité réduite entraîne rapidement une hypothermie des pieds".
Un autre site recommande de faire appel à des "des chauffe-mains USB portables", voire d'installer dans la chambre à coucher ou le salon une "tente et sac de couchage de randonnée […] Un sac de couchage compact enveloppe le corps et conserve bien la chaleur, tandis qu'une tente avec un tapis de sol crée un petit espace qui se réchauffe plus rapidement grâce à votre corps. Cela permet d'utiliser efficacement votre propre chaleur et vous protège du froid, même dans un grand appartement."
Refuge dans les abris anti-aériens
Pour beaucoup, l'hiver se vit dans l'exiguïté d'un appartement transformé en forteresse contre le froid. Les fenêtres sont calfeutrées à l'aide de couvertures, une seule pièce est chauffée par un appareil d'appoint lorsqu'il y a de l'électricité, et le reste du logement reste proche des températures extérieures. La vie de quartier s'organise également autour de ces impératifs : voisins qui s'entraident pour partager des générateurs, échange de repas chauds ou encore réveils synchronisés pour profiter des rares moments où l'électricité revient. Les abris antiaériens et stations de métro servent parfois de refuges temporaires lorsque le froid devient trop intense, offrant quelques degrés supplémentaires.
Michael Lahoda et ses voisins ont pour leur part décidé de financer en commun l'achat d'un générateur pour maintenir l'ascenseur de leur immeuble en état de fonctionnement. Tous n'ont pas cette chance, comme l'explique, Ilya, 29 ans : "J'essaie de limiter mes déplacements aux créneaux où j'ai de l'électricité. Je me suis déjà fait les 21 étages à pied deux fois, je n'ai pas envie de recommencer."
Les animaux ne sont pas oubliés
Outre les humains, la population de Kiev se mobilise pour aider les animaux vulnérables comme les chiens errants, chats de rue et autres petits mammifères. Des bénévoles distribuent de la nourriture énergétique, construisent des abris isolés avec paille et carton, et organisent des points d'eau tiède pour éviter que l'eau offerte ne gèle.
Quelques conseils sont largement relayés dans la ville, comme approcher les gamelles des murs chauds, poser des planches isolantes sous les abris, ou encore ajouter de la graisse animale à la nourriture pour augmenter l'apport calorique des animaux en état de grand froid.
Tandis que les autorités tentent de reprendre le contrôle des réseaux et de restaurer le confort domestique, les habitants doivent composer avec une réalité imprévisible. Tous, ici, savent que la moindre amélioration de leur situation peut être défaite par un nouveau bombardement russe.
